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Analyses et commentaires sur les fables.

Observations et réflexions critiques sur le genre de l'apologue, et en particulier sur les fables de La Fontaine.

  Par M. DECAMPE, un des quarante Mainteneurs.

introduction.  observation -I    observation -II   observation -III   observation -IV   observation -V   observation -VI   observation -VII

    II OBSERVATION.
   Une remarque qui vient naturellement à la suite de la précédente, et qui tend à démontrer de plus en plus combien la Fontaine a besoin d'être lui-même pour être beau; c'est que, lorsqu'il lui arrive d'employer UN SUJET DEJA TRAITÉ D'UNE MANIÈRE SUPÉRIEURE PAR SES DEVANCIERS , IL ÉCHOUE ORDINAIREMENT DANS LA TENTATIVE. Ce qu'il aurait fait h merveille étant livré à ses propres inspirations, il ne sait plus le faire avec succès quand un autre y a réussi d'avance : la perfection de son modèle semble exclure de sa pensée toute idée de rivalité. Un exemple en fera juger.
    On trouve, dans son second livre, une fable intitulée le Lion et le Rat. Le sujet en est pris dans le petit supplément mis à la suite de Phèdre par le docte allemand Marquardus Gudius. La fable de l'auteur latin est charmante ; celle de l'auteur français est des plus médiocres. Voici la narration de la Fontaine.
Entre les pattes d'un Lion
Un Rat sortit de terre assez à l'étourdie.
Le roi des animaux, en cette occasion,
Montra ce qu'il était, et lui donna la vie.
Ce bienfait ne fut pas perdu.
Quelqu'un aurait-il jamais cru
Qu'un Lion d'un Rat eût affaire?
Cependant il advint qu'au sortir des forêts
Ce Lion fut pris dans des rets
Dont ses rugissements ne le purent défaire.
Sire Rat accourut, et fit tant par ses dents,
Qu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage.
    Ici finit le récit de notre poète. On a pu remarquer que le sujet de cette fable présente deux parties distinctes : dans la première, le Lion clément épargne le Rat; dans la seconde, le Rat reconnaissant délivre le Lion. Si la Fontaine eût traité ce sujet à sa manière accoutumée, il en aurait certainement tiré une fable charmante ; mais on croirait qu'il n'a pas voulu s'en donner la peine, parce qu'un autre en avait trouvé le secret avant lui, et avait, pour ainsi dire, deviné les procédés de sa mise en œuvre. Dans la première partie, la Fontaine présente sèchement le fait, sans fixer le temps ni le lieu, sans employer aucun de ces accessoires qui lui sont familiers, et qui donnent tant de charme à sa narration. L'auteur latin lui est ici bien supérieur : la scène est dans une forêt ; le Lion est endormi ; quelques rats des champs prennent leurs ébats dans ce même lieu ; un d'eux a l'imprudence de passer en courant sur le Lion qui sommeille ; le terrible animal se réveille en sursaut. Voilà une offense, une raison pour que le Lion se venge et punisse le téméraire. Le Rat l'a bien compris; il demande grâce. Alors le Lion, qui tenait déjà le malheureux dans sa griffe, s'apaise par réflexion, et croit qu'il lui serait peu glorieux de punir une telle offense. Cette scène intéressante manque dans l'auteur français. La fable latine n'est pas moins supérieure dans la seconde partie. Quelques jours se sont écoulés; il est nuit ; le Lion, errant dans la campagne, vient de tomber au fond d'une fosse, et se trouve pris dans des filets; il pousse des rugissements affreux. Le Rat des champs reconnaît sa voix, et accourt en hâte ; il adresse quelques mots au Lion pour le rassurer et lui attester sa reconnaissance; puis il tourne autour du filet, il en étudie les nœuds et l'adroit mécanisme > se met promptement en train de ronger, et parvient à délivrer le roi des animaux. Tous ces détails sont  excellents ; ils sont parfaitement dans la manière de la Fontaine, et voilà précisément ce qui a déconcerté l'imitateur.
