Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau. ...lire la suite. La Fontaine a mis a la fin de sa
XVe
fable, intitulée : La Mort et le
Malheureux, une note qui
confirme ce fait, sans que
Despréaux
y soit nommé
...lire la suite. Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants. ...lire la suite.
Proverbes.
" Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre." Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore :
Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée :
Petit homme abat grand chêne.
Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire,
c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour
allumer un incendie.
Le Dragon à plusieurs têtes
et le Dragon à plusieurs queues.
Un Envoyé du Grand Seigneur
Préférait, dit l'Histoire, un jour chez l'Empereur,
Les forces de son Maître à celles de l'Empire.
Un Allemand se mit à dire :
Notre prince a des dépendants
Qui de leur chef sont si puissants
Que chacun d'eux pourrait soudoyer une armée.
Le Chiaoux, homme de sens,
Lui dit : Je sais par renommée
Ce que chaque Electeur peut de monde fournir ;
Et cela me fait souvenir
D'une aventure étrange, et qui pourtant est vraie.
J'étais en un lieu sûr, lorsque je vis passer
Les cent têtes d'une Hydre* au travers d'une haie.
Mon sang commence à se glacer ;
Et je crois qu'à moins on s'effraie.
Je n'en eus toutefois que la peur sans le mal.
Jamais le corps de l'animal
Ne put venir vers moi, ni trouver d'ouverture.
Je rêvais à cette aventure,
Quand un autre Dragon, qui n'avait qu'un seul chef
Et bien plus d'une queue, à passer se présente.
Me voilà saisi derechef
D'étonnement et d'épouvante.
Ce chef passe, et le corps, et chaque queue aussi.
Rien ne les empêcha ; l'un fit chemin à l'autre.
Je soutiens qu'il en est ainsi
De votre Empereur et du nôtre.
Commentaires et analyses des fables de Jean La Fontaine par Chamfort . 1796.
La plupart des fables et des contes ont fait le tour du globe. La Fontaine met en Europe la scène où il suppose que fut fait le récit de cette aventure, récit que les Orientaux mettent dans la bouche du fameux Gengiskan, à l'occasion du Grand Mogol, prince qui dépendait en quelque sorte de ses grands vassaux. Au surplus, ce récit ne peut pas s'appeler une fable ; c'est une petite histoire allégorique qui conduit à une vérité morale. Toute fable suppose une action.
Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine... - 1803.
Dragon. Dans toutes les langues orientales , il est fait mention du Dragon, sans qu'il soit encore bien décide s'il existe ou non. Les descriptions ridicules, d'ailleurs si peu constantes, qu'en ont fait la plupart des auteurs, donnent lieu de croire que c'est un être imaginaire. Disons cependant qu'on a peut-être donne indistinctement le nom pompeux de Dragon aux animaux monstrueux du genre des Serpens, des Lézards, des Crocodiles, que l'on a trouvés en différens temps, et qui ont paru extraordinaires par leur grandeur ou par leur figure.
(1) Le Chiaoux, officier de la porte du Grand-Seigneur, qui fait l'office d'huissier. Il porte des armes offensives et défensives ; il assigne les particuliers pour accommoder leurs differens ; et les prisonniers de distinction sont confiés à sa garde. Le Grand-Seigneur a coutume d'en choisir quelqu'un de ce rang pour envoyer en ambassade vers les autres puissances.
« La plupart des fables et des contes, ont fait le tour du globe. La Fontaine met en Europe la scène, où il suppose que fut fait le récit de cette aventure, récit que les Orientaux mettent dans la bouche du fameux Gengiskan, à l'occasion du Grand -Mogol, prince qui dependoit en quelque sorte de ses grands vassaux. Au surplus, ce récit ne peut pas s'appeler une fable; c'est une petite histoire allégorique, qui conduit à une vérité morale.» Champfort.
Notes sur la fable.
*Grand Seigneur : Sultan de Constantinople.
*hydre : serpent d'eau.
Source : attribuée à Gengis-Khan, dans les paroles des Orientaux de Galland - Comment La Fontaine l'aurait su ? - L'ouvrage de Galland paru en 1664.