Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau. ...lire la suite. La Fontaine a mis a la fin de sa
XVe
fable, intitulée : La Mort et le
Malheureux, une note qui
confirme ce fait, sans que
Despréaux
y soit nommé
...lire la suite. Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants. ...lire la suite.
Proverbes.
" Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre." Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore :
Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée :
Petit homme abat grand chêne.
Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire,
c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour
allumer un incendie.
G. Duplessis - 1851.
Antoine Houdar de La Motte.
Fables.
Les Singes matelots.
Un navire chargé d' une peuplade singe,
colonie amassée aux forêts de Narsinge,
venoit d' arriver dans un port.
Le débit étoit sûr de cette marchandise ;
le roi du pays l' aimoit fort.
Que ce fût bon goût ou sotise,
avec lui tout son peuple avoit raison ou tort.
Le monde se conforme à l' exemple du maître ;
et sur tout de la cour c' est-là le rudiment,
le prince est enrumé ; le courtisan veut l' être ;
la mode en court dans le moment.
Nos marchands de magots, pour annoncer leur foire,
dans la ville étoient descendus ;
l' équipage étoit allé boire ;
les singes restoient et rien plus.
Leur doyen se leva, capable personnage :
camarades, dit-il, je médite un bon tour.
Dérobons-nous à l' esclavage,
l' occasion nous rit, hâtons nôtre retour.
Vous avez vû quelle manoeuvre
gouverne les vents et les flots ;
pour notre apprentissage essayons ce chef-d' oeuvre ;
je serai le pilote, et vous les matelots.
Vivent les bons conseils, s' écria l' assemblée ;
partons ; liberté, liberté !
On démare aussi-tôt ; la voile est étalée :
et voilà par les vents le navire emporté.
Tout alloit bien d' abord ; plus d' un zéphir les pousse ;
vous eussiez vû maint petit mousse
courant de vergue en vergue, et grimpant sur les mats ;
tandis qu' au gouvernail le vieux singe se place,
d' un pilote inquiet affectant la grimace :
on l' eût pris pour Tiphis à son grave embarras.
Messieurs, leur disoit-il, l' orage nous menace ;
je vois un nuage là-bas ;
déja des mers se ride et se noircit la face ;
nous aurons du gros tems ; mais ne le craignez pas.
Il disoit vrai quant à l' orage ;
quant à son art, c' étoit un autre cas.
Les vents dans le moment déployerent leur rage ;
de foudres redoublés un horrible fracas
allarme le pauvre équipage,
qui se voit à toute heure à deux doigts du trépas.
Ils font à tout hazard ce qu' ils avoient vû faire ;
mais ils le font en imprudens.
Il faut caler la voile ; ils font tout le contraire.
Voulant fuir les rochers, ils vont donner dedans.
Comme ils ont vû dans pareille avanture,
des matelots jurans, d' autres faisant des voeux ;
les singes font de même entr' eux ;
celui là prie, et l' autre jure.
Priant, jurant, chacun travaille à qui mieux mieux,
ou bien à qui plus mal ; c' est pure étourderie.
Eh ! Que leur sert leur aveugle industrie ?
Le vaisseau heurte un roc et se brise à leurs yeux ;
et la mer abîma toute la singerie.
Imitateurs, je prends mes singes à témoin ;
vous échouerez ; votre art ne vous mene pas loin.