Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau. ...lire la suite. La Fontaine a mis a la fin de sa
XVe
fable, intitulée : La Mort et le
Malheureux, une note qui
confirme ce fait, sans que
Despréaux
y soit nommé
...lire la suite. Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants. ...lire la suite.
Proverbes.
" Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre." Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore :
Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée :
Petit homme abat grand chêne.
Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire,
c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour
allumer un incendie.
Le Roi et les deux bergers. Certain monarque un jour déploroit sa misère,
et se lamentoit d' être roi :
quel pénible métier ! Disoit-il : sur la terre
est-il un seul mortel contredit comme moi ?
Je voudrois vivre en paix, on me force à la guerre ;
je chéris mes sujets, et je mets des impôts ;
j' aime la vérité, l' on me trompe sans cesse ;
mon peuple est accablé de maux ;
je suis consumé de tristesse ;
par-tout je cherche des avis,
je prends tous les moyens, inutile est ma peine ;
plus j' en fais, moins je réussis.
Notre monarque alors apperçoit dans la plaine
un troupeau de moutons maigres, de près tondus,
des brebis sans agneaux, des agneaux sans leurs meres,
dispersés, bêlants, éperdus,
et des beliers sans force errant dans les bruyeres.
Leur conducteur Guillot alloit, venoit, couroit,
tantôt à ce mouton qui gagne la forêt,
tantôt à cet agneau qui demeure derriere,
puis à sa brebis la plus chere ;
et, tandis qu' il est d' un côté,
un loup prend un mouton qu' il emporte bien vîte.
Le berger court, l' agneau qu' il quitte
par une louve est emporté.
Guillot tout haletant s' arrête,
s' arrache les cheveux, ne sait plus où courir,
et, de son poing frappant sa tête,
il demande au ciel de mourir.
Voilà bien ma fidele image !
S' écria le monarque ; et les pauvres bergers,
comme nous autres rois, entourés de dangers,
n' ont pas un plus doux esclavage ;
cela console un peu. Comme il disoit ces mots,
il découvre en un pré le plus beau des troupeaux,
des moutons gras, nombreux, pouvant marcher à peine,
tant leur riche toison les gêne,
des beliers grands et fiers, tous en ordre paissants,
des brebis fléchissant sous le poids de la laine,
et de qui la mamelle pleine
fait accourir de loin les agneaux bondissants.
Leur berger, mollement étendu sous un hêtre,
faisoit des vers pour son Iris,
les chantoit doucement aux échos attendris,
et puis répétoit l' air sur son hautbois champêtre.
Le roi tout étonné disoit : ce beau troupeau
sera bientôt détruit : les loups ne craignent guere
les pasteurs amoureux qui chantent leur bergere ;
on les écarte mal avec un chalumeau.
Ah ! Comme je rirois... ! Dans l' instant le loup passe,
comme pour lui faire plaisir :
mais à peine il paroît, que, prompt à le saisir,
un chien s' élance et le terrasse.
Au bruit qu' ils font en combattant,
deux moutons effrayés s' écartent dans la plaine ;
un autre chien part, les ramene,
et pour rétablir l' ordre il suffit d' un instant.
Le berger voyoit tout, couché dessus l' herbette,
et ne quittoit pas sa musette.
Alors le roi presque en courroux
lui dit : comment fais-tu ? Les bois sont pleins de
loups,
tes moutons gras et beaux sont au nombre de mille ;
et, sans en être moins tranquille,
dans cet heureux état toi seul tu les maintiens !
Sire, dit le berger, la chose est fort facile ;
tout mon secret consiste à choisir de bons chiens.