n Homme accumulait. On sait que cette erreur
Va souvent jusqu'à la fureur.
Celui-ci ne songeait que Ducats et Pistoles.
Quand ces biens sont oisifs, je tiens qu'ils sont frivoles.
Pour sûreté de son Trésor,
Notre Avare habitait un lieu dont Amphitrite
Défendait aux voleurs de toutes parts l'abord.
Là d'une volupté selon moi fort petite,
Et selon lui fort grande, il entassait toujours :
Il passait les nuits et les jours
A compter, calculer, supputer sans relâche,
Calculant, supputant, comptant comme à la tâche :
Car il trouvait toujours du mécompte à son fait.
Un gros Singe plus sage, à mon sens, que son maître,
Jetait quelque Doublon toujours par la fenêtre
Et rendait le compte imparfait :
La chambre, bien cadenassée,
Permettait de laisser l'argent sur le comptoir.
Un beau jour dom Bertrand se mit dans la pensée
D'en faire un sacrifice au liquide manoir.
Quant à moi, lorsque je compare
Les plaisirs de ce Singe à ceux de cet Avare,
Je ne sais bonnement auxquels donner le prix.
Dom Bertrand gagnerait près de certains esprits ;
Les raisons en seraient trop longues à déduire.
Un jour donc l'animal, qui ne songeait qu'à nuire,
Détachait du monceau, tantôt quelque Doublon,
Un Jacobus, un Ducaton,
Et puis quelque Noble à la rose ;
Eprouvait son adresse et sa force à jeter
Ces morceaux de métal qui se font souhaiter
Par les humains sur toute chose.
S'il n'avait entendu son Compteur à la fin
Mettre la clef dans la serrure,
Les Ducats auraient tous pris le même chemin,
Et couru la même aventure ;
Il les aurait fait tous voler jusqu'au dernier
Dans le gouffre enrichi par maint et maint naufrage.
Dieu veuille préserver maint et maint Financier
Qui n'en fait pas meilleur usage.
- analyses par Chamfort 1796
- Analyses : MSN. Guillon 1803.
- Livre : XIIème.
Fort jolie historiette, dont il n'y a pas non plus beaucoup de morale à extraire, sinon que l'avarice est un vice ridicule ; et que , quand, on a le malheur d'en être atteint, il faut bien fermer son coffre.
Et cet obscur manoir,
Et ses funestes murs entourés de drap noir.
2) Quant à moi, lorsque je compare. Le poète parait oublier quelquefois une des qualités les plus essentielles de l'apologue, qui est d'être court. Dans cette fable les réflexions sont trop fréquentes ; le poète se montre autant que ses acteurs. Esope et Phèdre n'ont point ce défaut. C'est peut-être là ce qui fonde la préférence injuste sans doute, que les étrangers donnent à l'apologue grec et latin sur le nôtre.
3) Quelque Doublon. Doublon, double pistole, monnaie d'Espagne. Jacobus. Monnaie d'Angleterre, ainsi nommée du roi Jacques , qui la fit frapper. Noble a la rose, Monnaie anglaise qui a eu cours en France. On la nommait ainsi, soit à cause de l'excellence de l'or dont elle était faite , soit à cause des roses blanche et rouge des maisons de Lancastre et d'Yorck. On lit dans une pièce de vers de mademoiselle Bernard :
Quand il serait du temps des premiers Jacobus ,
Des Nobles à la rose et des Dieux Carolus.
4) Maint et maint Financier. Ménage fait venir maint de bien loin , de multiun. Je ne lui sais actuellement point d'autre origine. Barbazan, Glossaire .p. 228.)
Cette fable et la précédente n'ont guères que le mérite d'être très agréablement contées. Mais ce mérite est devenu si rare !
Les Compagnons d'Ulysse
Le Chat et les deux Moineaux
Du Thésauriseur et du Singe
Les Deux Chèvres
Le vieux Chat et la jeune Souris
Le Cerf malade
La Chauve-Souris, le Buisson, et le Canard
La Querelle des chiens et des chats, et celle des chats et des souris
Le Loup et le Renard
L'Ecrevisse et sa Fille
L'Aigle et la Pie
Le Milan, le Roi, et le Chasseur
Le Renard, les Mouches, et le Hérisson
L'Amour et la Folie
Le Corbeau, la Gazelle, la Tortue, et le Rat
La Forêt et le Bûcheron
Le Renard, le Loup, et le Cheval
Le Renard et les Poulets d'Inde
Le Singe
Le Philosophe scythe
L'Eléphant et le Singe de Jupiter
Un Fou et un Sage
Le Renard anglais
Le Juge arbitre, l'Hospitalier, et le Solitaire
Commentaires et analyses des fables : Chamfort et Mns. Guillon -
Illustrées par J.J. Granville.
A lire "les origines des fables de La Fontaine par : A. C. M. Rober ."
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