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Les 12 livres de Jean de la Fontaine : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12
 Le Coche et la Mouche. 

Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé,
Et de tous les côtés au Soleil exposé,
Six forts chevaux tiraient un Coche.
Femmes, Moine, vieillards, tout était descendu.
L'attelage suait, soufflait, était rendu.
Une Mouche survient, et des chevaux s'approche ;
Prétend les animer par son bourdonnement ;
Pique l'un, pique l'autre, et pense à tout moment
Qu'elle fait aller la machine,
S'assied sur le timon, sur le nez du Cocher ;
Aussitôt que le char chemine,
Et qu'elle voit les gens marcher,
Elle s'en attribue uniquement la gloire ;
Va, vient, fait l'empressée ; il semble que ce soit
Un Sergent de bataille allant en chaque endroit
Faire avancer ses gens, et hâter la victoire.
La Mouche en ce commun besoin
Se plaint qu'elle agit seule, et qu'elle a tout le soin ;
Qu'aucun n'aide aux chevaux à se tirer d'affaire.
Le Moine disait son Bréviaire ;
Il prenait bien son temps ! une femme chantait ;
C'était bien de chansons qu'alors il s'agissait !
Dame Mouche s'en va chanter à leurs oreilles,
Et fait cent sottises pareilles.
Après bien du travail le Coche arrive au haut.
Respirons maintenant, dit la Mouche aussitôt :
J'ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine.
Ca, Messieurs les Chevaux, payez-moi de ma peine.
Ainsi certaines gens, faisant les empressés,
S'introduisent dans les affaires :
Ils font partout les nécessaires,
Et, partout importuns, devraient être chassés.

 



 

Commentaires et analyses par Chamfort . 1796.

Le Coche et la Mouche.
V. 1. Dans un chemin montant. . . .
Ces cinq premiers vers, n'ont rien de saillant; mais ils mettent la chose sous les yeux avec une précision bien remarquable. La Fontaine emploie près de vingt vers à peindre les travaux de la mouche, et son sérieux est très-plaisant ; mais peut-être fallait-il être La Fontaine pour songer au moine qui dit son bréviaire.
Ce petit Apologue est un des plus parfaits: aussi a-t-il donné lieu au proverbe , la mouche du coche.

Commentaires et observations diverses de MNS Guillon .1803.

(1) Dans un chemin rnontant, etc. On ne peut lire cette tirade , sans admirer l'inépuisable talent de l'auteur à peindre par les sons; Chaque syllabe est lourde, et chaque mot se traîne, Comme l'a dit l'abbé Du Resnel dans ce vers, à la fois précepte et exemple.
(2) Six forts Chevaux tiraient un coche. L'expression est serrée , nerveuse, même pénible , comme l'action qu'elle désigne.
(3) Femmes , moine , vieillards, etc. Ce bizarre rapprochement fait sous une apparence de simplicité , une épigramme dont la finesse n'échappera point aux esprits délicats.
(4) L'attelage suoit, souffloit, étoit rendu. Gradation admirable ; on voit les Chevaux, et leurs efforts, et leurs fatigues.
(5) Qu'elle fait aller la machine. Machine, suppose un ouvrage de combinaison, qui exige dans son régulateur plus de force ou d'industrie.
(6) Il semble que ce soit
Un sergent de bataille allant, etc. Les premiers fabulistes qui ont jugé à propos de répandre dans l'apologue des comparaisons élevées qui le rehaussent, ont compris sans doute que la petitesse -des objets qu'il présente d'ordinaire avoit besoin de temps en temps de cette espèce de contraste , pour nous attacher et pour nous plaire. Nous verrons plus d'une fois cet ingénieux artifice employé par notre auteur. La Mouche est ici un sergent de bataille. Ce n'est plus un nain qu'on a sous les yeux, mais un colosse. Ainsi le Chantre de Vertvert, lorsqu'il décrit le caquet de l'oiseau donnant audience a tout un courent :
Tel autrefois César, en même temps, Dictoit à quatre en styles différent.
( Chant Ier, Oeuvr, T. I. p. 5.
Ce qui distingue éminemment cette fable , c'est la vivacité de son action. Tout y a vie, tout y est en mouvement : relisez les invectives de l'insecte : Le moine disoit son bréviaire, Il prenait bien son temps ! une femme chantoit : C'étoit bien de chansons qu'alors il s'agissoit !
Tout cela est marqué au coin de l'enjouement le plus délicat, comme de la plus exquise naïveté.
(7) Le coche arrive au haut. Voilà une de ces irrégularités qui ne vont bien qu'à La Fontaine : les règles sont bien plus sévères. Malherbe s'étoit donné la même licence, à l'exemple de ses devanciers ou contemporains Théophile, Ronsard, Racan, etc. Ces poètes faisoient de peu à peu un seul mot : La Fontaine s'est cru en droit d'en faire autant pour celui-ci.

 

Articles et fabulistes à voir...
Portrait biographique de Jean de La Fontaine . Sa jeunesse.
— Jean de la Fontaine naquit, le 8 juillet 1621, à Château-Thierry. Son père était maître des eaux et forêts, et sa mère, Françoise Pidoux, fille d'un bailli de Coulommiers. Son éducation paraît avoir été fort négligée; on lui laissait lire, à l'aventure, tout ce qui lui tombait sous la main; et, de bonne heure, il prit l'habitude d'obéir à son caprice ou aux impressions du moment. Quelques livres de piété prêtés par un chanoine de Soissons ayant ému son imagination, il crut d'abord qu'il avait du goût pour l'état ecclésiastique ; et, vers sa vingtième année, il entrait à l'institut de l'Oratoire, puis au séminaire de Saint-Magloire, à Paris1. Mais il s'aperçut vite de sa méprise, et en 1641 revint chez son père, la suite....

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Avant de parler de la continuation des Mille et une Nuits qu’on publie aujourd’hui, il est nécessaire de dire quelque chose de l’original arabe, et de la partie déjà traduite par M. Galland.
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La Moralité de chaque Fable de La Fontaine développée et prouvée par un trait historique ou biographique.
En publiant le La Fontaine en action, nous n'avons qu'un but, c'est de vulgariser l'admirable morale des maximes du grand fabuliste, en les appuyant d'un exemple qui les fixe plus facilement et plus profondément dans l'esprit des jeunes gens ; c'est en un mot de leur venir en aide pour qu'ils fassent d'eux-mêmes l'application de la règle, et profitent des excellents conseils de cet écrivain immortel. Les exemples choisis, se rapportant pour la plupart aux grands faits historiques , la suite....

Origine des fables de Jean de la Fontaine.
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Franc-Nohain:
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Il choisit Nohain comme nom en hommage au cours d'eau traversant Donzy, lieu de ses vacances d'enfance. Avec André Gide et Pierre Louÿs , il fonde "Potache revue" la suite.... .

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