n bon homme de mes parents,
que j' ai connu dans mon jeune âge,
se faisoit adorer de tout son voisinage ;
consulté, vénéré des petits et des grands,
il vivoit dans sa terre en véritable sage.
Il n' avoit pas beaucoup d' écus,
mais cependant assez pour vivre dans l' aisance ;
en revanche force vertus,
du sens, de l' esprit par-dessus,
et cette aménité que donne l' innocence.
Quand un pauvre venoit le voir,
s' il avoit de l' argent, il donnoit des pistoles ;
et s' il n' en avoit point, du moins par ses paroles
il lui rendoit un peu de courage et d' espoir.
Il raccommodoit les familles,
corrigeoit doucement les jeunes étourdis,
rioit avec les jeunes filles,
et leur trouvoit de bons maris.
Indulgent aux défauts des autres,
il répétoit souvent : n' avons-nous pas les nôtres ?
Ceux-ci sont nés boiteux, ceux-là sont nés bossus,
l' un un peu moins, l' autre un peu plus :
la nature de cent manieres
voulut nous affliger : marchons ensemble en paix ;
le chemin est assez mauvais
sans nous jeter encor des pierres.
Or il arriva certain jour
que notre bon vieillard trouva dans une tour
un trésor caché sous la terre.
D' abord il n' y voit qu' un moyen
de pouvoir faire plus de bien ;
il le prend, l' emporte et le serre.
Puis, en réfléchissant, le voilà qui se dit :
cet or que j' ai trouvé feroit plus de profit
si j' en augmentois mon domaine ;
j' aurois plus de vassaux, je serois plus puissant.
Je peux mieux faire encor : dans la ville prochaine
achetons une charge, et soyons président.
Président ! Cela vaut la peine.
Je n' ai pas fait mon droit ; mais, avec mon argent,
on m' en dispensera, puisque cela s' achete.
Tandis qu' il rêve et qu' il projette,
sa servante vient l' avertir
que les jeunes gens du village
dans la cour du château sont à se divertir.
Le dimanche, c' étoit l' usage,
le seigneur se plaisoit à danser avec eux.
Oh ! Ma foi, répond-il, j' ai bien d' autres affaires ;
que l' on danse sans moi. L' esprit plein de chimeres,
il s' enferme tout seul pour se tourmenter mieux.
Ensuite il va joindre à sa somme
un petit sac d' argent, reste du mois dernier.
Dans l' instant arrive un pauvre homme
qui tout en pleurs vient le prier
de vouloir lui prêter vingt écus pour sa taille :
le collecteur, dit-il, va me mettre en prison,
et n' a laissé dans ma maison
que six enfants sur de la paille.
Notre nouveau Crésus lui répond durement
qu' il n' est point en argent comptant.
Le pauvre malheureux le regarde, soupire,
et s' en retourne sans mot dire.
Mais il n' étoit pas loin, que notre bon seigneur
retrouve tout-à-coup son coeur ;
il court au paysan, l' embrasse,
de cent écus lui fait le don,
et lui demande encor pardon.
Ensuite il fait crier que sur la grande place
le village assemblé se rende dans l' instant.
On obéit : notre bon homme
arrive avec toute sa somme,
en un seul monceau la répand.
Mes amis, leur dit-il, vous voyez cet argent :
depuis qu' il m' appartient, je ne suis plus le même,
mon ame est endurcie, et la voix du malheur
n' arrive plus jusqu' à mon coeur.
Mes enfants, sauvez-moi de ce péril extrême ;
prenez et partagez ce dangereux métal ;
emportez votre part chacun dans votre asyle :
entre tous divisé, cet or peut être utile ;
réuni chez un seul, il ne fait que du mal.
Soyons contents du nécessaire
sans jamais souhaiter de trésors superflus :
il faut les redouter autant que la misere,
comme elle ils chassent les vertus.
Les 5 livres
de fables de Florian :
-
Livre I
De La Fable.
La fable et la vérité
Le bœuf, le cheval et l'âne
Le roi et les deux bergers
Les deux voyageurs
La carpe et les carpillons
Les serins et le chardonneret
Le chat et le miroir
Le calife
Le chien et le chat
Les deux jardiniers
Le vacher et le garde-chasse
La coquette et l'abeille
La mort
Le château de cartes
Le lierre et le thym
Le chat et la lunette
Le jeune homme et le vieillard
La taupe et les lapins
Le rossignol et le prince
L'aveugle et le paralytique
Pandore -
Livre II
Myson
Les deux Persans
La jeune Poule et le vieux Renard
Le danseur de corde et le balancier
Le Grillon
L'éducation du Lion
La Pie et la Colombe
Le Phenix
L'Eléphant blanc
Le Cheval et le Poulain
Le Bouvreuil et le Corbeau
L'enfant et le miroir
Le Singe qui montre la lanterne magique
Les deux Chats
Le troupeau de Colas
La Brebis et le Chien
Le vieux arbre et le jardinier
Le bon homme et le trésor
La mère l'enfant et les Sarigues -
Livre III
Les singes et le léopard
L'inondation
Les deux bacheliers
Le rhinocéros et le dromadaire
Le rossignol et le paon
Le lièvre, ses amis et les deux chevreuils
Le renard qui prêche
Le roi Alphonse
Le sanglier et les rossignols
Hercule au ciel
Le dervis, la corneille et le faucon
La chenille
La balance de Minos
L'hermine, le castor et le sanglier
Les enfants et les perdreaux
Le perroquet
Le renard déguisé
Le hibou, le chat, l'oison et le rat
Le parricide
L'amour et sa mere -
Livre IV
Le voyage
Don Quichotte
La Guenon, le Singet et la noix
Les deux paysans et le nuage
Le miroir de la vérité
Le procès des deux Renards
Le philosophe et le Chat-huant
La Fauvette et le Rossignol
Le Milan et le Pigeon
Le Lapin et la Sarcelle
L'habit d'Arlequin
L' Avare et son fils
Le laboureur de Castille
Le Pacha et le Dervis
La Vipère et la Sang-sue
Le Hibou et le Pigeon
Le courtisan et le Dieu Protée
L'Ecureuil, le Chien et le Renard
Le savant et le fermier
Le paon, les deux Oisons et le plongeon -
Livre V
L' Auteur et la Souris.
Jupiter et Minos
Le Chien coupable
Le Charlatan
Le Herisson et les Lapins
La Guêpe et l'Abeille
La Sauterelle
La Touterelle et la Fauvette
Le Crocodile et l'Esturgeon
Le Chat et les Rats
Le petit Chien
Pan et la fortune
Le Léopard et l'Ecureuil
Les deux chauves
Le Prêtre de Jupiter
Le paysan et la rivière
L' Ane et la flûte
La Colombe et son nourrisson
Le berger et le Rossignol
Les deux lions
Epilogue
Dans vos réponses soyez polis et affables. Ici vous êtes chez vous, ce site est fait pour vous, participez, réagissez, enfin faites comme chez vous. Merci.
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La ville et la campagne, enfin tout; il n'est rien-
Qui ne me soit souverain bien, -
Jusqu'au sombre plaisir d'un coeur mélancolique ?"
Saadi disait : " Si la peste donnait des pensions, la peste trouverait encore des flatteurs et des serviteurs".
lorsqu'on n'a pas ce que l'on aime. - Il faut aimer ce que l'on a." 



