Origines des fables .

Cette première édition ne comprenoit que les six premiers livres des fables, et celles-ci sont au nombre de 124. On ne s'attend pas, je l'espère, à me voir justifier pour chacune d'elles les raisons qui me déterminent à leur attribuer l'origine que je vais indiquer ; mais, en les réunissant en plusieurs groupes, on pourra raisonnablement admettre que toutes celles qui composent chacun d'eux reconnoissent une source commune, lorsque la plupart présenteront des signes évidents d'imitation. Ésope, Horace et Phèdre sont les trois anciens auteurs dont je crois devoir m'occuper en premier sous le rapport de ces recherches....lire la suite.

 
 

Qu'est-ce qu'une fable ?
   Nature de la fable .   Parmi les critiques, les uns voient dans la Fable principalement une vérité morale proposée à la raison; d'autres la considèrent comme une exhortation au bien, offerte dans un discours allégorique à la volonté ; d'autres enfin en font un tableau poétique, parlant surtout à l'imagination et ayant pour objet le beau idéal. De là une foule de définitions et de règles contraires sur l'apologue , selon qu'on l'envisageait exclusivement à l'un de ces trois points de vue. Lire la suite
 

 

 

 
Jean de La Fontaine

 Les contes  de Jean de La Fontaine .

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La chose impossible


Un démon plus noir que malin,
Fit un charme si souverain
Pour l'amant de certaine belle,
Qu'à la fin celui-ci posséda sa cruelle.
Le pact de notre amant et de l'esprit follet
Ce fut que le premier jouirait à souhait
De sa charmante inexorable.
Je te la rends dans peu, dit Satan, favorable:
Mais par tel si, qu'au lieu qu'on obéit au diable
Quand il a fait ce plaisir-là,
A tes commandements le diable obéira,
Sur l'heure même, et puis sur la même heure,
Ton serviteur lutin, sans plus longue demeure,
Ira te demander autre commandement,
Que tu lui feras promptement;
Toujours ainsi, sans nul retardement:
Sinon ni ton corps ni ton âme
N'appartiendront plus à ta dame;
Ils seront à Satan, et Satan en fera
Tout ce que bon lui semblera.
Le galant s'accorde à cela.
Commander, était-ce un mystère?
Obéir est bien autre affaire.
Sur ce penser-là notre amant
S'en va trouver sa belle; en a contentement;
Goûte des voluptés qui n'ont point de pareilles;
Se trouve très heureux; hormis qu'incessamment
Le diable était à ses oreilles.
Alors l'amant lui commandait
Tout ce qui lui venait en tête;
De bâtir des palais, d'exciter la tempête;
En moins d'un tour de main cela s'accomplissait.
Mainte pistole se glissait
Dans l'escarcelle de notre homme.
Il envoyait le diable à Rome;
Le diable revenait tout chargé de pardons.
Aucuns voyages n'étaient longs,
Aucune chose malaisée.
L'amant, à force de rêver
Sur les ordres nouveaux qu'il lui fallait trouver,
Vit bientôt sa cervelle usée.
Il s'en plaignit à sa divinité:
Lui dit de bout en bout toute la vérité.
Quoi ce n'est que cela? lui repartit la dame:
Je vous aurai bientôt tiré
Une telle épine de l'âme.
Quand le diable viendra, vous lui présenterez
Ce que je tiens, et lui direz:
Défrise-moi ceci, fais tant par tes journées
Qu'il devienne tout plat. Lors elle lui donna
Je ne sais quoi, qu'elle tira
Du verger de Cypris, labyrinthe des fées,
Ce qu'un duc autrefois jugea si précieux,
Qu'il voulut l'honorer d'une chevalerie;
Illustre et noble confrérie,
Moins pleine d'hommes que de dieux.
L'amant dit au démon: C'est ligne circulaire
Et courbe que ceci; je t'ordonne d'en faire
Ligne droite et sans nul retours.
Va-t'en y travailler et cours.
L'esprit s'en va; n'a point de cesse
Qu'il n'ait mis le fil sous la presse,
Tâché de l'aplatir à grands coups de marteau,
Fait séjourner au fond de l'eau;
Sans que la ligne fût d'un seul point étendue;
De quelque tour qu'il se servît,
Quelque secret qu'il eût, quelque charme qu'il fît,
C'était temps et peine perdue:
Il ne put mettre à la raison
La toison.
Elle se révoltait contre le vent, la pluie,
La neige, le brouillard: plus Satan y touchait,
Moins l'annelure se lâchait.
Qu'est-ce ci, disait-il, je ne vis de ma vie
Chose de telle étoffe: il n'est point de lutin
Qui n'y perdît tout son latin.
Messire diable un beau matin
S'en va trouver son homme, et lui dit: Je te laisse
Apprends-moi seulement ce que c'est que cela:
Je te le rends; tiens, le voilà.
Je suis victus je le confesse.
Notre ami Monsieur le luiton,
Dit l'homme, vous perdez un peu trop tôt courage;
Celui-ci n'est pas seul, et plus d'un compagnon
Vous aurait taillé de l'ouvrage.

Jean de La Fontaine







 

 

 



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