Origines des fables .

Cette première édition ne comprenoit que les six premiers livres des fables, et celles-ci sont au nombre de 124. On ne s'attend pas, je l'espère, à me voir justifier pour chacune d'elles les raisons qui me déterminent à leur attribuer l'origine que je vais indiquer ; mais, en les réunissant en plusieurs groupes, on pourra raisonnablement admettre que toutes celles qui composent chacun d'eux reconnoissent une source commune, lorsque la plupart présenteront des signes évidents d'imitation. Ésope, Horace et Phèdre sont les trois anciens auteurs dont je crois devoir m'occuper en premier sous le rapport de ces recherches....lire la suite.

 
 

Qu'est-ce qu'une fable ?
   Nature de la fable .   Parmi les critiques, les uns voient dans la Fable principalement une vérité morale proposée à la raison; d'autres la considèrent comme une exhortation au bien, offerte dans un discours allégorique à la volonté ; d'autres enfin en font un tableau poétique, parlant surtout à l'imagination et ayant pour objet le beau idéal. De là une foule de définitions et de règles contraires sur l'apologue , selon qu'on l'envisageait exclusivement à l'un de ces trois points de vue. Lire la suite
 

 

 

 
Jean de La Fontaine

 Fables - Livre 4

Livre quatrième.

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L'Avare qui a perdu son trésor.




L'Usage seulement fait la possession.
Je demande à ces gens de qui la passion
Est d'entasser toujours, mettre somme sur somme,
Quel avantage ils ont que n'ait pas un autre homme.
Diogène là-bas est aussi riche qu'eux,
Et l'avare ici-haut comme lui vit en gueux.
L'homme au trésor caché qu'Esope nous propose,
Servira d'exemple à la chose.
Ce malheureux attendait
Pour jouir de son bien une seconde vie ;
Ne possédait pas l'or, mais l'or le possédait.
Il avait dans la terre une somme enfouie,
Son coeur avec, n'ayant autre déduit
Que d'y ruminer jour et nuit,
Et rendre sa chevance à lui-même sacrée.
Qu'il allât ou qu'il vînt, qu'il bût ou qu'il mangeât,
On l'eût pris de bien court, à moins qu'il ne songeât
A l'endroit où gisait cette somme enterrée.
Il y fit tant de tours qu'un Fossoyeur le vit,
Se douta du dépôt, l'enleva sans rien dire.
Notre Avare un beau jour ne trouva que le nid.
Voilà mon homme aux pleurs ; il gémit, il soupire.
Il se tourmente, il se déchire.
Un passant lui demande à quel sujet ses cris.
C'est mon trésor que l'on m'a pris.
- Votre trésor ? où pris ? - Tout joignant cette pierre.
- Eh ! sommes-nous en temps de guerre,
Pour l'apporter si loin ? N'eussiez-vous pas mieux fait
De le laisser chez vous en votre cabinet,
Que de le changer de demeure ?
Vous auriez pu sans peine y puiser à toute heure.
- A toute heure ? bons Dieux ! ne tient-il qu'à cela ?
L'argent vient-il comme il s'en va ?
Je n'y touchais jamais. - Dites-moi donc, de grâce,
Reprit l'autre, pourquoi vous vous affligez tant,
Puisque vous ne touchiez jamais à cet argent :
Mettez une pierre à la place,
Elle vous vaudra tout autant.
 

Commentaires et analyses des fables de Jean La Fontaine par Chamfort . 1796.

Cette petite pièce n'est point une fable ; c'est une aventure très-bien contée, dont La Fontaine tire une moralité contre les avares. Le trait qui la termine, joint au piquant d'un saillie épi-grammatique l'avantage de porter la conviction dans les esprits.
V. 13. Son cœur avec.....n'est ni harmonieux ni élégant ; mais est d'une vivacité et d'une précision qui plaisent.

Commentaires et observations diverses de MNS Guillon   sur les fables de La Fontaine... - 1803.

Un des défauts contre lesquels nos poètes se soient le plus exer cés, c'est l'avarice. Il est si bas ! il rend si malheureux ! et pourtant il est si commun ! L'Avare de Molière est un de ses chefs-d'oeuvre.
Boileau a flétri ce vice honteux dans plusieurs de ses satyres (Voyez les Satyres IV et X). Mais nous pouvons appliquer à ces mêmes sujets traités par notre poète, quoique d'une manière différente, ce que Molière a dit de lui : Tous ces beaux esprits n'ont pas effacé le Bonhomme.
(1) Est d'entasser toujours, mettre somme sur somme. Il fal loit : de mettre somme sur somme.
(2) Quel avantage ils ont? Phèdre, dans sa fable du Renard et du Dragon, contre les avares :
Quem fructum capis hoc ex labore
Quodve tantum est praemium?
(3) Diogène là-bas .... et l'Avare ici haut. Cette oppo sition de lieux suppose Diogène dans un autre monde où il au-roit encore son tonneau pour maison , et pas une tasse de bois pour puiser de l'eau : et alors elle manqueroit de justesse ; la distance ne doit être que dans les mœurs.
Diogène, chef d'une secte de philosophes , qui se nommoient les Cyniques, se faisoit gloire de vivre pauvre, errant, sans patrie, sans asyle. ( Voyez les Voyages d'Anacharsis, T. II p. -137.) Un joli bas-relief de la ville Albani, et le bel ouvrage du Pujet à Ver sailles, le représentent couché dans son tonneau, presque nud, hors des murs de Corinthe, s'entretenant avec Alexandre, roi de Macédoine. (Voyez Winkelm., Monan inédit. n°. 174, et His.) de l'Arty T. III. pl . 22. )
(4) Déduit ..... chevance. Ces deux mots sont sortis du langage ordinaire. Le premier signifie plaisir. Eust. Deschamps :
Armes, amours, desduit, joye et plaisance.
(Poésies manuscrites , fol.149.col. 4 .)
Chevance, le bien qu'on a. J. B. Rousseau:
Grosse chevance oncques ne m'a tenté.
(Liv. II. Eptîtres. )
On lisoit dans les complaintes de Jean Régnier :
Telle n'a voit vaillant une prune ,
Qui a de chevance plein puys.
Jean de Meun disoit chevissance :
Dieu a donné aux miens honneur et chevissance.
( Roman de la Rose. )
Puis on a dit : chaance ou chéance, pour chance, fortune. Enfin on l'a banni, lui et toute sa famille.
(5) On l'eût-pris de bien court : c'est-à-dire, de bien peu de momens.
(6) Voila mon homme aux pleurs ; il fau droit : en pleurs.
(7) Vous auriez pu sans peine y puiser à toute heure. Traduit plutôt qu'imité de Phèdre, dans la fable citée plus haut.
(8) Mettez une pierre à la place,
Elle vous vaudra tout autant. Dans le Gymbalum mundi: « Je m'en voys mettre des os et des pierres au lieu du trésor que Pygargus l'usurier a caché en son champ ». (Dial. IV. p. 140.)
— M. Lessing ajoute à la réponse de l'avare ces mots : «Je n'en serai pas plus pauvre ; mais un autre n'en sera pas plus riche ». Ce n'est pas là le caractère de l'avare , mais bien celui de l'envieux ; ce qui devient étranger au sujet.







 

 

 



 

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