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Les 12 livres de Jean de la Fontaine : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12

 

Paté d'Anguille. 

Même beauté, tant soit exquise,
Rassasie et soûle à la fin.
Il me faut d'un et d'autre pain;
Diversité, c'est ma devise.
Cette maîtresse un tantet bise
Rit à mes yeux; pourquoi cela?
C'est qu'elle est neuve; et celle-là,
Qui depuis longtemps m'est acquise
Blanche qu'elle est, en nulle guise
Ne me cause d'émotion,
Son coeur dit oui; le mien dit non;
D'où vient? en voici la raison,
Diversité, c'est ma devise.
Je l'ai jà dit d'autre façon;
Car il est bon que l'on déguise,
Suivant la loi de ce dicton,
Diversité, c'est ma devise.
Ce fut celle aussi d'un mari
De qui la femme était fort belle.
Il se trouva bientôt guéri
De l'amour qu'il avait pour elle.
L'hymen, et la possession
Eteignirent sa passion.
Un sien valet avait pour femme
Un petit bec assez mignon:
Le maître étant bon compagnon,
Eut bientôt empaumé la dame.
Cela ne plut pas au valet,
Qui, les ayant pris sur le fait,
Vendiqua son bien de couchette,
A sa moitié chanta goguette,
L'appela tout net et tout franc...
Bien sot de faire un bruit si grand
Pour une chose si commune;
Dieu nous gard de plus grand'fortune.
Il fit à son maître un sermon.
Monsieur, dit-il, chacun la sienne,
Ce n'est pas trop; Dieu et raison
Vous recommandent cette antienne.
Direz-vous: Je suis sans chrétienne?
Vous en avez à la maison
Une qui vaut cent fois la mienne.
Ne prenez donc pas tant de peine:
C'est pour ma femme trop d'honneur;
Il ne lui faut si gros monsieur.
Tenons-nous chacun à la nôtre;
N'allez point à l'eau chez un autre,
Ayant plein puits de ces douceurs;
Je m'en rapporte aux connaisseurs:
Si Dieu m'avait fait tant de grâce,
Qu'ainsi que vous je disposasse
De Madame, je m'y tiendrais,
Et d'une reine ne voudrais.
Mais, puisqu'on ne saurait défaire
Ce qui s'est fait, je voudrais bien
(Ceci soit dit sans vous déplaire)
Que, content de votre ordinaire,
Vous ne goûtassiez plus du mien.
Le patron ne voulut lui dire
Ni oui ni non sur ce discours;
Et commanda que tous les jours
On mît au repas près du sire
Un pâté d'anguille; ce mets
Lui chatouillait fort le palais.
Avec un appétit extrême
Une et deux fois il en mangea.
Mais quand ce vint à la troisième
La seule odeur le dégoûta.
Il voulut sur une autre viande
Mettre la main; on l'empêcha:
Monsieur, dit-on, nous le commande;
Tenez-vous-en à ce mets-là:
Vous l'aimez, qu'avez-vous à dire?
- M'en voilà soûl, reprit le sire.
Eh quoi toujours pâtés au bec!
Pas une anguille de rôtie!
Pâtés tous les jours de ma vie!
J'aimerais mieux du pain tout sec:
Laissez-moi prendre un peu du vôtre:
Pain de par Dieu, ou de par l'autre:
Au diable ces pâtés maudits!
Ils me suivront en paradis,
Et par delà, Dieu me pardonne!
Le maître accourt soudain au bruit;
Et, prenant sa part du déduit,
Mon ami, dit-il, je m'étonne
Que d'un mets si plein de bonté
Vous soyez sitôt dégoûté.
Ne vous ai-je pas ouï dire
Que c'était votre grand ragoût?
Il faut qu'en peu de temps, beau sire,
Vous ayez bien changé de goût.
Qu'ai-je fait qui fût plus étrange?
Vous me blâmez lorsque je change
Un mets que vous croyez friand,
Et vous en faites tout autant.
Mon doux ami, je vous apprend
Que ce n'est pas une sottise,
En fait de certains appétis,
De changer son pain blanc en bis:
Diversité, c'est ma devise.
Quand le maître eut ainsi parlé,
Le valet fut tout consolé.
Non que ce dernier n'eût à dire
Quelque chose encor là-dessus:
Car, après tout, doit-il suffire
D'alléguer son plaisir sans plus?
J'aime le change. - A la bonne heure,
On vous l'accorde; mais gagnez,
S'il se peut, les intéressés:
Cette voie est bien la meilleure:
Suivez-la donc. A dire vrai,
Je crois que l'amateur du change
De ce conseil tenta l'essai.
On dit qu'il parlait comme un ange,
De mots dorés usant toujours:
Mots dorés font tout en amours.
C'est une maxime constante:
Chacun sait quelle est mon entente:
J'ai rebattu cent et cent fois
Ceci dans cent et cent endroits:
Mais la chose est si nécessaire,
Que je ne puis jamais m'en taire,
Et redirai jusques au bout:
Mots dorés en amours font tout.
Ils persuadent la donzelle,
Son petit chien, sa demoiselle,
Son époux quelquefois aussi;
C'est le seul qu'il fallait ici
Persuader; il n'avait l'âme
Sourde à cette éloquence; et, dame,
Les orateurs du temps jadis
N'en ont de telle en leurs écrits.
Notre jaloux devint commode.
Même on dit qu'il suivit la mode
De son maître, et toujours depuis
Changea d'objets en ses déduits.
Il n'était bruit que d'aventures
Du chrétien et de créatures.
Les plus nouvelles sans manquer
Etaient pour lui les plus gentilles.
Par où le drôle en put croquer
Il en croqua, femmes et filles,
Nymphes, grisettes, ce qu'il put.
Toutes étaient de bonne prise;
Et sur ce point, tant qu'il vécut.
Diversité fut sa devise.

