Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau. ...lire la suite. La Fontaine a mis a la fin de sa
XVe
fable, intitulée : La Mort et le
Malheureux, une note qui
confirme ce fait, sans que
Despréaux
y soit nommé
...lire la suite. Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants. ...lire la suite.
Proverbes.
" Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre." Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore :
Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée :
Petit homme abat grand chêne.
Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire,
c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour
allumer un incendie.
Voici un second recueil de fables que je présente au public (1). J'ai jugé à propos de donner à la plupart de celles−ci un air et un tour un peu différent de celui que j'ai donné aux premières, tant à cause de la différence des sujets, que pour remplir de plus de variété mon ouvrage (2). Les traits familiers que j'ai semés avec assez d'abondance dans les deux autres Parties convenaient bien mieux aux inventions d'Ésope, qu'à ces dernières, où j'en use plus sobrement, pour ne pas tomber en des répétitions : car le nombre de ces traits n'est pas infini. Il a donc fallu que j'aie cherché d'autres enrichissements, et étendu davantage les circonstances de ces récits, qui d'ailleurs me semblaient le demander de la sorte. Pour peu que le lecteur y prenne garde, il le reconnaîtra lui−même ; ainsi je ne tiens pas qu'il soit nécessaire d'en étaler ici les raisons, non plus que de dire où j'ai puisé ces derniers sujets. Seulement je dirai, par reconnaissance, que j'en dois la plus grande partie à Pilpay, sage indien. Son livre a été traduit en toutes les langues. Les gens du pays le croient fort ancien, et originalà l'égard d'Ésope ; si ce n'est Ésope lui−même sous le nom du sage Locman (3). Quelques autres m'ont fourni des sujets assez heureux. Enfin j'ai tâché de mettre en ces deux dernières Parties toute la diversité dont j'étais capable.
Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine... - 1803.
(1) Cet avertissement est de 1678 , dix ans après la publication de la première partie. La Fontaine avait alors cinquante-cinq ans. Ce second Recueil de fables se divise, comme le premier dans les anciennes éditions, en deux parties, dont la première s'étend du septième Livre au douzième, publié en 1693. L'année suivante, le libraire Barbin ajouta aux Livres précédent le douzième, suivi des Mi-iléides ou Filles de Minée.
(2) Cette différence, trés sensible dans le premier et dans le second Recueil des fables, a donné lieu à des jugements bien divers. L'abbé Furetière, homme haineux , vindicatif, avait exhalé sa bile contre tout l'ouvrage. Baillet rendit sa critique plus imposante, en y mêlant quelques éloges. Dans l'ouvrage , où il se supposent organe du public et des Savants, il prononça que les premières fables étaient plus estimées que les dernières. ( Jugem. des Savans , Tom. IV, in-4°- p- 413.) Volaire accoutuma les Parisiens à dire que l'âge avait rendu Là Fontaine long conteur. Divers Compilateurs le répéterait , parce qu'as l'avaient trouvé écrit dans les feuilles de l'oracle. Les étrangers le répétèrent sur parole. MM. Blacwel, Beattie , Lessing, littérateurs si distingués d'ailleurs , rapprirent à l'Europe. M. Aubert eut beau choisir dans cette seconde partie, et ses modèles, et les exemples dès préceptes qu'il donne sur le genre ; il ont beau établir des comparaisons où la balance dans ses mains semble pencher en faveur de cette même partie ; Champfort tint bon , et tout philosophe qu'il voulait qu'on le crut, il s'opiniâtra à trouver inférieuresles dernières fables, quoique bien plus philosophiques.
(3) La sagacité du poète lui avait fait pressentir une certaine identité entre ces deux fabulistes ; mais il lui devenait indifférent d'approfondir la question, et il s'est contenté d'une lumière confuse. Nous croyons avoir fixé la découverte, en démontrant, soit dans les lettres que nous avons publiées en 1788, à la suite de notre Supplément aux Mille et une Nuits , soit dans un Mémoire particulier sur ce même point de critique , où nous prouvons , non pas comme La Fontaine l'insinue i et comme Boulanger le prétend, que Pilpay soit l'original d'Esope , peut-être Esope lui-même, ce qui n'est pas soutenable ; mais 1°- qu'Esope et Lockman sont un seul et même personnage ; 2°- que le Lockman des Arabes est le vrai, Tunique fabuliste , dont l'£sope des Grecs n'est qu'une copie infidèle dans son histoire comme dans ses ouvrages.