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Le Corbeau et le Renard.  

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Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l'odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
"Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau*.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix* des hôtes de ces bois."
A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s'en saisit, et dit : "Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute
:
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. "
Le Corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

 

Pages liées :

Le Comte Lucanor : Ce qui advient à un un Renard avec un Corbeau qui tenait un fromage.
Esope : Du Corbeau et du Renard.
Benserade : Le Renard et le Corbeau.
Jauffret : Le Corbeau et le Renard.
François Marbot (Fable en Créole) : Le Corbeau et le Renard.
Contes et fables en chansons : Le Corbeau vengé.
Contes et fables en chansons : Le Renard et le Corbeau.

Commentaires et analyses des fables de Jean La Fontaine par Chamfort . 1796.

C'est ici qu'on commence à trouver La Fontaine. Le discours du renard n'a que cinq vers , et n'en est pas moins un chef-d'œuvre. Monsieur du corbeau, pour entrer en matière ; et à la fin, vous étes le phénix, etc.
V.14. Il est plaisant de mettre la morale dans la bouche de celui qui profite de la sottise: c'est le renard qui donne la leçon à celui qu'il a dupé , ce qui rend cette petite scène, en quelque sorte , théâtrale et comique.
Il est fâcheux que Monsieur rime avec flatteur, c'est-à dire ne rime pas , mais c'était l'usage alors de prononcer l'r de monsieur.On tolère même de nos jours cette petite négligence au théâtre , parce qu'elle y est moins remarquable.

Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine... - 1803.

(1) Maître Corbeau. Rabelais avoit transporté ces expressions «la barreau dans son style familier; La Fontaine n'a fait que l'étendre à ses nouveaux personnages. L'application qu'il en fait en relève l'importance ; elle semble agrandir le théâtre, et appelle la. curio sité sur les acteurs. Voilà les deux maîtres, voleurs en présence ; on s'attend à voir des tours de maîtres Gonins, maîtres Courbes.
(2) Sur un arbre perché. J. J. Rousseau veut exclure l'apologne de l'éducation des enfans. C'est par cette fable qu'il prétend justifier sa sévérité contre tout le genre ; pas une, selon lui, qui ne soit au-dessus de la portée du jeune âge. Qu'est-ce, dit-il, qu'un arbre. perché ! La Fontaine ne parle pas ainsi. Il dit : sur un arbre perché. «Oui; mais pour faire entendre l'inversion, il faut exposer ce que c'est que prose et qne vers. » Sans doute il a fallu commen cer par-là ; mais votre Emile sait lire peut-être. En est-il encore à ses premiers élémens ? ou vaudroit-il moins que le sauvage et l'homme de l'enfance du monde, pour qui la poésie ne fut point un langage inconnu ?
(3) Par l'odeur alléché. Attiré, comme bien des animaux le sont par l'odeur ou par la vue du lait. L'image s'en retrouve dans l'étymologie latine du mot allécher, allicere , que l'on auroit dû conserver dans la prose comme dans les vers. Pourquoi supposer , avec J. J. , que le Renard vienne de loin ? La scène se passe dans un bois ; le Renard ne peut-il avoir son terrier près de l'arbre où le Corbeau se trouve perché ?
(4) Lui tint à-peu-près ceLangage. Ne croiroit-on pas que La Fontaine a été témoin de l'aventure, qu'il a entendu la conversation, et qne son exactitude portée jusqu'au scrupule , ne craint que de ne pas rapporter avec assez de fidélité les paroles du Renard?
(5) Eh ! bonjour. Le ton familier suppose une connoissance déjà faite, par conséquent dispense des préliminaires. Monsieur du Corbeau., Votre Emile sait bien que la fable est le tableau de la société ; donc, qu'elle en doit retracer le langage. Du Corbeau si
titre d'honneur, bien mieux dans le style de la fable, que la simple appellation de monsieur le Corbeau. Tout flatteur a l'abord si respectueux.
(6) Que vous êtes joli! que vous me semblez beau ! J.J. Rousseau citoit probablement de mémoire; il a écrit: que vous êtes charmant, que vous me semblez beau ! Et il s'écrie: cheville, re dondance inutile! La Fontaine entendoit mienx l'art des gradation ; il a dit : que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! Ces ex pressions ne sont point synonymes. Ce qui est joli plaît au premier apperçu ; ce qui est beau attache ; le joli commence la séduction, le beau l'achève et la fixe. Le Corbeau réunit et ce que l'on aime et ce que l'on admire. Cette exagération n'est pas perdue pour l'élève; il fait d'avance des vœux contre le stupide animal qui se laisse ainsi cajoler.
(7) Sans mentir."il ment toutefois en protestant de sa sincérité." Eh! n'est-ce pas-là le ton des sociétés ? Fait pour vivre avec les hommes, que votre élève apprenne de bonne heure à s'en défier et à ne pas croire légèrement à leurs paroles.
(8) ... Si votre ramage
Se rapporte à votre plumage. Ce qu'il y a de plus perfide dans la flatterie, c'est l'art avec lequel elle sait intéresser l'amour-propre, non seulement dans les éloges qu'elle lui prodigue, mais dans les soupçons qu'elle laisse tomber sur les perfections; comment alors résister à cette espèce de défi? Il faut bien venger sa réputation, et montrer que la beauté de la voix se rapporte a celle du plumage.
(9) Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. Emile demande ce que c'est que le Phénix. Je lui réponds que les poètes nous parlent d'un oiseau d'une admirable beauté, unique dans son espèce. Je pourrai même lui citer la magnifique description que Claudien en a faite ; une autre fois je lui dirai ce qu'il doit penser de ces fictions. Emile va conclure avec le Corbeau de la fable , qu'il est un oiseau admirable et sans pareil. C'est notre ancienne comédie qui avoit transmis à La Fontaine ainsi qu'à Despréaux ; cette similitude : « Celle que je vous ai promise est le phénix des servantes, » dit-on, dans la farce de Gros Guillaume. ( Anecd. Dram. T. I.p. 34o). Des hôtes de ces bois. Figure brillante souvent imitée depuis La Fontaine.
(10) A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie. II faut, nous dit-on, des passions déjà bien vives pour avoir éprouvé que l'excès de la joie en détruit le sentiment. Mais Emile est-il condamné à ne connoître que ce dont il aura fait, une expérience personnelle ?
(11) Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie . Ce vers est admirable, l'harmonie seule en fait image. Je vois un grand vilain bec ouvert, j'entends tomber le fromage à travers les branches. J. J Rousseau.
(12) Le Renard s'en saisit, et dit: mon bon monsieur, Apprenez que tout flatteur. Voila l'orgueilleuse crédulité du Corbeau punie d'abord par la perte de son butin , ensuite par l'insulte. Plus l'ironie est amère, plus la correction est profitable. — Remarquez, en passant, que monsieur rime mal avec flatteur, à cause de la différence de pro nonciation.
(13) Vit aux dépens de celui qui l'écoute. « Jamais, dit J. J. Rousseau, enfant de dix ans n'entendit ce vers-là. » Je sup pose la chose vraie. Pour aider son intelligence, je mets à côté du vers de La Fontaine ce passage d'un autre fabuliste en parlant
du singe :
Il fait rire les gens ,
Se moque d'eux en face et vit à leurs dépens.
(Fablier Franç. L. XI fab. 17 ).
Eh bien ! mon jeune élève, est-il vrai que vous n'entendiez pas?
(14) Cette leçon vaut bien , etc. La morale est excellente ; si la plaisanterie est cruelle, elle est aussi bien méritée. Ce qu'il y a de très-adroit, de vraiment comique, c'est que la leçon faite au Corbeau dupé, lui vienne du Renard qui le dupe. — Le fabuliste allemand, Lessing, fait enlever par le Corbeau un morceau de chair empoisonnée, et le Renard trouve dans son vol même le châtiment de son vol . Richer donne au Corbeau sa revanche sur le Renard. L'exemple gagne jusqu'au poète , qui vole sans façon à La Fontaine plusieurs des traits de sa jolie fable.


