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| Les 12 livres de Jean de la Fontaine : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12 |
Le serpent a deux parties
Du genre humain ennemies,
Tête et queue ; et toutes deux
Ont acquis un nom fameux
Auprès des Parques cruelles :
Si bien qu'autrefois entre elles
Il survint de grands débats
Pour le pas.
La tête avait toujours marché devant la queue.
La queue au Ciel se plaignit,
Et lui dit :
Je fais mainte et mainte lieue,
Comme il plaît à celle-ci.
Croit-elle que toujours j'en veuille user ainsi ?
Je suis son humble servante.
On m'a faite Dieu merci
Sa soeur et non sa suivante.
Toutes deux de même sang
Traitez-nous de même sorte :
Aussi bien qu'elle je porte
Un poison prompt et puissant.
Enfin voilà ma requête :
C'est à vous de commander,
Qu'on me laisse précéder
A mon tour ma soeur la tête.
Je la conduirai si bien,
Qu'on ne se plaindra de rien.
Le Ciel eut pour ses voeux une bonté cruelle.
Souvent sa complaisance a de méchants effets.
Il devrait être sourd aux aveugles souhaits.
Il ne le fut pas lors : et la guide nouvelle,
Qui ne voyait au grand jour
Pas plus clair que dans un four,
Donnait tantôt contre un marbre,
Contre un passant, contre un arbre.
Droit aux ondes du Styx elle mena sa soeur.
Malheureux les Etats tombés dans son erreur.
V. 1. Le serpent a deux parties.
Cette fable écrite du style le plus simple , et bien moins ornée que les précédentes, n'est pas d'une grande application dans nos mœurs ; mais elle en avait beaucoup dans nos anciennes démocraties.
Je n'aime pas ces petits vers,
V. 8. Pour le pas ....
V. 11. Et lui dit:
Tout cela me paraît de pures négligences ; mais il y en a deux très-bons.
V. 28. Le ciel eut pour ses vœux une bouté cruelle. Souvent sa complaisance a de méchans effets.
(1) Pour le pas. Cette sorte de vers est très-commune dans La Fontaine. Elle n'est point permise en poésie , à moins d'être légitimée par l'art du poète, comme dans la fable de la Montagne qui accouche,
C'est promettre beaucoup; mais qu'en sort-il souvent ? Du vent ?
(2) Souvent sa complaisance a de méchans effets ;
Il devroit, etc. Ce n'est pas assez d'une vérité principale qui soit le but de l'instruction que la fable se propose. L'écrivain inspire par la nature et par le goût, aime à méler à ses récits des traits de morale ou de sentiment qui les enrichissent en les diversifiant. Homère excelle dans ces sortes de digressions. Voyez l'éloge que Pope a fait de cet admirable poète. Pope eût dit ici la même chose de notre La Fontaine.
(3) Il ne le fut pas lors. Ce mot étoit d'un fréquent usage dans l'ancienne poésie française. Louise Labbe :
Lors double vie à chacun ensuivra.
(Sonnet XVIII. p. 136.)
Clem. Marot : D'antres dedans m'incita lors, (le Temple de Cupido. )
Malherbe et Racan : O combien lors aura de veuves !.. ( Malh. pag. 62. ) O que lors dans ses deux rivages !... ( Racan. Od. à Louis XIII )
(4) La guide ne se dit plus guère au féminin que dans le style ascetique. La guide du pécheur. On dit pourtant : une guide in-
fidelle. S'il y a dans cette fable antique quelques négli gences, on y rencontre aussi de beaux vers, tels que ceux-ci :
Le ciel eut pour ses vœux une bonté cruelle.
Souvent sa complaisance a de méchans effets.
Portrait biographique de Jean de La Fontaine . Sa jeunesse. |
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