Analyses des fables .

Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau.
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La Fontaine a mis a la fin de sa XVe fable, intitulée : La Mort et le Malheureux, une note qui confirme ce fait, sans que Despréaux y soit nommé
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Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants.
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Proverbes.
 " Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre."
Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore : Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée : Petit homme abat grand chêne. Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire, c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour allumer un incendie.
G. Duplessis - 1851.
 

 

 

 
Jean de La Fontaine

 Fables - Livre 4

Livre quatrième.

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La Mouche et la Fourmi.


La Mouche et la Fourmi contestaient de leur prix.
"O Jupiter! dit la première,
Faut-il que l'amour propre aveugle les esprits
D'une si terrible manière,
Qu'un vil et rampant animal
A la fille de l'air ose se dire égal !
Je hante les Palais, je m'assieds à ta table :
Si l'on t'immole un boeuf, j'en goûte devant toi ;
Pendant que celle-ci, chétive et misérable,
Vit trois jours d'un fétu qu'elle a traîné chez soi.
Mais, ma mignonne, dites-moi,
Vous campez-vous jamais sur la tête d'un Roi
D'un Empereur, ou d'une Belle ?
Je le fais ; et je baise un beau sein quand je veux ;
Je me joue entre des cheveux ;
Je rehausse d'un teint la blancheur naturelle ;
Et la dernière main que met à sa beauté
Une femme allant en conquête,
C'est un ajustement des Mouches emprunté.
Puis allez-moi rompre la tête
De vos greniers. - Avez-vous dit ?
Lui répliqua la ménagère.
Vous hantez les Palais ; mais on vous y maudit.
Et quant à goûter la première
De ce qu'on sert devant les Dieux,
Croyez-vous qu'il en vaille mieux ?
Si vous entrez partout, aussi font les profanes.
Sur la tête des Rois et sur celle des Anes
Vous allez vous planter ; je n'en disconviens pas ;
Et je sais que d'un prompt trépas
Cette importunité bien souvent est punie.
Certain ajustement, dites-vous, rend jolie.
J'en conviens : il est noir ainsi que vous et moi.
Je veux qu'il ait nom Mouche : est-ce un sujet pourquoi
Vous fassiez sonner vos mérites ?
Nomme-t-on pas aussi Mouches les parasites ?
Cessez donc de tenir un langage si vain :
N'ayez plus ces hautes pensées.
Les Mouches de cour sont chassées ;
Les Mouchards sont pendus ; et vous mourrez de faim,
De froid, de langueur, de misère,
Quand Phébus régnera sur un autre hémisphère.
Alors je jouirai du fruit de mes travaux.
Je n'irai, par monts ni par vaux,
M'exposer au vent, à la pluie ;
Je vivrai sans mélancolie.
Le soin que j'aurai pris de soin m'exemptera.
Je vous enseignerai par là
Ce que c'est qu'une fausse ou véritable gloire.
Adieu : je perds le temps : laissez-moi travailler ;
Ni mon grenier, ni mon armoire
Ne se remplit à babiller."


 

Commentaires et analyses des fables de Jean La Fontaine par Chamfort . 1796.


    Le commencement de cette fable est charmant. L'indignation de la fourmi contre l'illusion de l'amour-propre , et l'aveuglement de la fourmi qui se compare à elle, peint merveilleusement le délire de la vanité; mais La Fontaine a eu tort d'ajouter
V. 17. Et la dernière main que met à sa beauté
         Une femme allant en conquête,
         C'est un ajustement des mouches emprunté.
D'abord ajustement n'est pas le mot propre. Ensuite le petit ornement s'appelle mouche en français , et autrement dans une autre langue. Cependant ce jeu de mots est plus supportable que tous ceux qui se trouvent dans la réponse de la fourmi.
V. 39. Les mouches de cour sont chassées :
Les mouchards sont pendus, etc.
Ce sont de mauvais quolibets qui déparent beaucoup cette fable , dont le commencement est parfait. On se passerait bien aussi du grenier et de l'armoire des deux derniers vers.

Commentaires et observations diverses de MNS Guillon   sur les fables de La Fontaine... - 1803.

(5) Pendant que celle-ci. Elle ne daigne seulement pas rappeler par son nom, ni fixer les yeux sur elle.
(6) Vit trois jours d'un fétu qu'elle a traîné chez soi. Pas un. mot oiseux. Fit d'un fétu. Quelle proportion d'un fétu à un bœuf! Trois jours. Il faut être bien misérable pour se condamner à tant d'économie. Qu'elle a traîné. Traîner ne convient qu'à une mercenaire gagnant sa vie à la sueur de son front. Chez soi. Et quel chez soi? des greniers ! Le chez soi de la Mouche, ce sont les palais, c'est la table même de Jupiter.
(7) Mais, ma mignone. C'est le ton insultant de la protection. (8) Avez-vous dit ? Cette réplique de la Fourmi laisse voir toute
la patience qu'elle a à écouter. Sa réponse est un petit chef-d'œuvre de précision, de dialectique et de véritable éloquence.
(9) Et quant à goûter la première, etc. Croyez-yous qu'il en vaille mieux, etc. Ces vers laissent quelque
chose à désirer du côté de la correction. Quant à ne se joint qu'à un substantif. Il en vaille est suranné. Dans le vers d'après, aussi font, il faudroit ainsi. Mais y a-t-il des fautes au milieu de tant de détails enchanteurs ?
(10) Sur la tête des Rois et sur celle des Ane.Seroit-ce la rime qui auroit commandé ce rapprochement ignoble et injurieux
même dans les préférences qu'il établit? Quand Horace a dit:
Pallida mors aequo puisât pede
Regemque turres pauperumque tabernas; Ce sont les extrêmes qu'il met en opposition ; et c'étoit là le modèle que le poète auroit pu suivre.
(11) Vous fassiez sonner vos mérites. Mérite ne s'emploie plus au pluriel qu'en style de dévotion ; les mérites de la Sainte Vierge; c'est une perte pour la langue. Voyez comme ici vos mérites relève le sarcasme du reproche.
(12) Les Mouches de Cour, Les factieux. Les Mouchards.Espions ; parce que, comme les Mouches, ils vont thercher pff tout leur pâture. (V. Ménage et Le Ducbat, Notes sur Rabelais( T. II. p. 166. éd. d'Àmst. 1726.)
Marie a substitué une Abeille à la Fourmi employée par Phèdre et La Fontaine. M. Legnmd lui en a fait un mérite. « S'il est pardonnable, dit-il, à l'Abeille de se donner des louanges, ou ne le pardonnera point à la Fourmi , insecte aussi incommode et tout aussi inutile que la Mouche». (Fabliaux, T. III. p. 338.) Qu'im porte, dirons-nous au savant écrivain ; qu'importe ce genre de mérite au fabuliste , pourvu que les caractères qu'il prête à ses personnages, soient justifiés par l'opinion ? La supériorité de l'Abeille sur la Mouche est une vérité si triviale, qu'elle ne peut être disputée par aucun insecte ailé ; au lieu que la Fourmi, animal d'une autre espèce , piqué bien davantage la curiosité, et par-là donne bien plus d'intérêt à sa défense.







 

 

 



 

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