Jean de la Fontaine   Sa vie     Fables    Contes   Proverbes    Théatre    Poésies    Epitaphe 
Les 12 livres de Jean de la Fontaine : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12
 La Mort et le Bucheron. 


Un pauvre Bûcheron tout couvert de ramée,
Sous le faix du fagot aussi bien que des ans
Gémissant et courbé marchait à pas pesants,
Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée.
Enfin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur*,
Il met bas son fagot, il songe à son malheur.
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde ?
En est-il un plus pauvre en la machine ronde* ?
Point de pain quelquefois, et jamais de repos.
Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,
Le créancier, et la corvée
Lui font d'un malheureux la peinture achevée.
Il appelle la mort, elle vient sans tarder,
Lui demande ce qu'il faut faire
C'est, dit-il, afin de m'aider
A recharger ce bois ; tu ne tarderas guère.
Le trépas vient tout guérir ;
Mais ne bougeons d'où nous sommes.
Plutôt souffrir que mourir,
C'est la devise des hommes.

La suite de la fable par Barthélemy de Beauregard.



 
Fables liées :
Esope : Du Vieillard et de la Mort.
Loqman ou Lukman : L'homme et la Mort.
Jean de la Fontaine : La Mort et le Bucheron.

Notes sur la fable:
*machine ronde : la terre.
*douleur : " toute la souffrance humaine - ici exprimée en un vers -"
*chaumine : demeure.

Source : Le vieillard et la mort - Un jour un vieillard, portant du bois qu'il avait coupé, faisait longue route. Succombant à la fatigue, il déposa quelque part son fardeau, et il appelait la mort. La mort arriva et lui demanda pourquoi il l'appelait. Alors le vieillard épouvanté lui dit : "Pour que tu soulèves mon fardeau ." Cette fable montre que tout homme aime la vie, même s'il est malheureux et pauvre.
Esope - Nevelet - et Haudent, D'un pauvre homme appelant la mort.

Commentaires et analyses par Chamfort . 1796.

Pas de note.

Commentaires et observations diverses de MNS Guillon .1803.

(1) Un pauvre bûcherom tout couvert de ramée,
Sous le faix, etc. Quel tableau ! pas un mot qui ne soit une image ; pas un trait qui n'ajoute à la beauté de l' ensemble. Quelle force dans les couleurs ! et sur-tout quelle savante progression dans la peinture de ces charges diverses sous lesquelles gémit le pauvre vieillard : c'est le bois, c'est l'âge , c'est la misère, c'est tout à la fois. On est ému, attendri, à l'aspect de tant d'infortune ! Hantée,
vieux mot. Clém. Marot: L'autre à sa dame estandoit la ramée. ( Temple de Cupido ).
Sous le faix du fagot. C'est bien assez, c'est déjà trop de ce seul fagot pour l'écraser, tant les ans et ses longs malheurs l'ont rendu foible ! Gémissant et courbé, marchoit à pas pesans. La marche de ce vers est lente et pénible comme celle du Bûcheron. Enfin , n'en pouvant plus d'efforts et de douleur. Ce dernier trait achève le tableau et le rend admirable. C'est la nature qui succombe ; elle a épuisé jusqu'à ses derniers efforts. Que David ait à représenter cette scène, il ne lui reste plus rien à imaginer : seulement qu'il copie La Fontaine, et l'art comptera un chef-d'œuvre de plus. Pour faire son Jupiter, Phidias n'eut qu'à imiter Homère.
(2) Quel plaisir a-t-il eu, etc. Combien ce monologue est touchant! L'homme qui souffre seroit moins malheureux, sans doute, s'il pouvoit se dérober au sentiment de son malheur. Mais non, ce n'est pas encore assez que le présent l'accable; il faut que sa mémoire elle-même s'arme contre lui. Si du moins ses souvenirs lui offroient quelque aspect moins lugubre! Non : pas un plaisir dont l'image riante mêle une distraction légère au spectacle de ses maux, dont la longue énuméràtion embrasse tous les momens de sa vie.
(3) Point de pain quelquefois , et jamais de repos. Ce vers est parfait. Que d'idées exprimées dans aussi peu de mots ! Sans cesse mourir de faim ou mourir de fatigue ! A-t-il eu tort de croire qu'il n'en est pas , pas un, plus pauvre ici bas ?
(4) Le trépas vient tout guérir,etc. Cette fable, un des chefs-d'œuvre de l'apologue français, est terminée par une réflexion fine et profonde, dont la vérité, fondée sur l'expérience , peut être contestée par quelques individus, trop peu nombreux pour faire exception à la règle générale, mais dont tout homme qui voudra être sincère avec lui-même, sentira la justesse.. Invoquer la mort, dit Sénèque, c'est mentir. ( Voy. Trad. des Lettres de Sé-nèque, par feu M. Lagrange , T. II. p. 322). Pourquoi ? parce que c'est la nature elle-même, et non l'opinion, qui repousse l'idée de la mort. Mortem horret natura ; non opinio.
Comparons le même sujet traité par un homme également fameux , qui le composa dans sa plus grande force, comme nous l'apprend le fils de son illustre ami. (Mémoires sur la vie de J. Racine? P.123 ).
Fable de Boileau.
Le dos chargé de bois et le corps tout en eau, Un pauvre Bûcheron, dans l'extrême vieillesse, Marchoit en haletant de peine et de détresse. Enfin , las de souffrir, jettant là son fardeau , Plutôt que de s'en voir accablé de nouveau, Il souhaite la mort, et cent fois il l'appelle. La Mort vient à la fin. Que veux-tu? cria-t-elle. Qui ? moi ! dit-il, alors prompt à se corriger Que tu m'aides à me charger.
Le dos chargé de bois et le corps tout en éau,
Un pauvre Bûcheron. Dajas La Fontaine, c'est le corps tout entier qui est couvert du bois qui le courbe et l'écrase. Le corps tout en eau , expression triviale.
Dans l'extrême vieillesse : hémistiche (faible et languissant. On le croiroit placé là pour la rime.
Marchoit. S'il marchoit, il avoit donc encore des forces. La fontaine prévient l'objection en ajoutant à pas pesans.
En haletant de peine et de détresse. On ne dit point haleter de peine et de détresse : on diroit haleter de fatigue ; ces mots ne sont point synonymes ; les premiers désignent des afflictions morales, in lérieures, qui ne font point haleter.
Enfin , las de souffrir, jettant là son fardeau. La répétion du mot là, quoiqu'elle ne se fasse sentir qu'à l'oreille , est le moindre défaut de ce vers. Nous ne poursuivrons pas plus loin la comparaison ; ce qui suit est encore plus médiocre. Molière n'avoit donc fait que pressentir le jugement de la postérité, quand il disoit à ses célèbres amis : Nos beaux esprits ont beau se trémousser, ils n'effaceront pas le bon- homme. (Vie de La Fontaine, en tête de l'édit. de Montenaut).
(*) Dans cette imitation, le Laboureur invoque un tombeau; la terre Ouvre son sein pour l'y recevoir ; il recule d'horreur , et retourne bien vite à sa charrue. — Qu'est-ce que le sein de la terre peut avoir d'effrayant pour un Laboureur?

