Le Corbeau et le Renard, traduit en Auvergnat.   



Eun biau jeou mouètre Grolle,
Pausa desoubre cun queicei,
Zo n'ané be trouba drolle,
Zayo eun froumajj o son bei.
0 que futa mouètre Rena,
L'embabiolavo de demba,
« Bonjeour, mouètre Grolle, i dijio, bonjeou,
» De chu sé devalla por epia to gentou ;
» Che t'aya che bon babi
» Coummo te pourta le bei,
» O Bello-Ombro, sin mienti,
» Dau ijiaux cheya le rei. »
Oquos dou treis petits mou,
O Grolle sabont che bou
Que n'in bado, mon grand Nivello,
Euno grando badorello,
Io n'echéapo son dina
Que ne pardiu por le Rena
Qu'i le goullo et qu'i diçai :
« Sabia pas, paubre inuçin ,
» Qu'eun babioleu vio o depin
» De tot que zy bado-bei :
» Dio veuille qu'o quello léçou »
Demo te vaille eun gaporou ;
» Qu'aneu te serve de curo-dint ,
» Adié, l'ami, porto te bien. »

Charles Antoine Ravel (1798-1860)

La suite du Corbeau et du Renard par De Beauregard.
Analyse de la fable par Henri de Regnier.
Trait historique ou biographique de la fable par Hugin-Furcy.
La Fable du Corbeau et du Renard analysée Clodomir Rouzé.

Fables liées :
Le Comte Lucanor : Ce qui advient à un un Renard avec un Corbeau ...
Esope : Du Corbeau et du Renard.
Benserade : Le Renard et le Corbeau.
Jauffret : Le Corbeau et le Renard.
François Marbot (Fable en Créole) : Le Corbeau et le Renard.
Contes et fables en chansons : Le Corbeau vengé.
Contes et fables en chansons : Le Renard et le Corbeau.
Champeau : Le Corbeau et le Renard.
Le Corbeau et le Renard, fable traduite en Auvergnat.

Commentaires et analyses par Chamfort  - 1796.
C'est ici qu'on commence à trouver La Fontaine. Le discours du renard n'a que cinq vers , et n'en est pas moins un chef-d'œuvre. Monsieur du corbeau, pour entrer en matière ; et à la fin, vous étes le phénix, etc.
V.14. Il est plaisant de mettre la morale dans la bouche de celui qui profite de la sottise: c'est le renard qui donne la leçon à celui qu'il a dupé , ce qui rend cette petite scène, en quelque sorte , théâtrale et comique.
Il est fâcheux que Monsieur rime avec flatteur, c'est-à dire ne rime pas , mais c'était l'usage alors de prononcer l'r de monsieur.On tolère même de nos jours cette petite négligence au théâtre , parce qu'elle y est moins remarquable.

