e premier qui vit un Chameau
S'enfuit à cet objet nouveau ;
Le second approcha ; le troisième osa faire
Un licou pour le Dromadaire.
L'accoutumance ainsi nous rend tout familier.
Ce qui nous paraissait terrible et singulier
S'apprivoise avec notre vue,
Quand ce vient à la continue.
Et puisque nous voici tombés sur ce sujet,
On avait mis des gens au guet,
Qui voyant sur les eaux de loin certain objet,
Ne purent s'empêcher de dire
Que c'était un puissant navire.
Quelques moments après, l'objet devient brûlot,
Et puis nacelle, et puis ballot,
Enfin bâtons flottants sur l'onde.
J'en sais beaucoup de par le monde
A qui ceci conviendrait bien :
De loin c'est quelque chose, et de près ce n'est rien.
- Analyses : Chamfort 1796
- MSN. Guillon 1803.
- Livre : IVème.
Pas notée.
(1) L'accoutumance. Si ce mot n'existoit pas , il fandroit l'inventer. Comment se fait-il qu'on l'ait dédaigné au point de l'exclure du langage français? Est-il donc moins pittoresque que le mot habitude ? Au contraire, ne rend il pas avec énergie et fidélité cette lenteur monotone à laquelle l'exercice journalier d'un même objet nous asservit ordinairement.
(2) Ce qui nous paroissoit terrible ....
S'apprivoise avec notre vue. C'est plutôt notre vue qui s'apprivoise avec ce qui, etc. Passons par-dessus les autres petites incorrections de cette fable.
(3) Enfin bâtons flottants sur l'onde. «Rien n'est moins naturel que cette supposition, puisqu'au contraire le plus grand navire regardé de loin, semble être un bâton flottant». (Richer.)
(4) De loin c'est quelque chose , et de près ce n'est rien. Ce vers vaut lui seul toute la fable : il est devenu proverbe. Major è longinquo reverentia, a dit Tacite.
Je ne serois pas éloigné de croire que M. l'Abbé, Aubert a dû à ce récit l'idée de sa jolie fable : le Chat et le Coq d'un clocher. C'est là créer en imitant.
Le Berger et la Mer
La Mouche et la Fourmi
Le Jardinier et son Seigneur
L'Ane et le petit Chien
Le Combat des Rats et des Belettes
Le Singe et le Dauphin
L'Homme et l'Idole de bois
Le Geai paré des plumes du Paon
Le Chameau et les Bâtons flottants
La Grenouille et le Rat
Tribut envoyé par les animaux à Alexandre
Le Cheval s'étant voulu venger du Cerf
Le Renard et le Buste
Le Loup, la Chèvre et le Chevreau
Le Loup, la Mère et l'Enfant
Parole de Socrate
Le Vieillard et ses Enfants
L'Oracle et l'Impie
L'Avare qui a perdu son trésor
L'Oeil du Maître
L'Alouette et ses petits avec le Maître d'un Champs
Commentaires et analyses des fables : Chamfort et Mns. Guillon -
Illustrées par J.J. Granville.
A lire "les origines des fables de La Fontaine par : A. C. M. Rober ."
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