    Mais citons un autre exemple, qui aurait dû se présenter le premier. Il n'est point d'homme de goût qui nait relu cent fois et cent fois admiré ce charmant apologue du Rat de ville et du Rat des champs, qu'Horace a fait entrer dans sa jolie satire sur la ville opposée à la campagne. Comment un modèle aussi parfait a-t-il pu fournir à la Fontaine une imitation aussi médiocre? Sans parler du rhythme monotone qu'emploie ici notre fabuliste, son récit n'est qu'un exposé succinct, sans chaleur et sans vie ; tout l'agrément des détails a disparu. Horace commence par nous peindre la frugalité du Rat des champs, sa demeure, ses habitudes. C'est une source de beautés de plus, indépendamment de l'effet qui va résulter de l'opposition. Lorsque à cette demeure pauvre et champêtre succèdent le faste et les commodités de la ville, on se laisse d'abord éblouir, comme le Rat campagnard; mais bientôt on regrette, comme lui, ce réduit sauvage où l'on était si tranquille, et l'on se rappelle avec intérêt la première scène dont on a été témoin. Un pareil rapprochement fait bien mieux goûter la vérité morale sur laquelle roule la fable. Dans la Fontaine, la première partie du récit est supprimée, et l'autre a perdu tout son coloris. On est forcé de regretter ici que le fabuliste français, au lieu de se borner à prendre dans Horace l'idée principale de cet apologue, n'ait pas mieux aimé imiter d'un bout a l'autre la narration du poète latin, qui est un véritable chef-d'oeuvre, et dont les détails ont tant de ressemblance avec la manière de raconter familière à notre poète. Il est a présumer qu'il eût réussi dans cette imitation, comme il l'a fait dans celle de l' Amour mouillé d'Anacréon et de l'aventure de Philémon et Baucis, si bien racontée par Ovide. C'eût été un monument précieux, que la copie d'un morceau si achevé faite par la main de la Fontaine. Hais la lecture de la fable française n'est bonne qu'à faire nattre cette réflexion, qu'avec le plus heureux talent on réussit plutôt à imiter le médiocre qu'on peut surpasser sans peine, que le parfait qu'on désespère d'égaler. C'est en partie pour cela , sans doute, qu'on citerait, en littérature, vingt imitateurs qui ont eflacé leur modèle, contre un traducteur qui égale le sien.
    Ceci nous conduit à une remarque, qui peut servir à confirmer l'observation que nous venons de Caire. On sait que, sur les douze livres de Fables dont se compose le recueil de la Fontaine, les six premiers offrent plus généralement des sujets empruntés a Ésope, à Phèdre et aux autres anciens fabulistes, taudis que les sujets des six derniers livres proviennent pour la plupart de sources plus détournées, et ont laissé plus de latitude à l'imagination de l'auteur. Il y a donc lieu de présumer, en appliquant ici notre observation, que les fables de cette dernière partie du recueil doivent donner une idée plus complète de la manière de la Fontaine, et qu'il doit s'y montrer bien plus original. Cependant l'opinion contraire est assez accréditée, et Chamfort parait avoir partagé le préjugé commun, en faisant entendre, dans plusieurs endroits de ses notes, que les fables des six derniers livres sont en général inférieures a celles des six premiers. Je ne saurais adopter ce jugement. C'est dans les six derniers livres que se trouvent en plus grand nombre ces belles et riches compositions qui, par leur étendue, leur importance, la variété des tons et des couleurs, la vérité des portraits, des peintures, des discours, des dialogues, méritent d'être placées au rang des chefs-d'œuvre     de l'auteur ; telles sont :
— les Animaux malades de la peste;
— le Fermier, le Chien et le Renard;
— Le Chat, la Belette et le petit Lapin;
— les deux Pigeons ;
— le Paysan du Danube ;
— le Savetier et le Financier ;
— L'Homme et la Couleuvre ;
— la Lapins ;
— les Compagnons d' Ulysse ;
— le Bat qui s'est retiré du monde ;
— le Héron ;
— la Fille ;
— la Laitière et le Pot au lait;
— le Cochet, le Chat et le Souriceau ;
— le Vieillard et les trois Jeunes hommes;
— le Corbeau, la Gazelle, la Tortue et le Rat et une foule d'autres.
    Concluons donc que l'opinion cdmmune est au moins un peu hasardée. N'en pourrait-on pas dire autant de là préférence exclusive généralement accordée aux six premiers livres de l'Enéide, au préjudice des six derniers? La littérature a toujours eu, comme les croyances populaires, ses superstitions et ses préjugés.
Notre fabuliste, il faut le répéter, n'est jamais plus aimable que lorsqu'il renonce au rôle d'imitateur pour développer à sa manière, et qu'il se livre tout entier à son génie. Or, c'est ce qui lui arrive bien plus souvent dans les derniers livres, où il ne prend plus guère pour modèles les apologues d'Ésope et des anciens. Les sujets, il est vrai, y sont quelquefois moins heureux , moins assortis au genre de la Fable, ou pour mieux dire, de l'Apologue : on sent qu'ils commençaient à manquer à l'auteur. Mais, sous le rapport de l'exécution, on peut assurer que la Fontaine y est plus lui-même, et que le conteur inimitable s'y montre mieux dans tout son jour.