 

Jean de La Fontaine



 

Les Contes de Jean de la Fontaine :

1ère. partie
Préface
Joconde
Le Cocu battu et content
Le Mari confesseur
Le Savetier
Le Paysan qui avoit offensé son seigneur
Le Muletier
La Servante justifiée
La gageure des trois commères
Le calendrier des vieillards
A femme avare galant escroc
On ne s'avise jamais de tout
Le Gascon puni
La fiancée du roi de Garbe
La coupe enchantée
Le petit chien qui secoue de l'argent et des pierreries
Paté d'Anguille
Le Magnifique
La Matrone d'Héphèse
Belphégor
La clochette
Le Glouton
Les deux amis
Le baiser rendu
Le Faucon.
Alix malade
Le Juge de Mesle
Soeur Jeanne
Le portrait d' Iris
L' Amour mouillé
Les quiproquo
Les Arrest d'amour
Les Amours de Mars et de Vénus


*** Epitaphe de La Fontaine ( faite par lui_même)
2ème. partie
Les oies de Frère Philippe
Richard Minutolo
Les Cordeliers de Catalogne
Le Berceau
L'Oraison de Saint-Julien
Le Villageois qui cherche son veau
L'anneau d'Hans Carvel
L'Hermite, ou Frère Luce
Mazet de Lamporechio
La Mandragore
Les Rémois
La Courtisane amoureuse
Nicaise
Comment l'esprit vient aux filles
L'Abbesse malade
Les troqueurs
Le cas de conscience
Le Diable de Papefiguière
Féronde, ou le purgatoire
Le Psautier
Le Roi Candaule et le maître en droit
Le Diable en Enfer
La jument compère Pierre
Les lunettes
Le cuvier
La chose impossible
Le tableau
Le Bât
Le faiseur d'oreilles et le raccommodeur de moules
Le fleuve Scamandre
La confidente sans le savoir ou le tratagème
Le remède
Les aveux indiscrets
Conte tiré d'Athéné

Les gravures des contes
de Jean de La Fontaine proviennent de :
" Contes mis en vers - 1777".

 

Articles et fabulistes à voir...
Portrait biographique de Jean de La Fontaine . Sa jeunesse.
— Jean de la Fontaine naquit, le 8 juillet 1621, à Château-Thierry. Son père était maître des eaux et forêts, et sa mère, Françoise Pidoux, fille d'un bailli de Coulommiers. Son éducation paraît avoir été fort négligée; on lui laissait lire, à l'aventure, tout ce qui lui tombait sous la main; et, de bonne heure, il prit l'habitude d'obéir à son caprice ou aux impressions du moment. Quelques livres de piété prêtés par un chanoine de Soissons ayant ému son imagination, il crut d'abord qu'il avait du goût pour l'état ecclésiastique ; et, vers sa vingtième année, il entrait à l'institut de l'Oratoire, puis au séminaire de Saint-Magloire, à Paris1. Mais il s'aperçut vite de sa méprise, et en 1641 revint chez son père, la suite....

La continuation des Mille et une Nuits.
Avant de parler de la continuation des Mille et une Nuits qu’on publie aujourd’hui, il est nécessaire de dire quelque chose de l’original arabe, et de la partie déjà traduite par M. Galland.
Les manuscrits complets des Mille et une Nuits sont rares, non-seulement en Europe, mais même en Orient ; et tous ne se ressemblent pas exactement. La Bibliothèque Impériale de Paris possède deux exemplaires des Mille et une Nuits, qui sont tous deux fort incomplets. la suite ...

La Moralité de chaque Fable de La Fontaine développée et prouvée par un trait historique ou biographique.
En publiant le La Fontaine en action, nous n'avons qu'un but, c'est de vulgariser l'admirable morale des maximes du grand fabuliste, en les appuyant d'un exemple qui les fixe plus facilement et plus profondément dans l'esprit des jeunes gens ; c'est en un mot de leur venir en aide pour qu'ils fassent d'eux-mêmes l'application de la règle, et profitent des excellents conseils de cet écrivain immortel. Les exemples choisis, se rapportant pour la plupart aux grands faits historiques , la suite....

Origine des fables de Jean de la Fontaine.
Je n'hésiterais donc pas à regarder comme empruntés par La Fontaine tous les sujets qu'il renferme et que l'on retrouve dans les six premiers livres de notre fabuliste, si Phèdre et Horace n'en réclamaient pas un certain nombre : ce n'est pas sans balancer que j'indique les quatre fables suivantes comme ayant leurs sources dans les satires et dans les épîtres du lyrique latin.. la suite....

Franc-Nohain:
Maurice Étienne Legrand, dit Franc-Nohain, né le 25 octobre 1872 à Corbigny et mort le 18 octobre 1934 à Paris, avocat, sous-préfet, écrivain, librettiste, poète.
Il choisit Nohain comme nom en hommage au cours d'eau traversant Donzy, lieu de ses vacances d'enfance. Avec André Gide et Pierre Louÿs , il fonde "Potache revue" la suite.... .

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