  Des fabulistes et des conteurs :

 
- Fabularum.net
Pour les amoureux de Jean de la Fontaine, un site où vous pourrez lire ses fables en Anglais et en Italien à visiter . Bon surf.

  Jean-Pierre Claris de Florian :   Jean-Pierre Claris de Florian est né à Florian près de Sauve, dans les Cévennes, le 6 mars 1755, perd sa mère très jeune, probablement à l'âge de deux ans.
     Familier du château de Sceaux et protégé de Voltaire (son oncle). Lauréat de l'Académie, le 6 mars 1788, Florian atteignit le sommet de sa gloire en y entrant , remplaçant le cardinal de Luynes.
  Etienne Fumars :
Etienne Fumars, fabuliste français, né près de Marseille, le 22 Octobre 1743, décédé en 1806 à Copenhague. Professeur des belles-lettres françaises à l'Université de Kiel de cette ville. Auteur de fables et de poésies diverses
   Marceline DESBORDES-VALMORE (Marceline DESBORDES :      Marceline DESBORDES-VALMORE (Marceline DESBORDES , dame), femme poète, née à Douai, en 1787 , fut d'abord cantatrice (1806 à 1817) en province et à l'Opéra-Comique.
Devenue auteur, elle a écrit : Élégies et romances (1818), Poésies (1829), les Pleurs (1833), Pauvres fleurs! (1839), Contes en vers (1840), Bouquets et prières (1843). Elle a en outre publié quelques romans et volumes de prose. — Mme Desbordes-Valmore est morte le 23 juillet.
    Marie-Catherine Le Jumel de Barneville : ... est née en 1650 à Barneville. La comtesse d'Aulnoy est l'auteur des contes de fées, contes très agréables. Elle est la fille de Jumel de Barneville. Mariée à contre-coeur à François de la Mothe, comte d'Aulnoy suite à un arangement de famille , elle aura cinq enfants avec lui.
   Son mari, le comte d'Aulnoy fut accusé de lèze-majesté, enfermé et menacé de perdre la tête, avant qu'un de ses trois accusateurs , pris de remords, n'avoua la calomnie. Madame d'Aulnoy doit se réfugier en Angleterre pour fuir la justice. Elle revient en France en 1685.
  La fable : Le Corbeau et le Renard expliquée par Jean-Jacques Rousseau.   Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; de ces cinq ou six je prends pour exemple la première (1) de toutes , parce que c'est celle dont la morale est le plus de tout âge, celle que les enfants saisissent le mieux, celle qu'ils apprennent avec le plus de plaisir, enfin celle que pour cela même l'auteur a mise par préférence à la tête de son livre. lire la suite...
 
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