  Des fabulistes et des conteurs :

 
  Jean-Pierre Claris de Florian :   Jean-Pierre Claris de Florian est né à Florian près de Sauve, dans les Cévennes, le 6 mars 1755, perd sa mère très jeune, probablement à l'âge de deux ans.
     Familier du château de Sceaux et protégé de Voltaire (son oncle). Lauréat de l'Académie, le 6 mars 1788, Florian atteignit le sommet de sa gloire en y entrant , remplaçant le cardinal de Luynes.
     Banni de Paris pendant la Révolution, il fut emprisonné sous la Terreur. Il échappera à la guillotine lors de la chute de Robespierre, puis relaché au 9 thermidor ; Un an après il mourut des souffrances endurées pendant son emprisonnement, il avait alors 39 ans.
     Florian a écrit, entre-autres plusieurs fables, preque aussi belles que celles de La Fontaine, des pièces de théâtre ainsi qu' une traduction de Cervantès.
   Malade, Florian meurt à Sceaux, le 13 septembre 1794 .

  Etienne Fumars :
Etienne Fumars, fabuliste français, né près de Marseille, le 22 Octobre 1743, décédé en 1806 à Copenhague. Professeur des belles-lettres françaises à l'Université de Kiel de cette ville. Auteur de fables et de poésies diverses

   Marceline DESBORDES-VALMORE (Marceline DESBORDES :      Marceline DESBORDES-VALMORE (Marceline DESBORDES , dame), femme poète, née à Douai, en 1787 , fut d'abord cantatrice (1806 à 1817) en province et à l'Opéra-Comique.
Devenue auteur, elle a écrit : Élégies et romances (1818), Poésies (1829), les Pleurs (1833), Pauvres fleurs! (1839), Contes en vers (1840), Bouquets et prières (1843). Elle a en outre publié quelques romans et volumes de prose. —Mme Desbordes-Valmore est morte le 23 juillet.
    Marie-Catherine Le Jumel de Barneville : ... est née en 1650 à Barneville. La comtesse d'Aulnoy est l'auteur des contes de fées, contes très agréables. Elle est la fille de Jumel de Barneville. Mariée à contre-coeur à François de la Mothe, comte d'Aulnoy suite à un arangement de famille , elle aura cinq enfants avec lui.
   Son mari, le comte d'Aulnoy fut accusé de lèze-majesté, enfermé et menacé de perdre la tête, avant qu'un de ses trois accusateurs , pris de remords, n'avoua la calomnie. Madame d'Aulnoy doit se réfugier en Angleterre pour fuir la justice. Elle revient en France en 1685 suite au pardon du roi Louis XIV.
   La comtesse était une belle femme avec beaucoup d'esprit, et une grande éloquence. Elle était la nièce de la célèbre madame Desloges et la mère de madame de Héere.....
 
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