'Aigle, Reine des airs, avec Margot la Pie,
Différentes d'humeur, de langage, et d'esprit
Et d'habit,
Traversaient un bout de prairie.
Le hasard les assemble en un coin détourné.
L'Agasse eut peur ; mais l'Aigle, ayant fort bien dîné,
La rassure, et lui dit : Allons de compagnie ;
Si le Maître des Dieux assez souvent s'ennuie,
Lui qui gouverne l'Univers,
J'en puis bien faire autant, moi qu'on sait qui le sers.
Entretenez-moi donc, et sans cérémonie.
Caquet bon-bec alors de jaser au plus dru,
Sur ceci, sur cela, sur tout. L'homme d'Horace,
Disant le bien, le mal, à travers champs, n'eût su
Ce qu'en fait de babil y savait notre Agasse.
Elle offre d'avertir de tout ce qui se passe,
Sautant, allant de place en place,
Bon espion, Dieu sait. Son offre ayant déplu,
L'Aigle lui dit tout en colère :
Ne quittez point votre séjour,
Caquet bon-bec, ma mie : adieu. Je n'ai que faire
D'une babillarde à ma Cour :
C'est un fort méchant caractère.
Margot ne demandait pas mieux.
Ce n'est pas ce qu'on croit, que d'entrer chez les Dieux :
Cet honneur a souvent de mortelles angoisses.
Rediseurs, Espions, gens à l'air gracieux,
Au coeur tout différent, s'y rendent odieux,
Quoiqu'ainsi que la Pie il faille dans ces lieux
Porter habit de deux paroisses.
- Analyses : Chamfort 1796
- MSN. Guillon 1803.
- Livre : XIIème.
V. 6. . . . Mais l'aigle ayant fort bien dîné ...
L'auteur explique pourquoi l'aigle ne mangea pas la pie.
La raison que donne l'aigle du besoin qu'elle a d'être désennuyée, est très-plaisante ; et l'exemple de Jupiter est choisi merveilleusement. .
V. 25. Ce n'est pas ce qu'on croit, que d'entrer chez les dieux. Vers excellent ; mais je n'aime point l'habit de deux paroisses.
1) Margot la Pie. Esf-ce le poète, est-ce la tradition qui a donné ce nom à la Pie ? Quoi qu'il en soit, il n'est pas tombé de nos jours en désuétude, et le petit peuple n'appelle point autrement cet oiseau familier.
2) L'Agace, d'où le mot agacer. Autre nom de la Pie dans le fameux roman du Renard, composé en français par Jacquemart Gielée, vers la fin du treizième siècle.
3) Caquet-bon-bec. Pour celui-là, il est incontestablement dû au génie gai et facile de notre fabuliste. De jaser au plus dru sur ceci, sur cela, sur tout. Admirez la vivacité de cette peinture, agréablement terminée par ce trait d'érudition :
L'homme d'Horace
Disant le bien , le mal à travers champs, etc.
Traduction inimitable de ce vers :
Dicenda, tacenda locutus.
Epitr. VII. L. I.)
Dans la fable de Desforges-Maillard, la Pie ne se borne pas a être causeuse. Chargée de l'éducation du jeune fils du Roi des Oiseaux , elle est surprise faisant un vol, et chassée honteusement de sa cour.
La Fontaine ne charge point ses caractères, et
fait par là bien mieux ressortir les traits les confondre.
Les Compagnons d'Ulysse
Le Chat et les deux Moineaux
Du Thésauriseur et du Singe
Les Deux Chèvres
Le vieux Chat et la jeune Souris
Le Cerf malade
La Chauve-Souris, le Buisson, et le Canard
La Querelle des chiens et des chats, et celle des chats et des souris
Le Loup et le Renard
L'Ecrevisse et sa Fille
L'Aigle et la Pie
Le Milan, le Roi, et le Chasseur
Le Renard, les Mouches, et le Hérisson
L'Amour et la Folie
Le Corbeau, la Gazelle, la Tortue, et le Rat
La Forêt et le Bûcheron
Le Renard, le Loup, et le Cheval
Le Renard et les Poulets d'Inde
Le Singe
Le Philosophe scythe
L'Eléphant et le Singe de Jupiter
Un Fou et un Sage
Le Renard anglais
Le Juge arbitre, l'Hospitalier, et le Solitaire
Commentaires et analyses des fables : Chamfort et Mns. Guillon -
Illustrées par J.J. Granville.
A lire "les origines des fables de La Fontaine par : A. C. M. Rober ."
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