Commentaires et observations diverses de MNS Guillon - 1803.
1) Maître Corbeau. Rabelais avoit transporté ces expressions «la barreau dans son style familier; La Fontaine n'a fait que l'étendre à ses nouveaux personnages. L'application qu'il en fait en relève l'importance ; elle semble agrandir le théâtre, et appelle la. curio sité sur les acteurs. Voilà les deux maîtres, voleurs en présence ; on s'attend à voir des tours de maîtres Gonins, maîtres Courbes.
(2) Sur un arbre perché. J. J. Rousseau veut exclure l'apologne de l'éducation des enfans. C'est par cette fable qu'il prétend justifier sa sévérité contre tout le genre ; pas une, selon lui, qui ne soit au-dessus de la portée du jeune âge. Qu'est-ce, dit-il, qu'un arbre. perché ! La Fontaine ne parle pas ainsi. Il dit : sur un arbre perché. «Oui; mais pour faire entendre l'inversion, il faut exposer ce que c'est que prose et qne vers. » Sans doute il a fallu commen cer par-là ; mais votre Emile sait lire peut-être. En est-il encore à ses premiers élémens ? ou vaudroit-il moins que le sauvage et l'homme de l'enfance du monde, pour qui la poésie ne fut point un langage inconnu ?
(3) Par l'odeur alléché. Attiré, comme bien des animaux le sont par l'odeur ou par la vue du lait. L'image s'en retrouve dans l'étymologie latine du mot allécher, allicere , que l'on auroit dû conserver dans la prose comme dans les vers. Pourquoi supposer , avec J. J. , que le Renard vienne de loin ? La scène se passe dans un bois ; le Renard ne peut-il avoir son terrier près de l'arbre où le Corbeau se trouve perché ?
(4) Lui tint à-peu-près ceLangage. Ne croiroit-on pas que La Fontaine a été témoin de l'aventure, qu'il a entendu la conversation, et qne son exactitude portée jusqu'au scrupule , ne craint que de ne pas rapporter avec assez de fidélité les paroles du Renard?
(5) Eh ! bonjour. Le ton familier suppose une connoissance déjà faite, par conséquent dispense des préliminaires. Monsieur du Corbeau., Votre Emile sait bien que la fable est le tableau de la société ; donc, qu'elle en doit retracer le langage. Du Corbeau si
titre d'honneur, bien mieux dans le style de la fable, que la simple appellation de monsieur le Corbeau. Tout flatteur a l'abord si respectueux.
(6) Que vous êtes joli! que vous me semblez beau ! J.J. Rousseau citoit probablement de mémoire; il a écrit: que vous êtes charmant, que vous me semblez beau ! Et il s'écrie: cheville, re dondance inutile! La Fontaine entendoit mienx l'art des gradation ; il a dit : que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! Ces ex pressions ne sont point synonymes. Ce qui est joli plaît au premier apperçu ; ce qui est beau attache ; le joli commence la séduction, le beau l'achève et la fixe. Le Corbeau réunit et ce que l'on aime et ce que l'on admire. Cette exagération n'est pas perdue pour l'élève; il fait d'avance des vœux contre le stupide animal qui se laisse ainsi cajoler.
(7) Sans mentir."il ment toutefois en protestant de sa sincérité." Eh! n'est-ce pas-là le ton des sociétés ? Fait pour vivre avec les hommes, que votre élève apprenne de bonne heure à s'en défier et à ne pas croire légèrement à leurs paroles.
(8) ... Si votre ramage
Se rapporte à votre plumage. Ce qu'il y a de plus perfide dans la flatterie, c'est l'art avec lequel elle sait intéresser l'amour-propre, non seulement dans les éloges qu'elle lui prodigue, mais dans les soupçons qu'elle laisse tomber sur les perfections; comment alors résister à cette espèce de défi? Il faut bien venger sa réputation, et montrer que la beauté de la voix se rapporte a celle du plumage.
(9) Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. Emile demande ce que c'est que le Phénix. Je lui réponds que les poètes nous parlent d'un oiseau d'une admirable beauté, unique dans son espèce. Je pourrai même lui citer la magnifique description que Claudien en a faite ; une autre fois je lui dirai ce qu'il doit penser de ces fictions. Emile va conclure avec le Corbeau de la fable , qu'il est un oiseau admirable et sans pareil. C'est notre ancienne comédie qui avoit transmis à La Fontaine ainsi qu'à Despréaux ; cette similitude : « Celle que je vous ai promise est le phénix des servantes, » dit-on, dans la farce de Gros Guillaume. ( Anecd. Dram. T. I.p. 34o). Des hôtes de ces bois. Figure brillante souvent imitée depuis La Fontaine.
(10) A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie. II faut, nous dit-on, des passions déjà bien vives pour avoir éprouvé que l'excès de la joie en détruit le sentiment. Mais Emile est-il condamné à ne connoître que ce dont il aura fait, une expérience personnelle ?
(11) Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie . Ce vers est admirable, l'harmonie seule en fait image. Je vois un grand vilain bec ouvert, j'entends tomber le fromage à travers les branches. J. J Rousseau.
(12) Le Renard s'en saisit, et dit: mon bon monsieur, Apprenez que tout flatteur. Voila l'orgueilleuse crédulité du Corbeau punie d'abord par la perte de son butin , ensuite par l'insulte. Plus l'ironie est amère, plus la correction est profitable. — Remarquez, en passant, que monsieur rime mal avec flatteur, à cause de la différence de pro nonciation.
(13) Vit aux dépens de celui qui l'écoute. « Jamais, dit J. J. Rousseau, enfant de dix ans n'entendit ce vers-là. » Je sup pose la chose vraie. Pour aider son intelligence, je mets à côté du vers de La Fontaine ce passage d'un autre fabuliste en parlant
du singe :
Il fait rire les gens ,
Se moque d'eux en face et vit à leurs dépens.
(Fablier Franç. L. XI fab. 17 ).
Eh bien ! mon jeune élève, est-il vrai que vous n'entendiez pas?
(14) Cette leçon vaut bien , etc. La morale est excellente ; si la plaisanterie est cruelle, elle est aussi bien méritée. Ce qu'il y a de très-adroit, de vraiment comique, c'est que la leçon faite au Corbeau dupé, lui vienne du Renard qui le dupe. — Le fabuliste allemand, Lessing, fait enlever par le Corbeau un morceau de chair empoisonnée, et le Renard trouve dans son vol même le châtiment de son vol . Richer donne au Corbeau sa revanche sur le Renard. L'exemple gagne jusqu'au poète , qui vole sans façon à La Fontaine plusieurs des traits de sa jolie fable.


Commentaires et analyses des fables : Chamfort et Mns. Guillon -
Illustrées par J.J. Granville.
A lire "les origines des fables de La Fontaine par : A. C. M. Rober ."




N'hésitez-pas à laisser des commentaires, de donner votre avis sur la fable ou l'article ; si vous le souhaitez répondez à ceux qui demandent des renseignements...
Dans vos réponses soyez polis et affables. Ici vous êtes chez vous, ce site est fait pour vous, participez, réagissez, enfin faites comme chez vous. Merci.

blog comments powered by