Cette première édition ne comprenoit que les six premiers livres des fables, et celles-ci sont au nombre de 124. On ne s'attend pas, je l'espère, à me voir justifier pour chacune d'elles les raisons qui me déterminent à leur attribuer l'origine que je vais indiquer ; mais, en les réunissant en plusieurs groupes, on pourra raisonnablement admettre que toutes celles qui composent chacun d'eux reconnoissent une source commune, lorsque la plupart présenteront des signes évidents d'imitation. Ésope, Horace et Phèdre sont les trois anciens auteurs dont je crois devoir m'occuper en premier sous le rapport de ces recherches....lire la suite.
Qu'est-ce qu'une fable ?
Nature de la fable .
Parmi les critiques, les uns voient dans la Fable principalement une vérité morale proposée à la raison; d'autres la considèrent comme une exhortation au bien, offerte dans un discours allégorique à la volonté ; d'autres enfin en font un tableau poétique, parlant surtout à l'imagination et ayant pour objet le beau idéal. De là une foule de définitions et de règles contraires sur l'apologue , selon qu'on l'envisageait exclusivement à l'un de ces trois points de vue. Lire la suite
Vouloir tromper le Ciel, c'est folie à la Terre ;
Le Dédale des coeurs en ses détours n'enserre
Rien qui ne soit d'abord éclairé par les Dieux.
Tout ce que l'homme fait, il le fait à leurs yeux
Même les actions que dans l'ombre il croit faire.
Un Païen qui sentait quelque peu le fagot,
Et qui croyait en Dieu, pour user de ce mot,
Par bénéfice d'inventaire,
Alla consulter Apollon.
Dès qu'il fut en son sanctuaire :
Ce que je tiens, dit-il, est-il en vie ou non ?
Il tenait un moineau, dit-on,
Prêt d'étouffer la pauvre bête,
Ou de la lâcher aussitôt
Pour mettre Apollon en défaut.
Apollon reconnut ce qu'il avait en tête :
Mort ou vif, lui dit-il, montre-nous ton moineau,
Et ne me tends plus de panneau ;
Tu te trouverais mal d'un pareil stratagème.
Je vois de loin, j'atteins de même.
Commentaires et analyses des fables de Jean La Fontaine par Chamfort . 1796.
V. 1. Vouloir tromper le ciel, etc.
Ces cinq premiers vers sont nobles et imposans , ils ont pourtant un défaut. Il s'agit d'un prêtre d'Apollon , par conséquent d'un , fourbe, d'un payen incrédule, par conséquent d'un homme de bon sens ; et La Fontaine se fâche et parle comme s'il s'agissait du vrai dieu, d'un prêtre du dieu suprême.
Ce ridicule se trouve dans les histoires ancienne et romaine de Rollin. Ce digne professeur s'emporte contre ceux qui ne croyaient pas à Jupiter, à Neptune. Il suppose, sans y songer, que ces gens-là, nés parmi nous , n'auraient pas cru à notre religion.