Cette première édition ne comprenoit que les six premiers livres des fables, et celles-ci sont au nombre de 124. On ne s'attend pas, je l'espère, à me voir justifier pour chacune d'elles les raisons qui me déterminent à leur attribuer l'origine que je vais indiquer ; mais, en les réunissant en plusieurs groupes, on pourra raisonnablement admettre que toutes celles qui composent chacun d'eux reconnoissent une source commune, lorsque la plupart présenteront des signes évidents d'imitation. Ésope, Horace et Phèdre sont les trois anciens auteurs dont je crois devoir m'occuper en premier sous le rapport de ces recherches....lire la suite.
Qu'est-ce qu'une fable ?
Nature de la fable .
Parmi les critiques, les uns voient dans la Fable principalement une vérité morale proposée à la raison; d'autres la considèrent comme une exhortation au bien, offerte dans un discours allégorique à la volonté ; d'autres enfin en font un tableau poétique, parlant surtout à l'imagination et ayant pour objet le beau idéal. De là une foule de définitions et de règles contraires sur l'apologue , selon qu'on l'envisageait exclusivement à l'un de ces trois points de vue. Lire la suite
Un Bûcheron venait de rompre ou d'égarer
Le bois dont il avait emmanché sa cognée.
Cette perte ne put sitôt se réparer
Que la Forêt n'en fût quelque temps épargnée.
L'Homme enfin la prie humblement
De lui laisser tout doucement
Emporter une unique branche,
Afin de faire un autre manche.
Il irait employer ailleurs son gagne-pain ;
Il laisserait debout maint chêne et maint sapin
Dont chacun respectait la vieillesse et les charmes.
L'innocente Forêt lui fournit d'autres armes.
Elle en eut du regret. Il emmanche son fer.
Le misérable ne s'en sert
Qu'à dépouiller sa bienfaitrice
De ses principaux ornements.
Elle gémit à tous moments :
Son propre don fait son supplice.
Voilà le train du Monde et de ses Sectateurs :
On s'y sert du bienfait contre les bienfaiteurs.
Je suis las d'en parler ; mais que de doux ombrages
Soient exposés à ces outrages,
Qui ne se plaindrait là-dessus ?
Hélas ! j'ai beau crier et me rendre incommode :
L'ingratitude et les abus
N'en seront pas moins à la mode.
Commentaires et analyses des fables de Jean La Fontaine par Chamfort . 1796.
V. 5. L'homme enfin la prie humblement.
Pourquoi cette prière si humble? Pourquoi l'homme n'arrachait-il pas une branche ? Cela n'est pas motivé. D'ailleurs là morale de cet Apologue rentre dans celui du cerf et de la vigne, qui est beaucoup meilleur (Livre V, fable 15).
Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine... - 1803.
1) L'homme enfin la prie humblement De lui laisser tout doucement
Emporter une unique branche. C'est bien là le ton suppliant de
la demande. Doucement. De peur de blesser. Une unique branche.
Quel tort cela fera-t-il? L'ingrat! plus il fut humble, plus il devient
coupable.
2) Afin de faire un autre manche. Ce n'est point là un objet
de fantaisie ou de luxe , mais de nécessité. Comment refuser un tel
service à des désirs aussi bornés ?
3) Son fer ne rime pas avec s'en sert. Malherbe a de ces rimes,
que Ménage appelle des Normanismes.
4) Mais que de doux ombrages
Soient exposés à ces outrages. L'aimable sentiment que celui
qui s'attriste sur une forêt dépouillée de ses ombrages ! et La Fontaine
avoit alors soixante-douze ans ! Non, non , le cœur de La
Fontaine ne s'étoit pas plus refroidi que son génie!