e tout temps les Chevaux ne sont nés pour les hommes.
Lorsque le genre humain de gland se contentait,
Ane, Cheval, et Mule, aux forêts habitait ;
Et l'on ne voyait point, comme au siècle où nous sommes,
Tant de selles et tant de bâts,
Tant de harnois pour les combats,
Tant de chaises, tant de carrosses,
Comme aussi ne voyait-on pas
Tant de festins et tant de noces.
Or un Cheval eut alors différent
Avec un Cerf plein de vitesse,
Et ne pouvant l'attraper en courant,
Il eut recours à l'Homme, implora son adresse.
L'Homme lui mit un frein, lui sauta sur le dos,
Ne lui donna point de repos
Que le Cerf ne fût pris, et n'y laissât la vie ;
Et cela fait, le Cheval remercie
L'Homme son bienfaiteur, disant : Je suis à vous ;
Adieu. Je m'en retourne en mon séjour sauvage.
- Non pas cela, dit l'Homme ; il fait meilleur chez nous :
Je vois trop quel est votre usage.
Demeurez donc ; vous serez bien traité.
Et jusqu'au ventre en la litière.
Hélas ! que sert la bonne chère
Quand on n'a pas la liberté ?
Le Cheval s'aperçut qu'il avait fait folie ;
Mais il n'était plus temps : déjà son écurie
Etait prête et toute bâtie.
Il y mourut en traînant son lien.
Sage s'il eût remis une légère offense.
Quel que soit le plaisir que cause la vengeance,
C'est l'acheter trop cher, que l'acheter d'un bien
Sans qui les autres ne sont rien.
- Analyses : Chamfort 1796
- MSN. Guillon 1803.
- Livre : IVème.
Pas notée.
(1) De tout temps les Chevaux ne sont nés. Il faut ne sont pas nés.(2) Ane, Cheval et Male aux forêts habitoit. Le verbe n'est au singulier que pour la rime. On ne dit point habite aux forêts, mais dans les forêts.
(3) Tant de selles et tant de bâts. Cette bruyante enumération peint le fracas de tous nos équipages. Mais on ne voit pas le rapport de tant de festins avec tant de harnois.
(4) Avec un Cerf plein de vitesse. La Fontaine a préféré le Cerf au Sanglier que Phèdre donne au Cheval pour ennemi. Il semble que le Cerf et le Cheval combattant à-peu-près à armes égales, ce n'est pas contre un semblable adversaire que ce dernier a dû implorer le secours de l'homme. Il n'en est pas de même du Sanglier, ennemi contre lequel l'homme suffit à peine.
(5) ........ Et n'y laissât la vie.
Et cela fait, Batologie qu'il faut éviter en vers comme en prose.
(6) Fait folie. Dites fait une folie.
P. Pithou ( sous le nom de M. D'Aubray ) a fait une Belle application de cet apologue, dans le discours qu'il suppose avoir été tenu à l'Asssemblec des Etats-Généraux, sous la Ligne : « Vous avez fait comme le cheval qui, pour se défendre du cerf, lequel il sentait plus viste et plus vigoureux que lui, appela l'homme à son secours ; mais l'homme lui mit un mors, etc. ». ( Sat. Ménippée, T. I. p. 170. )
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L'Avare qui a perdu son trésor
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L'Alouette et ses petits avec le Maître d'un Champs
Commentaires et analyses des fables : Chamfort et Mns. Guillon -
Illustrées par J.J. Granville.
A lire "les origines des fables de La Fontaine par : A. C. M. Rober ."
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