Philippe quatre qui s'avance
Dans Me de la Conférence.
Un renard est entré la nuit dans un poulailler; comment exprimer ce désastre ?
Les marques de sa cruauté
Parurent avec l'aube. On vit un étalage
De corps sanglants et de carnage.
Peu s'en fallut que le soleil
Ne rebroussât d'horreur vers le manoir liquide, etc.
La Motte a fait, à mon avis, une étrange méprise, en employant à tout propos, pour avoir l'air naturel, des expressions populaires et proverbiales : tantôt c'est Morphée qui fait litière de pavots; tantôt c'est la lune qui est empêchée par tes charmes d'une magicienne; ici le lynx, attendant le gibier, prépare ses dents à l'ouvrage; là le jeune Achille est fort bien morigéné par Chiron. La Motte avait dit lui-même : Mais prenons garde à la bassesse, trop voisine du familier. Qu'était-ce donc, à son avis, que faire litière de pavots? La Fontaine a toujours le style de la chose.
Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Intenta pour punir les crimes de la terre.
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Les tourterelles se fuyaient :
Plus d'amour, partant plus de joie.
Ce n'est jamais la qualité des personnages qui le décide. Jupiter n'est qu'un homme dans les choses familières; le moucheron est un héros lorsqu'il combat le lion : rien de plus philosophique , et en même temps rien de plus naïf que ces contrastes. La Fontaine est peut-être celui de tous les poètes qui passé d'un extrême à l'autre avec le plus de justesse et de rapidité. La Motte a pris ces passages pour de la gaieté; philosophique ; et il les regarde comme une source du riant; mais La Fontaine n'a pas dessein de faire croire qu'il s'égaie à rapprocher le grand du petit; il veut que l'on pense, au contraire, que le sérieux qu'il met aux petites choses, les lui fait mêler et confondre de bonne foi avec les grandes; et il réussit en effet à produire cette illusion. De là vient qu'il n'est jamais contraint ni dans le style familier, ni dans le haut style. Si ses réflexions et ses peintures l'emportent vers l'un, ses sujets le ramènent à l'autre, et toujours si à propos, que le lecteur n'a pas le temps de désirer qu'il prenne l'essor ou qu'il se modère : en lui chaque idée réveille soudain l'image et le sentiment qui lui est propre; on peut le voir dans ses peinturés, dans son dialogue, dans ses harangues.
Qu'on lise, pour les peintures, la fable d'Apollon et de Borée, celle du Chêne et du Roseau; pour le dialogue, celle de la Mouche et de la Fourmi, celle des Compagnons d'Ulysse; pour les monologues et les harangues, celle du Loup et des Bergers, celle du Berger et du Roi, celle de l'Homme et de la Couleuvre y modèles à-la-fois de philosophie et de poésie. On a dit souvent que l'une nuisait à l'autre; qu'on nous cite, ou parmi les anciens, ou parmi les modernes, quelque poète plus riant, plus fécond, plus varié, quelque moraliste plus sage.
Mais ni sa philosophie ni sa poésie ne nuisent à sa naïveté; au contraire, plus il met de l'une et de l'autre dans ses récits, dans ses réflexions, dans ses peintures, plus il semble persuadé, pénétré de ce qu'il raconte, et plus par conséquent il nous paraît simple et crédule.
Le premier soin du fabuliste doit donc être de paraître persuadé; le second, de rendre sa persuasion amusante; le troisième, de rendre cet amusement utile.
..........Pueris dant crustula blandi
Doctores, elemtnta velint ut discere prima. ( HoRAt. )
On vient de voir de quel artifice La Fontaine s'est servi pour paraître persuade; je n'ai plus que quelques réflexions à ajouter sur ce qui détruit ou favorise cette espèce d'illusion.
Tous les caractères d'esprit se concilient avec la naïveté, hors l'affectation et l'air de la finesse. D'où vient que Janot lapin, Robin mouton, carpillon Fretin, la gent trotte-menu, etc., ont tant de grâce et de naturel ? d'où vient que dom Jugement, dame Mémoire, et demoiselle Imagination, quoique trés-bien caractérisés, sont si déplacés dans la fable? Ceux là sont du bonhomme; ceux-ci du bel-esprit.
*** La fable Le Chêne et le Roseau, par Bernardin Saint-Pierre.
*** La fable "Le Corbeau et le Renard" expliquée par J.J. Rousseau.
*** La fable : Le Vieillard et les trois Hommes. expliquée par Charles Batteux.
*** La fable Le Chêne et le Roseau, par Charles Batteux.
*** La fable "Les Lapin" devloppée par Batteux.
*** La fable " La Cigale et la Fourmi" analysée par Alfred de Courcy.
Portrait biographique de Jean de La Fontaine . Sa jeunesse. |
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