 

Articles et fabulistes à voir...
Portrait biographique de Jean de La Fontaine . Sa jeunesse.
— Jean de la Fontaine naquit, le 8 juillet 1621, à Château-Thierry. Son père était maître des eaux et forêts, et sa mère, Françoise Pidoux, fille d'un bailli de Coulommiers. Son éducation paraît avoir été fort négligée; on lui laissait lire, à l'aventure, tout ce qui lui tombait sous la main; et, de bonne heure, il prit l'habitude d'obéir à son caprice ou aux impressions du moment. Quelques livres de piété prêtés par un chanoine de Soissons ayant ému son imagination, il crut d'abord qu'il avait du goût pour l'état ecclésiastique ; et, vers sa vingtième année, il entrait à l'institut de l'Oratoire, puis au séminaire de Saint-Magloire, à Paris1. Mais il s'aperçut vite de sa méprise, et en 1641 revint chez son père, la suite....

La continuation des Mille et une Nuits.
Avant de parler de la continuation des Mille et une Nuits qu’on publie aujourd’hui, il est nécessaire de dire quelque chose de l’original arabe, et de la partie déjà traduite par M. Galland.
Les manuscrits complets des Mille et une Nuits sont rares, non-seulement en Europe, mais même en Orient ; et tous ne se ressemblent pas exactement. La Bibliothèque Impériale de Paris possède deux exemplaires des Mille et une Nuits, qui sont tous deux fort incomplets. la suite ...

La Moralité de chaque Fable de La Fontaine développée et prouvée par un trait historique ou biographique.
En publiant le La Fontaine en action, nous n'avons qu'un but, c'est de vulgariser l'admirable morale des maximes du grand fabuliste, en les appuyant d'un exemple qui les fixe plus facilement et plus profondément dans l'esprit des jeunes gens ; c'est en un mot de leur venir en aide pour qu'ils fassent d'eux-mêmes l'application de la règle, et profitent des excellents conseils de cet écrivain immortel. Les exemples choisis, se rapportant pour la plupart aux grands faits historiques , la suite....

Origine des fables de Jean de la Fontaine.
Je n'hésiterais donc pas à regarder comme empruntés par La Fontaine tous les sujets qu'il renferme et que l'on retrouve dans les six premiers livres de notre fabuliste, si Phèdre et Horace n'en réclamaient pas un certain nombre : ce n'est pas sans balancer que j'indique les quatre fables suivantes comme ayant leurs sources dans les satires et dans les épîtres du lyrique latin.. la suite....

Franc-Nohain:
Maurice Étienne Legrand, dit Franc-Nohain, né le 25 octobre 1872 à Corbigny et mort le 18 octobre 1934 à Paris, avocat, sous-préfet, écrivain, librettiste, poète.
Il choisit Nohain comme nom en hommage au cours d'eau traversant Donzy, lieu de ses vacances d'enfance. Avec André Gide et Pierre Louÿs , il fonde "Potache revue" la suite.... .

blog comments powered by    
 

Website templates