Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau. ...lire la suite. La Fontaine a mis a la fin de sa
XVe
fable, intitulée : La Mort et le
Malheureux, une note qui
confirme ce fait, sans que
Despréaux
y soit nommé
...lire la suite. Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants. ...lire la suite.
Proverbes.
" Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre." Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore :
Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée :
Petit homme abat grand chêne.
Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire,
c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour
allumer un incendie.
Mercure conduisoit quatre ombres aux enfers.
Comptons-les : une jeune fille,
item un pere de famille,
plus un héros, enfin un grand faiseur de vers.
Allant de compagnie, au gré du caducée
ils s' entretenoient en chemin.
Hélas, dit l' ombre fille, en pleurant son destin,
que l' on me plaint là-haut ! Je lis dans la pensée
de mon amant ; il mourra de chagrin.
Il me l' a dit cent fois, du ton qui se fait croire,
que loin de moi, le jour ne lui seroit de rien.
Quel amour ! Chaque instant en serroit le lien.
M' aimer, me plaire, étoient son plaisir et sa gloire.
S' il ne meurt, je me promets bien
de revivre dans sans mémoire,
pour moi, dit l' ombre pere, il me reste là-haut
des enfans bien nés, une femme
ils m' aimoient tous du meilleur de leur ame.
Je suis sûr qu' à présent on pleure comme il faut.
Ils me regretteront long-temps sur ma parole ;
les pauvres gens ! Que le ciel les console.
L' ombre héros disoit : eh qu' êtes-vous vraiment,
près d' un mort comme moi par cent combats célébre ?
Je m' assure qu' en ce moment
les cris des peuples font mon oraison funèbre.
Mon nom ne mourra point ; du Gange jusqu' à l' èbre,
d' âge en âge il ira semer l' étonnement.
Croirai-je que quelque autre espére
de vivre autant que moi ? Moi, dit le fier rimeur ;
qu' est-ce qu' Achille auprès d' Homere ?
On me lira par-tout ; on m' apprendra par coeur.
Dieu sçait comme à présent le monde me regrette.
Vous vous trompez, héros, pere, amante, poëte,
leur dit le dieu. Toi la belle aux doux yeux,
ton amant consolé près d' une autre s' engage.
Toi, pere, tes enfans chiffrant à qui mieux, mieux,
calculent tous tes biens, travaillent au partage ;
ta femme les chicane ; et de toi, pas un mot :
chacun ne songe qu' à son lot.
Quant à toi, général d' armée,
on a nommé ton successeur.
C' est le héros du jour ; déja la renommée
le met bien au-dessus de son prédécesseur.
Et vous, monsieur l' auteur, qui ne pouviez comprendre
que de vous on put se passer,
la mort, disent-ils tous à bien fait de vous prendre.
Vous commenciez fort à baisser.
Ces ombres se trompoient ; nous faisons même faute.
Aux morts comme aux absens nul ne prend intérêt.
Nous laissons en mourant le monde comme il est.
Compter sur des regrets, c' est compter sans son hôte.