Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau. ...lire la suite. La Fontaine a mis a la fin de sa
XVe
fable, intitulée : La Mort et le
Malheureux, une note qui
confirme ce fait, sans que
Despréaux
y soit nommé
...lire la suite. Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants. ...lire la suite.
Proverbes.
" Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre." Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore :
Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée :
Petit homme abat grand chêne.
Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire,
c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour
allumer un incendie.
Le Chat et le lunette Un chat sauvage et grand chasseur
s' établit, pour faire bombance,
dans le parc d' un jeune seigneur
où lapins et perdrix étoient en abondance.
Là, ce nouveau Nembrod, la nuit comme le jour,
à la course, à l' affût également habile,
poursuivoit, attendoit, immoloit tour-à-tour
et quadrupede et volatile.
Les gardes épioient l' insolent braconnier ;
mais, dans le fort du bois caché près d' un terrier,
le drôle trompoit leur adresse.
Cependant il craignoit d' être pris à la fin,
et se plaignoit que la vieillesse
lui rendît l' oeil moins sûr, moins fin.
Ce penser lui causoit souvent de la tristesse ;
lorsqu' un jour il rencontre un petit tuyau noir
garni par ses deux bouts de deux glaces bien nettes :
c' étoit une de ces lunettes
faites pour l' opéra, que par hasard, un soir,
le maître avoit perdue en ce lieu solitaire.
Le chat d' abord la considere,
la touche de sa griffe, et de l' extrémité
la fait à petits coups rouler sur le côté,
court après, s' en saisit, l' agite, la remue,
étonné que rien n' en sortît.
Il s' avise à la fin d' appliquer à sa vue
le verre d' un des bouts, c' étoit le plus petit.
Alors il apperçoit sous la verte coudrette
un lapin que ses yeux tout seuls ne voyoient pas.
Ah ! Quel trésor ! Dit-il en serrant sa lunette,
et courant au lapin qu' il croit à quatre pas.
Mais il entend du bruit ; il reprend sa machine,
s' en sert par l' autre bout, et voit dans le lointain
le garde qui vers lui chemine.
Pressé par la peur, par la faim,
il reste un moment incertain,
hésite, réfléchit, puis de nouveau regarde :
mais toujours le gros bout lui montre loin le garde,
et le petit tout près lui fait voir le lapin.
Croyant avoir le temps, il va manger la bête ;
le garde est à vingt pas qui vous l' ajuste au front,
lui met deux balles dans la tête,
et de sa peau fait un manchon.
Chacun de nous a sa lunette,
qu' il retourne suivant l' objet ;
on voit là-bas ce qui déplaît,
on voit ici ce qu' on souhaite.