Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau. ...lire la suite. La Fontaine a mis a la fin de sa
XVe
fable, intitulée : La Mort et le
Malheureux, une note qui
confirme ce fait, sans que
Despréaux
y soit nommé
...lire la suite. Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants. ...lire la suite.
Proverbes.
" Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre." Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore :
Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée :
Petit homme abat grand chêne.
Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire,
c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour
allumer un incendie.
Un Arabe à Marseille autrefois m' a conté
qu' un pacha turc dans sa patrie
vint porter certain jour un coffret cacheté
au plus sage dervis qui fût en Arabie.
Ce coffret, lui dit-il, renferme des rubis,
des diamants d' un très grand prix :
c' est un présent que je veux faire
à l' homme que tu jugeras
être le plus fou de la terre.
Cherche bien, tu le trouveras.
Muni de son coffret, notre bon solitaire
s' en va courir le monde. Avoit-il donc besoin
d' aller loin ?
L' embarras de choisir étoit sa grande affaire :
des fous toujours plus fous venoient de toutes parts
se présenter à ses regards.
Notre pauvre dépositaire
pour l' offrir à chacun saisissoit le coffret :
mais un pressentiment secret
lui conseilloit de n' en rien faire,
l' assuroit qu' il trouveroit mieux.
Errant ainsi de lieux en lieux,
embarrassé de son message,
enfin, après un long voyage,
notre homme et le coffret arrivent un matin
dans la ville de Constantin.
Il trouve tout le peuple en joie :
que s' est-il donc passé ? Rien, lui dit un iman ;
c' est notre grand visir que le sultan envoie,
au moyen d' un lacet de soie,
porter au prophete un firman.
Le peuple rit toujours de ces sortes d' affaires ;
et, comme ce sont des miseres,
notre empereur souvent lui donne ce plaisir.
-souvent ? -oui. -c' est fort bien ; votre nouveau
visir
est-il nommé ? -sans doute : et le voilà qui passe.
Le dervis, à ces mots, court, traverse la place,
arrive, et reconnoît le pacha son ami.
Bon ! Te voilà ! Dit celui-ci :
et le coffret ? -seigneur, j' ai parcouru l' Asie ;
j' ai vu des fous parfaits, mais sans oser choisir :
aujourd' hui ma course est finie ;
daignez l' accepter, grand visir.