es Sages quelquefois, ainsi que l'Ecrevisse,
Marchent à reculons, tournent le dos au port.
C'est l'art des Matelots ; c'est aussi l'artifice
De ceux qui, pour couvrir quelque puissant effort,
Envisagent un point directement contraire,
Et font vers ce lieu-là courir leur adversaire.
Mon sujet est petit, cet accessoire est grand.
Je pourrais l'appliquer à certain Conquérant
Qui tout seul déconcerte une Ligue à cent têtes.
Ce qu'il n'entreprend pas, et ce qu'il entreprend,
N'est d'abord qu'un secret, puis devient des conquêtes.
En vain l'on a les yeux sur ce qu'il veut cacher ;
Ce sont arrêts du sort qu'on ne peut empêcher :
Le torrent, à la fin, devient insurmontable.
Cent dieux sont impuissants contre un seul Jupiter.
LOUIS et le Destin me semblent de concert
Entraîner l'Univers. Venons à notre Fable.
Mère Ecrevisse un jour à sa Fille disait :
Comme tu vas, bon Dieu ! ne peux-tu marcher droit ?
- Et comme vous allez vous-même ! dit la fille.
Puis-je autrement marcher que ne fait ma famille ?
Veut-on que j'aille droit quand on y va tortu ?
Elle avait raison ; la vertu
De tout exemple domestique
Est universelle, et s'applique
En bien, en mal, en tout ; fait des sages, des sots :
Beaucoup plus de ceux-ci. Quant à tourner le dos
A son but, j'y reviens ; la méthode en est bonne,
Surtout au métier de Bellone ;
Mais il faut le faire à propos.
- Analyses : Chamfort 1796
- MSN. Guillon 1803.
- Livre : XIIème.
1) Les sages, etc. L'écrivain fait au sage un mérite de savoir reculer à propos ; et l'Ecrevisse de sa fable n'y voit qu'un travers dans sa fille. Où est le rapport nécessaire entre l'allégorie et l'image qu'on veut lui faire représenter ? Au reste , le défaut d'analogie est corrigé par une poésie pleine de noblesse. On reproche à Louis XIV les complimens que lui ont prodigues à l'envi tous les écrivains de son siècle. C'est comme si on lui reprochoit de les avoir mérités. On remarquera, ce vers d'un sens profond et d'une tournure hardie.
N'est d'abord qu'un secret, puis devient des conquêtes.
2) Au métier de Bellone. A la guerre, à laquelle préside Bellons, distinguée de Mars par les mêmes différences qui distinguent une campagne, d'une action, la valeur , de l'impétuosité.
La fable de Bret est remarquable par sa précision.
Ma fille, marchez droit, dit l'Ecrevisse mère ;
Aller a reculons ! fi ! cela n'est pas bien :
Ma mère , je ne veux vous contredire en rien ;
Je vous suivrai ; marchez, s'il vous plaît, la première.
Les Compagnons d'Ulysse
Le Chat et les deux Moineaux
Du Thésauriseur et du Singe
Les Deux Chèvres
Le vieux Chat et la jeune Souris
Le Cerf malade
La Chauve-Souris, le Buisson, et le Canard
La Querelle des chiens et des chats, et celle des chats et des souris
Le Loup et le Renard
L'Ecrevisse et sa Fille
L'Aigle et la Pie
Le Milan, le Roi, et le Chasseur
Le Renard, les Mouches, et le Hérisson
L'Amour et la Folie
Le Corbeau, la Gazelle, la Tortue, et le Rat
La Forêt et le Bûcheron
Le Renard, le Loup, et le Cheval
Le Renard et les Poulets d'Inde
Le Singe
Le Philosophe scythe
L'Eléphant et le Singe de Jupiter
Un Fou et un Sage
Le Renard anglais
Le Juge arbitre, l'Hospitalier, et le Solitaire
Commentaires et analyses des fables : Chamfort et Mns. Guillon -
Illustrées par J.J. Granville.
A lire "les origines des fables de La Fontaine par : A. C. M. Rober ."
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