Origines des fables .

Cette première édition ne comprenoit que les six premiers livres des fables, et celles-ci sont au nombre de 124. On ne s'attend pas, je l'espère, à me voir justifier pour chacune d'elles les raisons qui me déterminent à leur attribuer l'origine que je vais indiquer ; mais, en les réunissant en plusieurs groupes, on pourra raisonnablement admettre que toutes celles qui composent chacun d'eux reconnoissent une source commune, lorsque la plupart présenteront des signes évidents d'imitation. Ésope, Horace et Phèdre sont les trois anciens auteurs dont je crois devoir m'occuper en premier sous le rapport de ces recherches....lire la suite.

 
 

Qu'est-ce qu'une fable ?
   Nature de la fable .   Parmi les critiques, les uns voient dans la Fable principalement une vérité morale proposée à la raison; d'autres la considèrent comme une exhortation au bien, offerte dans un discours allégorique à la volonté ; d'autres enfin en font un tableau poétique, parlant surtout à l'imagination et ayant pour objet le beau idéal. De là une foule de définitions et de règles contraires sur l'apologue , selon qu'on l'envisageait exclusivement à l'un de ces trois points de vue. Lire la suite
 

 

 

 
Jean de La Fontaine

 Fables - Livre 12

Livre douzième .

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Le Chat et les deux Moineaux


A Monseigneur le duc de Bourgogne

Un chat contemporain d'un fort jeune Moineau
Fut logé près de lui dès l'âge du berceau ;
La Cage et le Panier avaient mêmes Pénates.
Le Chat était souvent agacé par l'Oiseau :
L'un s'escrimait du bec, l'autre jouait des pattes.
Ce dernier toutefois épargnait son ami.
Ne le corrigeant qu'à demi
Il se fût fait un grand scrupule
D'armer de pointes sa férule.
Le Passereau moins circonspect,
Lui donnait force coups de bec.
En sage et discrète personne,
Maître Chat excusait ces jeux :
Entre amis, il ne faut jamais qu'on s'abandonne
Aux traits d'un courroux sérieux.
Comme ils se connaissaient tous deux dès leur bas âge,
Une longue habitude en paix les maintenait ;
Jamais en vrai combat le jeu ne se tournait ;
Quand un Moineau du voisinage
S'en vint les visiter, et se fit compagnon
Du pétulant Pierrot et du sage Raton.
Entre les deux oiseaux, il arriva querelle ;
Et Raton de prendre parti.
Cet inconnu, dit-il, nous la vient donner belle
D'insulter ainsi notre ami !
Le Moineau du voisin viendra manger le nôtre ?
Non, de par tous les Chats ! Entrant lors au combat,
Il croque l'étranger. Vraiment, dit maître Chat,
Les Moineaux ont un goût exquis et délicat !
Cette réflexion fit aussi croquer l'autre.
Quelle Morale puis-je inférer de ce fait ?
Sans cela toute Fable est un oeuvre imparfait.
J'en crois voir quelques traits ; mais leur ombre m'abuse,
Prince, vous les aurez incontinent trouvés :
Ce sont des jeux pour vous, et non point pour ma Muse ;
Elle et ses Soeurs n'ont pas l'esprit que vous avez.

 

Commentaires et analyses des fables de Jean La Fontaine par Chamfort . 1796.

Cette fable est joliment contée ; mais voilà, je crois, le seul éloge que l'on puisse lui donner.
V.33. J'en crois voir quelques traits, mais leur ombre m'abuse.
Il ne faut pas voir quelques traits de la moralité d'un Apologue, il faut voir l'image toute entière. Dans la fable des animaux, dans celle de l'alouette et de ses petits, dans celle du rat retiré du monde , .ce n'est pas une ombre douteuse et confuse que le lecteur entrevoit, c'est la chose même. L'auteur sait ce qu'il a voulu dire, et n'est pas obligé de s'en rapporter aux lumières d'un prince âgé de huit ans..

Commentaires et observations diverses de MNS Guillon   sur les fables de La Fontaine... - 1803.

1) Contemporain. L'idée du poète n'est pasque ces animaux vécussent dans le même temps, mais dans la même habitation. Il fallait commensal, au lieu de contemporain.
2) La cage et le panier avaient mêmes Pénates. On ne peut pas dire qu'une cage et un panier eussent des Dieux domestiques.
3) D'armer de pointes sa férule. Comme certains pedans accoutumés à faire plier sans la férule magistrale , le corps, la volonté et jusques à la raison de leurs élèves; et ces mêmes hommes, despotes de collèges , on les a vu des premiers crier a la liberté.
4) Incontinent. Ce mot a vieilli. Ménage ne l'aimait pas. (Rem. sur Malherbe, p. 569.) On en verrait pourtant encore quelques exemples , même dans les meilleurs écrivains de ce siècle. Voltaire :
Comment nos membres obéissent - ils incontinent à notre volonté ?.
Poème sur le désastre de Lisbonne.







 

 

 



 

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