Au Roy la belle et le miroir.  
P

rince, l' amour du peuple et sa chère espérance,
soleil, qui commences ton cours ;
dont l' aurore déja fait goûter à la France
le présage des plus beaux jours :
je te vouë (et mon zèle en ta bonté se fie)
ces recits ingenus qu' Apollon m' a dictés,
fables en apparence, en effet vérités :
de ton âge innocent, c' est la philosophie.
La morale au front sérieux,
au geste grave, au ton severe,
t' ennuiroit ; il est bon qu' elle rie à tes yeux,
qu' elle badine pour te plaire.
Je l' égaye en mon livre ; un autre peut mieux faire,
prince ; mais en attendant mieux,
reçois de mes essais cette offrande sincere ;
s' ils sont de quelque fruit, que j' en loûrai les dieux !
Sous plus d' une riante image,
les devoirs des rois sont tracez :
j' ose en dire beaucoup ; si ce n' en est assez,
quelque jour ton exemple en dira davantage.
D' ailleurs, ne vas pas négliger
d' autres points que j' adresse à tous tant que nous sommes ;
rien d' humain ne t' est étranger ;
les grands rois se font des grands hommes.
Travaille donc à l' homme ; et quand il sera fait,
le roi viendra bien aisément s' y joindre :
faire l' homme est le grand objet ;
et faire le roi c' est le moindre.
Quels hommes choisis vont t' aider
à consommer en toi cet important ouvrage !
Le vrai va t' être offert ; songe à le regarder,
songe à l' aimer, et sur son témoignage
fonde en ton coeur de solides vertus :
car, lorsque des leçons aura disparu l' âge,
peut-être que ce vrai ne se montrera plus.
Ce mot est effrayant. Qu' y faire ! C' est l' usage :
tous les rois sont flattés. Prince, pour l' avenir
contre les accidens songe à te bien munir.
On dit qu' un jour certaine belle,
car je choisis tout exprès la beauté,
qui va de pair avec la royauté :
on dit qu' un jour la demoiselle
étoit à sa toilette, où son miroir fidelle
lui disoit en ami plus d' une vérité.
Vous êtes belle, il faut rendre justice,
lui disoit-il ; à quelque chose près,
avec Venus vous entreriez en lice,
s' il falloit disputer d' attraits.
à quelque chose près, vous dis-je ;
il faut qu' un peu de soin corrige
certains défauts que je vous vois :
défauts legers, ce sont des bagatelles,
d' accord ; mais tout importe aux belles.
Que sert ce vermillon ? Demandez-moi pourquoi
vous altérez ainsi vos graces naturelles ?
Adoucissez un peu ces yeux ;
ce souris moins marqué seroit plus gracieux :
tous avis que la belle approuve et songe à suivre.
Quand un grand monde la vient voir,
elle se leve, et quitte le miroir.
Le cercle séducteur de loüanges l' enyvre.
On loüa le faux teint, le regard, le souris ;
rien n' y manquoit ; tout étoit grace ;
tant fut dit, que la belle oublia les avis
qu' elle devoit à sa fidelle glace.
Prince, vous voyez bien que la belle, c' est vous ;
que le miroir, c' est plus d' un sage
qui par d' heureux conseils veille à former pour nous
un roi parfait. Dieu bénisse l' ouvrage.
Quand les flateurs viendront, faites-vous un devoir
de rappeller toujours les avis du miroir.






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