ertain Païen chez lui gardait un Dieu de bois,
De ces Dieux qui sont sourds, bien qu'ayants des oreilles.
Le païen cependant s'en promettait merveilles.
Il lui coûtait autant que trois.
Ce n'étaient que voeux et qu'offrandes,
Sacrifices de boeufs couronnés de guirlandes.
Jamais Idole, quel qu'il fût,
N'avait eu cuisine si grasse,
Sans que pour tout ce culte à son hôte il échût
Succession, trésor, gain au jeu, nulle grâce.
Bien plus, si pour un sou d'orage en quelque endroit
S'amassait d'une ou d'autre sorte,
L'homme en avait sa part, et sa bourse en souffrait.
La pitance du Dieu n'en était pas moins forte.
A la fin, se fâchant de n'en obtenir rien,
Il vous prend un levier, met en pièces l'Idole,
Le trouve rempli d'or : Quand je t'ai fait du bien,
M'as-tu valu, dit-il, seulement une obole ?
Va, sors de mon logis : cherche d'autres autels.
Tu ressembles aux naturels
Malheureux, grossiers et stupides :
On n'en peut rien tirer qu'avecque le bâton.
Plus je te remplissais, plus mes mains étaient vides :
J'ai bien fait de changer de ton.
- Analyses : Chamfort 1796
- MSN. Guillon 1803.
- Livre : IVème.
Le fait est faux , mais c'est une tradition ancienne. D'ailleurs , La Fontaine évite plaisamment l'embarras d'une discussion ; au surplus, on ne voit pas trop quelle est la moralité de cette prétendue faille, qui n'en est pas une.
1) Certain Payen, etc. Tout le monde connoît le mot si ingénu de La Fontaine à Racine : Avez-vous lu Baruch ? Je ne sais si l'anecdote a précédé ou suivi la composition de cet apologue; toujours l'écrivain sacré auroit-il offert au poète le premier original de ces vers :
. . . . . . . Un Dieu de bois, De ces Dieux qui sont sourds, bien qu'ayant des oreilles. On chercheroit vainement ailleurs une déclamation pluss éloquente contre les divinités du Paganisme, que dans le chapitre VI de ce Prophête.
(2) Ce n'étoit que vœux; dites: ce n'etoient. L'accord nécessaire du nombre entre le verbe et le nominatif se trouve violé par-tout dans les auteurs du dernier siècle. Il y a encore aujourd'hui des écrivains qui ne savent pas se défendre ici de la séduction de l'exemple, ou de l'indolence de l'habitude.
(3) Sacrifices de bœufs. Une religion plus sublime, parce que seule elle émane de Dieu, a appris aux hommes que le sacrifice des victimes sanglantes étoit indifférent à la Divinité. «Le sacrifice que Dieu demande, est un cœnr contrit et humilié ». Ce sont là les oracles dont Racine a recueilli l'esprit dans ces beaux vers:
Quel fruit me revient-il de tous vos sacrifices? Ai-je besoin du sang des boucs et des génisses... ? Du milieu de mon Peuple exterminez les crimes; Et vous viendrez alors m'immoler vos victimes.
' ( Athalie, Act. I. sc. I.)
(4) Jamais Idole, quel qu'il fût. Idote est plus communément féminin :
Jusques à quand, trompeuse Idole.
( J. B. Rousseau, Ode à la Fortune.) P. Corneille l'a fait pourtant masculin dans ces beaux vers : Et Pison ne sera qu'un Idole sacré Qu'ils tiendront sur l'autel pour répondre à leur gré.
«L'étymologie, observe un critique, favorise cette dernière opinion ; mais l'usage, qui est l'arbitre souverain des langues, l'a fixé au féminin ». (Ménage. Observ. sur Malherbe, p. 368.)
(5) Si pour un sou d'orage ... . s'amassoit. Ou est le nominatif du verbe s'amassoit ? Dira-t-on que la préposition pour puisse en tenir lieu? Non. Cette construction eut été vicieuse, même chez les Grecs : au défaut d'un nominatif direct, ils n'en mettent jamais leur article.
(6) La pitance du Dieu. On ne se fait pas à cet étrange amal game d'expressions triviales avec ce qu'il y a de plus auguste; avec ce mot toujours respectable, alors même qu'il est dénaturé par la superstition , comme le caractère sacré de la royauté mérite encore des hommages même sur le front de l'usurpateur ; ce mot, enfin, que Newton n'entendit proférer jamais sans se découvrir la tête par respect.
(7) Il vous prend un levier, met en pièces, etc. On soulève, on ne brise pas avec le levier.
(8) Tu ressembles aux naturels, etc. Et c'est là la morale de la fable ! Qu'il faille ainsi traiter son esclave, ce seroit déjà un problème : mais son égal ou son supérieur ! certes, une telle dévotion seroit un peu brutale. Il y a dans cette fable un air profane qui pourroit être d'un dangereux exemple. Voyez ce que dit Plutarque sur le respect dû aux Dieux, dans son traité de la manière de lire les Poètes : et l'on peut en croire là-dessus un philosophe ennemi déclare de la superstition. Les Tyriens en usoient ainsi avec leur Hercule: oui, et les Sauvages avec leurs Idoles. Qu'en conclure ? Que les Tyriens n'étoient pas plus raisonnables que le Payen de la fable, et le poète pas plus raisonnable de les absoudre.
Le Berger et la Mer
La Mouche et la Fourmi
Le Jardinier et son Seigneur
L'Ane et le petit Chien
Le Combat des Rats et des Belettes
Le Singe et le Dauphin
L'Homme et l'Idole de bois
Le Geai paré des plumes du Paon
Le Chameau et les Bâtons flottants
La Grenouille et le Rat
Tribut envoyé par les animaux à Alexandre
Le Cheval s'étant voulu venger du Cerf
Le Renard et le Buste
Le Loup, la Chèvre et le Chevreau
Le Loup, la Mère et l'Enfant
Parole de Socrate
Le Vieillard et ses Enfants
L'Oracle et l'Impie
L'Avare qui a perdu son trésor
L'Oeil du Maître
L'Alouette et ses petits avec le Maître d'un Champs
Commentaires et analyses des fables : Chamfort et Mns. Guillon -
Illustrées par J.J. Granville.
A lire "les origines des fables de La Fontaine par : A. C. M. Rober ."
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