J'ai trouvé celte pièce dans le Menagiana , tome I, page 59 , où on la donne comme tirée d'un manuscrit ancien, fini, en 1328, par un auteur qui se dit de Troyes. Quoique postérieure de quelques aimées à celles qui composent ce recueil, je m'en suis emparé, parce que je crois, avec Molière, que tout ce qui est bon dans mon genre m'appartient ; et même, comme elfe est courte et contée fort naïvement, je la transcrirois ici en original, si à l'orthographe et au langage je ne soupeçonnois Ménage de l'avoir altérée. En voici la traduction.
Il y avoit un chevalier puissant qui aimoit une demoiselle plus que de raison. Il étoit très laid et mal bâti, mais du reste parfaitement sage, excepté seulement en amour. La pucelle, au contraire, étoit simple et bête, mais belle à faire plaisir, et telle qu'on n'eût pu trouver sa pareille ni dans le canton ni ailleurs. Le chevalier vouloit l'avoir, parce qu'il l'aimoit plus que toute chose et qu'il se trouvoit épris de sa beauté. Il assembla donc ses amis, et leur dit :
« Je veux avoir cette femme; nulle autre qu'elle ne me plaît. — Mais vous la connoissez, lui répondirent les amis. — Oui, je sais qu'elle est sotte et sans esprit ; mais savez-vous ce qui arrivera ? Elle aura de moi des enfants auxquels elle communiquera sa beauté, moi je leur donnerai la sagesse : sages et beaux, ils ne peuvent avoir qu'un sort digne d'envie. »
D'après cette prophétie et cet espoir, il épousa la demoiselle. Ils eurent des enfants comme il l'avoit prédit. Mais devinez quels furent ces enfants : laids et hideux comme le père, sots et niais comme la mère : ce fut tout le contraire de ce qu'il avoit espéré.
Ce conte a été mis en vers par M. Imbert.
Autres fabliaux :
Le Loup-garou.
La Villageoise.
Le pélerin.
La Jeune Fée.
L'oiseau Vert.
- Légendes, Baliades et Fabliaux. (en 2 vol. in-18, 1829)
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