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Les 12 livres de Jean de la Fontaine : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12

 

La Servante justifiée. 

Nouvelle tirée des contes de la reine de Navarre

Boccace n'est le seul qui me fournit.
Je vas parfois en une autre boutique.
Il est bien vrai que ce divin esprit
Plus que pas un me donne de pratique.
Mais, comme il faut manger de plus d'un pain,
Je puise encore en un vieux magasin;
Vieux, des plus vieux, où Nouvelles nouvelles
Sont jusqu'à cent, bien déduites et belles
Pour la plupart, et de très bonne main.
Pour cette fois la reine de Navarre
D'un c'étoit moi, naïf autant que rare,
Entretiendra dans ces vers le lecteur.
Voici le fait, quiconque en soit l'auteur.
J'y mets du mien selon les occurrences:
C'est ma coutume; et, sans telles licences,
Je quitterais la charge de conteur.
Un homme donc avait belle servante:
Il la rendit au jeu d'amour savante.
Elle était fille à bien armer un lit,
Pleine de suc, et donnant appétit;
Ce qu'on appelle en français bonne robe.
Par un beau jour, cet homme se dérobe
D'avec sa femme; et d'un très grand matin
S'en va trouver sa servante au jardin
Elle faisait un bouquet pour madame:
C'était sa fête. Or, voyant de la femme
Le bouquet fait, il commence à louer
L'assortiment; tâche à s'insinuer:
S'insinuer, en fait de chambrière,
C'est proprement couler sa main au sein:
Ce qui fut fait. La servante soudain
Se défendit; mais de quelle manière?
Sans rien gâter: c'était une façon
Sur le marché; bien savait sa leçon.
La belle prend les fleurs qu'elle avait mises
En un monceau, les jette au compagnon.
Il la baisa pour en avoir raison:
Tant et si bien qu'ils en vinrent aux prises.
En cet étrif la servante tomba.
Lui d'en tirer aussitôt avantage.
Le malheur fut que tout ce beau ménage
Fut découvert d'un logis près de là.
Nos gens n'avaient pris garde à cette affaire.
Une voisine aperçut le mystère.
L'époux la vit, je ne sais pas comment.
Nous voilà pris, dit-il à sa servante:
Notre voisine est languarde et méchante.
Mais ne soyez en crainte aucunement.
Il va trouver sa femme en ce moment:
Puis fait si bien que, s'étant éveillée,
Elle se lève; et, sur l'heure habillée,
Il continue à jouer son rôlet:
Tant qu'à dessein d'aller faire un bouquet,
La pauvre épouse au jardin est menée.
Là fut par lui procédé de nouveau.
Même débat, même jeu se commence.
Fleurs de voler; tetons d'entrer en danse.
Elle y prit goût; le jeu lui sembla beau.
Somme que l'herbe en fut encor froissée.
La pauvre dame alla l'après-dînée
Voir sa voisine, à qui ce secret-là
Chargeait le coeur: elle se soulagea
Tout dès l'abord: Je ne puis, ma commère,
Dit cette femme avec un front sévère,
Laisser passer sans vous en avertir
Ce que j'ai vu. Voulez-vous vous servir
Encor longtemps d'une fille perdue?
A coups de pied, si j'étais que de vous,
Je l'envoyrais ainsi qu'elle est venue.
Comment! elle est aussi brave que nous.
Or bien, je sais celui de qui procède
Cette piaffe: apportez-y remède
Tout au plus tôt: car je vous avertis
Que ce matin étant à la fenêtre,
(Ne sais pourquoi), j'ai vu de mon logis
Dans son jardin votre mari paraître,
Puis la galande; et tous deux se sont mis
A se jeter quelques fleurs à la tête.
Sur ce propos l'autre l'arrêta coi.
Je vous entends, dit-elle; c'était moi.
La voisine
Voire! écoutez le reste de la fête:
Vous ne savez où je veux en venir.
Les bonnes gens se sont pris à cueillir
Certaines fleurs que baisers on appelle.
La femme
C'est encor moi que vous preniez pour elle.
La voisine
Du jeu des fleurs à celui des tetons
Ils sont passés: après quelques façons,
A pleine main l'on les a laissé prendre.
La femme
Et pourquoi non? c'était moi: votre époux
N'a-t-il donc pas les mêmes droits sur vous?
La voisine
Cette personne enfin sur l'herbe tendre
Est trébuchée, et, comme je le croi,
Sans se blesser. Vous riez?
La femme
C'était moi.
La voisine
Un cotillon a paré la verdure.
La femme
C'était le mien.
La voisine
Sans vous mettre en courroux:
Qui le portait de la fille ou de vous?
C'est là le point; car monsieur votre époux
Jusques au bout a poussé l'aventure.
La femme
Qui? c'était moi. Votre tête est bien dure.
La voisine
Ah; c'est assez. Je ne m'informe plus:
J'ai pourtant l'oeil assez bon, ce me semble:
J'aurais juré que je les avais vus
En ce lieu-là se divertir ensemble.
Mais excusez; et ne la chassez pas.
La femme
Pourquoi chasser? j'en suis très bien servie.
La voisine
Tant pis pour vous: c'est justement le cas.
Vous en tenez, ma commère m'amie.
Baise ta servante en un coin
Si tu ne veux baiser ta femme en un jardin.

