Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau. ...lire la suite. La Fontaine a mis a la fin de sa
XVe
fable, intitulée : La Mort et le
Malheureux, une note qui
confirme ce fait, sans que
Despréaux
y soit nommé
...lire la suite. Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants. ...lire la suite.
Proverbes.
" Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre." Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore :
Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée :
Petit homme abat grand chêne.
Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire,
c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour
allumer un incendie.
Jean s'en alla comme il était venu, (1)
Mangea le fonds avec le revenu, (2)
Tint les trésors chose peu nécessaire. (3)
Quant à son temps, bien le sut dispenser :
Deux parts en fit, dont il soulait (4) passer
L'une à dormir et l'autre à ne rien faire. (5)
Oeuvres de Jean de La Fontaine par Henri Régnier . 1883.
ÉPITAPHE D'UN PARESSEUX.
Nous avons eu plusieurs fois l'occasion de citer cette épitaphe, et de dire ce qu'il fallait penser de la « paresse » de la Fontaine.
Elle a été publiée, sous le titre que nous donnons, dans les Fables nouvelles de 1671, p. 99.
Chardon de la Rochette l'a fait précéder (1) de cette note autographe de Pellisson qu'il avait lue au bas de notre épître II, (ci-dessous, p. 107) : "Je ne fais pas difficulté d'ajouter à cette lettre, que M. de la Fontaine m'a envoyée, un tableau qu'il fit de la vie d'un de ses proches, au lieu d'épitaphe, le jour de sa mort L'Epitaphe d'un grand parleur, ci-dessus.), et,une épigramme
de six vers, que j'ai trouvée assez belle, et parfaitement bien appliquée au sujet, qui convient à un paresseux. »
L'Epitaphe d'un paresseux a été bien souvent réimprimée à la suite des Contes et des Fables, et aussi dans le Recueil de vers choisis du P. Bouhours, p. 288 (2), dans les Œuvres posthumes, 1696, p. 276, dans le Recueil des plus belles épigrammes, 1698, tome I, p. 241, dans les Pièces de théâtre, 1702, dans les OEuvres diverses de 1729, tome I, p. 164, etc., etc.
Elle a été traduite en latin par le P. Sanadon.
Voyez l'Histoire de la Fontaine de Walckenaer, tome I, p. 54-55; l'édition des Œuvres diverses de Maucroix par Louis Paris, tome I, p.CXVII-CXVIII ;
I, La Servante justifiée vers 69.
2. En effet il abandonna ou vendît successivement sa maison et ses termes à sa femme, a son beau-frère, à ses amis, c'est-à-dire au plus bas prix possible.
3. On lit dans le texte donné par Chardon de la Rochette :
Mangea le fonds après le revenu. Tint le travail chose peu nécessaire.
Dans le recueil cité du P. Boubours, dans une édition des Contes, Amsterdam, 1696, et dans les Pièces de théatre, 1702 :
Mangeant son fonds après le revenu, Croyant le bien chose peu nécessaire.
Dans le Recueil des plus belles êpigrammes :
Mangea le fonds, mangea le revenu, Jugea trésors chose peu nécessaire.
4- Tome VI, p. 28o. — « Bien sut le dépenser », dans le Recueil des plus belles epigrammes.
5. Avait coutume : du latin solere.
6. Le Diable de Papefiguière, vers 7-8. — Voyez aussi le recueU intitule Ducaetana (Amsterdam, 1738, in-8°), tome I, p. 4-5.
(1). Dans VHistoiredc la Fontaine par Mathieu Marais, p. 24. (2). Édition de 1693; elle n'est pas dans celle de 1701.
LETTRE A MONSIEUR DE MAUCROIX, Chanoine de Reims
.
Tu te trompes assurément, mon cher ami, s’il est bien vrai, comme Monsieur de Soissons me l'a dit, que tu me croies plus malade d'esprit que de corps. Il me l'a dit pour tâcher de m'inspirer du courage, mais ce n'est pas de quoi je manque. Je t’assure que le meilleur de tes amis n'a plus à compter sur quinze jours de vie. Voilà deux mois que je ne sors point, si ce n’est pour aller un peu à l’Académie, afin que cela m'amuse. Hier, comme j'en revenais, il me prit au milieu de la rue du Chantre une si grande faiblesse que je crus véritablement mourir. O mon cher, mourir n’est rien; mais songes-tu que je vais comparaître devant Dieu? Tu sais comme j'ai vécu. Avant que tu reçoives ce billet, les portes de l’Eternité seront peut-être ouvertes pour moi. Jean de La Fontaine.
Homélie de Fénélon.
A la fin de sa vie, épuisé par la maladie, hanté par le péché - il ne se consacra plus qu'aux ouvrages pieux.
Le 14 avril 1695 Jean de La Fontaine meurt chez Madame d'Hervard, rue Plâtrière à Paris, alors âgé de soixante-quatorze ans. Dans une homélie très émouvante, en latin, dite par l' Abbé Fénelon, celui-ci rend un hommage très touchant à La Fontaine : "La Fontaine n'est plus ! Il n'est plus! et avec lui ont disparu les jeux badins, les ris folâtres, les grâces naïves et les doctes Muses. Pleurez, vous tous qui avez reçu du ciel un coeur et un esprit capables de sentir tous les charmes d'une poésie élégante, naturelle et sans apprêt: il n'est plus cet homme à qui il a été donné de rendre la négligence même de l'art préférable à son poli le plus brillant!
... La Fontaine vit tout entier et vivra éternellement dans ses immortels écrits. Par l'ordre des temps, il appartient aux siècles modernes mais par son génie, il appartient à l'Antiquité, qui'il nous retrace dans tout ce qu'elle a d'excellent..."