'Aigle et le Chat-huant leurs querelles cessèrent,
Et firent tant qu'ils s'embrassèrent.
L'un jura foi de Roi, l'autre foi de Hibou,
Qu'ils ne se goberaient leurs petits peu ni prou.
Connaissez-vous les miens ? dit l'Oiseau de Minerve.
- Non, dit l'Aigle.- Tant pis, reprit le triste Oiseau.
Je crains en ce cas pour leur peau :
C'est hasard si je les conserve.
Comme vous êtes Roi, vous ne considérez
Qui ni quoi : Rois et Dieux mettent, quoi qu'on leur die,
Tout en même catégorie.
Adieu mes nourrissons si vous les rencontrez.
- Peignez-les-moi, dit l'Aigle, ou bien me les montrez.
Je n'y toucherai de ma vie.
Le Hibou repartit : Mes petits sont mignons,
Beaux, bien faits, et jolis sur tous leurs compagnons.
Vous les reconnaîtrez sans peine à cette marque.
N'allez pas l'oublier ; retenez-la si bien
Que chez moi la maudite Parque
N'entre point par votre moyen.
Il avint qu'au Hibou Dieu donna géniture,
De façon qu'un beau soir qu'il était en pâture,
Notre Aigle aperçut d'aventure,
Dans les coins d'une roche dure,
Ou dans les trous d'une masure
(Je ne sais pas lequel des deux),
De petits monstres fort hideux,
Rechignés, un air triste, une voix de Mégère.
Ces enfants ne sont pas, dit l'Aigle, à notre ami.
Croquons-les. Le galand n'en fit pas à demi.
Ses repas ne sont point repas à la légère.
Le Hibou, de retour, ne trouve que les pieds
De ses chers nourrissons, hélas ! pour toute chose.
Il se plaint, et les Dieux sont par lui suppliés
De punir le brigand qui de son deuil est cause.
Quelqu'un lui dit alors : N'en accuse que toi
Ou plutôt la commune loi
Qui veut qu'on trouve son semblable
Beau, bien fait, et sur tous aimable.
Tu fis de tes enfants à l'Aigle ce portrait ;
En avaient-ils le moindre trait ?
Qui ni quoi : ......
N'est-il pas plaisant de supposer que ce soit un effet nécessaire et une suite naturelle delà royauté, de n'avoir d'égard ni pour les choses ni pour les personnages ? Ce tour est très-satyrique , et sa simplicité même ajoute à ce qu'il a de piquant.
V. 21. . . Dieu donna géniture.
Les cinq rimes en ure font un effet très-mauvais, et c'est pousser la négligence, c'est-à-dire la paresse un peu trop loin. Il était bien aisé de corriger cela.
V. 37. Ou plutôt la commune loi.
Cela est vrai ; mais s'il est ainsi, à quoi sert la inorale en général, et où est la morale de cette fable en particulier ? Pour donner une moralité à cet Apologue, il fallait faire entendre que l'esprit consiste à s'élever au-dessus désillusions de l'amour propre, et que notre véritable intérêt doit nous conseiller de nous défier sans ces"se de notre vanité.
1) L'Aigle et le Chat-huant leurs querelles cessèrent. Le verbe cesser a dans cet exemple une signification active ( cessèrent leurs querelles), ce qui donne au vers un sens embarrasseé.(2) Peu ni prou. Dans le style famillier, ni peu ni beaucoup Bonav. Desperriers : Après qu'il a prou cryé. ( Dial. II. )pron preu, assez, du provençal pro, emprunte peut-être de la préposi tion latine pro, employée adverbialement, comme s'il y avoit pro parie, pro facultate. ( Prosp. Marchand , Notes sur le tes sur le Cymbalum mundi, p. 211.)
(3) La maudite Parque, ou la Mort, à qui les poètes donnent pour ministres les Parques. ( Voyez la note 2 de la fable VI de ce livte.)
(4) Dieu donna géniture. Remarquez que ce vers et les quatre suivant ont la même consonnance. La prosodie française réprouve cette continuité de rimes semblables.
Le Pot de terre et le Pot de fer
Le petit Poisson et le Pêcheur
Les Oreilles du Lièvre
Le Renard ayant la queue coupée
Le Satyre et le Passant
Le Cheval et le Loup
La Vieille et les deux Servantes
Le Laboureur et ses Enfants
La Montagne qui accouche
La Fortune et le jeune Enfant
Les Médecins
La Poule aux oeufs d'or
L'Ane portant des reliques
Le Cerf et la Vigne
Le Serpent et la Lime
Le Lièvre et la Perdrix
L'Aigle et le Hibou
Le Lion s'en allant en guerre
L'Ours et les deux Compagnons
L'Ane vêtu de la peau du lion
Commentaires et analyses des fables : Chamfort et Mns. Guillon -
Illustrées par J.J. Granville.
A lire "les origines des fables de La Fontaine par : A. C. M. Rober ."
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