 


Jean de La Fontaine



 

Les Contes de Jean de la Fontaine :

1ère. partie
Préface
Joconde
Le Cocu battu et content
Le Mari confesseur
Le Savetier
Le Paysan qui avoit offensé son seigneur
Le Muletier
La Servante justifiée
La gageure des trois commères
Le calendrier des vieillards
A femme avare galant escroc
On ne s'avise jamais de tout
Le Gascon puni
La fiancée du roi de Garbe
La coupe enchantée
Le petit chien qui secoue de l'argent et des pierreries
Paté d'Anguille
Le Magnifique
La Matrone d'Héphèse
Belphégor
La clochette
Le Glouton
Les deux amis
Le baiser rendu
Le Faucon.
Alix malade
Le Juge de Mesle
Soeur Jeanne
Le portrait d' Iris
L' Amour mouillé
Les quiproquo
Les Arrest d'amour
Les Amours de Mars et de Vénus


*** Epitaphe de La Fontaine ( faite par lui_même)
2ème. partie
Les oies de Frère Philippe
Richard Minutolo
Les Cordeliers de Catalogne
Le Berceau
L'Oraison de Saint-Julien
Le Villageois qui cherche son veau
L'anneau d'Hans Carvel
L'Hermite, ou Frère Luce
Mazet de Lamporechio
La Mandragore
Les Rémois
La Courtisane amoureuse
Nicaise
Comment l'esprit vient aux filles
L'Abbesse malade
Les troqueurs
Le cas de conscience
Le Diable de Papefiguière
Féronde, ou le purgatoire
Le Psautier
Le Roi Candaule et le maître en droit
Le Diable en Enfer
La jument compère Pierre
Les lunettes
Le cuvier
La chose impossible
Le tableau
Le Bât
Le faiseur d'oreilles et le raccommodeur de moules
Le fleuve Scamandre
La confidente sans le savoir ou le tratagème
Le remède
Les aveux indiscrets
Conte tiré d'Athéné

Les gravures des contes
de Jean de La Fontaine proviennent de :
" Contes mis en vers - 1777".

 

Articles et fabulistes à voir...
Portrait biographique de Jean de La Fontaine . Sa jeunesse.
— Jean de la Fontaine naquit, le 8 juillet 1621, à Château-Thierry. Son père était maître des eaux et forêts, et sa mère, Françoise Pidoux, fille d'un bailli de Coulommiers. Son éducation paraît avoir été fort négligée; on lui laissait lire, à l'aventure, tout ce qui lui tombait sous la main; et, de bonne heure, il prit l'habitude d'obéir à son caprice ou aux impressions du moment. Quelques livres de piété prêtés par un chanoine de Soissons ayant ému son imagination, il crut d'abord qu'il avait du goût pour l'état ecclésiastique ; et, vers sa vingtième année, il entrait à l'institut de l'Oratoire, puis au séminaire de Saint-Magloire, à Paris1. Mais il s'aperçut vite de sa méprise, et en 1641 revint chez son père, la suite....

La continuation des Mille et une Nuits.
Avant de parler de la continuation des Mille et une Nuits qu’on publie aujourd’hui, il est nécessaire de dire quelque chose de l’original arabe, et de la partie déjà traduite par M. Galland.
Les manuscrits complets des Mille et une Nuits sont rares, non-seulement en Europe, mais même en Orient ; et tous ne se ressemblent pas exactement. La Bibliothèque Impériale de Paris possède deux exemplaires des Mille et une Nuits, qui sont tous deux fort incomplets. la suite ...

La Moralité de chaque Fable de La Fontaine développée et prouvée par un trait historique ou biographique.
En publiant le La Fontaine en action, nous n'avons qu'un but, c'est de vulgariser l'admirable morale des maximes du grand fabuliste, en les appuyant d'un exemple qui les fixe plus facilement et plus profondément dans l'esprit des jeunes gens ; c'est en un mot de leur venir en aide pour qu'ils fassent d'eux-mêmes l'application de la règle, et profitent des excellents conseils de cet écrivain immortel. Les exemples choisis, se rapportant pour la plupart aux grands faits historiques , la suite....

Origine des fables de Jean de la Fontaine.
Je n'hésiterais donc pas à regarder comme empruntés par La Fontaine tous les sujets qu'il renferme et que l'on retrouve dans les six premiers livres de notre fabuliste, si Phèdre et Horace n'en réclamaient pas un certain nombre : ce n'est pas sans balancer que j'indique les quatre fables suivantes comme ayant leurs sources dans les satires et dans les épîtres du lyrique latin.. la suite....

Franc-Nohain:
Maurice Étienne Legrand, dit Franc-Nohain, né le 25 octobre 1872 à Corbigny et mort le 18 octobre 1934 à Paris, avocat, sous-préfet, écrivain, librettiste, poète.
Il choisit Nohain comme nom en hommage au cours d'eau traversant Donzy, lieu de ses vacances d'enfance. Avec André Gide et Pierre Louÿs , il fonde "Potache revue" la suite.... .

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