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| Les 12 livres de Jean de la Fontaine : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12 |
L'autre exemple est tiré d'animaux plus petits.
Le long d'un clair ruisseau buvait une Colombe,
Quand sur l'eau se penchant une Fourmi y tombe.
Et dans cet océan l'on eût vu la Fourmi
S'efforcer, mais en vain, de regagner la rive.
La Colombe aussitôt usa de charité :
Un brin d'herbe dans l'eau par elle étant jeté,
Ce fut un promontoire où la Fourmi arrive.
Elle se sauve ; et là-dessus
Passe un certain Croquant qui marchait les pieds nus.
Ce Croquant, par hasard, avait une arbalète.
Dès qu'il voit l'Oiseau de Vénus
Il le croit en son pot, et déjà lui fait fête.
Tandis qu'à le tuer mon Villageois s'apprête,
La Fourmi le pique au talon.
Le Vilain retourne la tête :
La Colombe l'entend, part, et tire de long.
Le soupé du Croquant avec elle s'envole :
Point de Pigeon pour une obole
FABLES XI ET XII
Ces deux fables ne comportent aucune espèce de notes, n'étant remarquables ni par de grandes beautés, ni par aucun défaut. C'est la simplicité et la pureté de Phèdre, avec un peu plus d'élégance
(1) Une Fourmis y tombe. Le mot Fourmi ne prend l's qu'au pluriel. Les lexicographes n'ont point remarqué cette innovation de La Fontaine.
(2) Et dans cet océan. Toute grandeur est relative. Le simple ruisseau est toujours bien vaste quand on s'y noie : il est alors l'océan tout entier, comme la planche qui sauve du naufrage est un promontoire. Ces images ennoblissent les acteurs, et rehaussent le lieu de la scène.
(3) Usa de charité.
La Colombe est tendre, et partant généreuse, a dit M. l'abbé Aubert, Liv. IV. f. 1.
(4) Un brin d'herbe dans l'eau par elle étant jeté,
Ce fut un promontoire. Florian pensoit sans doute à ces jolis ver s, lorsque dans sa fable du Lapin et de la Sarcelle, il écrivoit :
La Sarcelle le quitte, Et revient traînant un vieux nid Laissé par des Canards. Elle l'emplit bien vite De feuilles de roseaux ; les presse, les unit Des pieds, du bec, en fait un batelet capable De supporter un lourd fardeau. Puis elle attache à ce vaisseau Un brin de jonc qui sert de cable.
(5) Passe un certain croquant. Terme de mépris, un misérable , un homme de néant. Dans le Rolland travesti (Paris, 165o), ou lit :
Les grands coups orbes et piquans Que se tirent ces deux croquans. ( Ch. I. ) Ce mot a passé dans le style familier ; il vient du nom de cro quant, donné à quelques malheureux paysans de la Guyenne, révoltés sous Louis XIII.
(6) Le vilain retourne la tête. Mot ancien qui signifie un paysan. De villa, maison de campagne, a été formé villanus, villain. D'autres transportent bien plus loin l'étymologie de ce mot.
Portrait biographique de Jean de La Fontaine . Sa jeunesse. |
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