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Analyses et commentaires sur les fables.

Observations et réflexions critiques sur le genre de l'apologue, et en particulier sur les fables de La Fontaine.

  Par M. DECAMPE, un des quarante Mainteneurs.

introduction.  observation -I    observation -II   observation -III   observation -IV   observation -V   observation -VI   observation -VII

     V OBSERVATION.
    J'ai annoncé tout à l'heure que nous dirions quelque chose de l'espèce de vraisemblance nécessaire dans l'Apologue. Cette matière est importante. Voici ce que je pense à cet égard.
    Commençons par nous rappeler que le propre de l'Apologue est de prêter aux animaux et aux êtres insensibles l'intelligence, les passions, les sentiments, enfin le langage de l'homme. Ce n'est donc pas à les faire penser, sentir et parler que peut jamais être l'invraisemblance; ces choses-là sont une fois convenues, comme les monologues et les entractes dans la poésie dramatique , comme le chant dans l'opéra : il faut bien admettre toute supposition qui est dans l'essence du genre. Or, il est de l'essence de l'Apologue que les animaux et les êtres insensibles pensent et par-lent comme nous. Mais puisque cette supposition est admise, toute contraire qu'elle est à la vérité, où commencera donc l'invraisemblance dans l'Apologue? Elle commencera aux actions, si elles sont physiquement impossibles, ou contraires à la nature des personnages. Expliquons clairement notre pensée.
    Une réflexion de Chamfort sur la fable de la Montagne en travail d' enfant, dont j'ai parlé dans la précédente Observation, va me servir pour entrer en matière. La Fontaine, en terminant cette fable, semble demander grâce au lecteur pour l'invraisemblance du récit; et certes, il y avait bien de quoi. Cependant Chamfort s'étonne de cette précaution du fabuliste. " Serait-ce (dit-il) qu'une montagne sur le point d'accoucher, lui aurait paru plus contraire à la vrai- semblance qu'une lime qui adresse la parole à un serpent ? Cela serait d'une grande bonhomie. " Je ne saurais être ici de l'avis du critique, malgré ce ton tranchant et décisif. Il faut bien se garder de confondre, dans le rôle qu'un fabuliste fait jouer à ses acteurs, deux choses extrêmement différentes : d'une part, les actions; de l'autre, les discours, les sentiments et les pensées. A l'égard des actions, il faut que le fabuliste se tienne rigoureusement dans les limites des choses physiquement possibles; il ne peut point faire nager un rocher, faire voler une montagne, faire danser des maisons ou des arbres, faire boire ou manger le clocher d'une cathédrale. Au contraire, dans la faculté de faire discourir et penser ses personnages, sa liberté n'a point de bornes : il n'est pas plus étonnant d'entendre parler une lime que d'entendre converser un chêne et un roseau : le genre le comporte ainsi. Mais il serait absurde et inouï que cette lime jouât de la flûte ou de la lyre, que ce chêne écrivit un madrigal ou un sonnet, ou qu'il fit un cent de piquet avec le roseau. Or, maintenant, revenons a la fable de la Montagne. Voici comment elle commence :
Une montagne en mal d'enfant
jetait une clameur si haute,
Que chacun, au bruit accourant,
Crut qu'elle accoucherait sans faute
D'une cité plus grosse que Paris.
    Ne voilà--il pas une fiction bien vraisemblable, qu'une montagne en mal d'enfant, qui pousse des cris horribles ? Et n'admirez-vous pas ces bonnes gens qui pensaient qu'elle accoucherait sans faute d'une cité plus grosse que Paris ? Rien n'était plus commun sans doute, à cette époque, que de voir les montagnes enfanter des cités, et de grosses cités ?...
    Mais passons a une autre fable, dont nous avions cité, plus haut, le sujet, comme très-heureusement choisi : c'est le Pot de terre et le Pot de fer. La Fontaine, malgré les détails charmants dont il l'a embellie, en a néanmoins altéré le fond, en faisant, contre toute vraisemblance, voyager à pied ses deux acteurs. Ces pots, qui entreprennent un voyage, et qui s'en vont sur trois pieds, clopin-clopant comme ils peuvent, sont une invention à la fois divertissante et absurde. Faerne, traitant le môme sujet, représente deux pots emportés par le courant d'une rivière. Dès lors Faction devient naturelle et vraie; on peut les voir, sans la moindre surprise, cheminer ensemble et s'entrechoquer : il n'y a que les pensées et les discours à ajouter, et là-dessus le droit du fabuliste est incontestable.
    Tel est donc, selon moi, le degré de vraisemblance où doit se renfermer l'Apologue. Je veux que l'action en elle-même soit possible, naturelle, appropriée aux facultés physiques des acteurs, conforme aux idées reçues; et je n'admets de suppositions et de mensonges que relativement aux motifs de cette action, aux sentiments, aux intentions et aux discours que le fabuliste prête à ses personnages. Je dis, en conséquence, que la fable de Faerne est vraisemblable, et que celle de la Fontaine l'est infiniment moins, ou plutôt ne l'est pas du tout. Mais celle-ci est bien plus plaisante ; et c'est sans doute ce que voulait notre conteur, avec son voyage à pied et cette marche dérangée au moindre hoquet qu'ils trouvent. On ne saurait imaginer combien ce poète est fertile en ressources quand il s'agit d'être plaisant : nous aurons occasion de revenir sur cette remarque.
    M'abandonnons pas le sujet de la présente Observation sans rappeler quelques autres fables où la vraisemblance n'est pas moins blessée. Tantôt c'est un homme qui enlève dans ses bras un énorme éléphant de pierre, et le porte au sommet d'une montagne; tantôt c'est Jupiter qui cherche un métayer pour une de ses fermes; ici, c'est la Chauve-souris, le Buisson et le Canard qui s'associent pour aller faire le commerce d'outre-mer, qui ont des comptoirs, des facteurs, des agents, qui sont ruinés par le naufrage de leur navire et la perte de leur cargaison, et presque réduits à porter le bonnet vert, c'est-à-dire à faire une banqueroute dans les formes; là, c'est un Lion éper-dument amoureux d'une jeune tille, et qui, pour l'obtenir du père, consent à se laisser limer les ongles et les dents; plus loin, ce sont tous les Animaux ensemble qui se réunissent pour envoyer une ambassade et un tribut à Alexandre; ce tribut devant être en espèces de cours,
On en prit d'un prince obligeant,
Qui, possédant dans son domaine
Des mines d'or, donna ce qu'on voulut.
    On voit que si l'ambassade des animaux est extraordinaire, la nature de leur présent ne l'est guère moins. Ceci nous conduit à une observation subsidiaire qui se rattache à la loi de la vraisemblance. Il ne faut pas, tout en prêtant aux animaux les caractères, les penchants, les habitudes morales des hommes, aller jusqu'à leur prêter les meubles, les vêtements, les ustensiles qui sont le produit de notre industrie; sans quoi l'Apologue dégénère en un travestissement burlesque, en une bouffonne caricature. La Fontaine, par goût pour la plaisanterie, tombe parfois dans ce défaut. A la mort du Lion, par exemple, les animaux ses sujets s'occupent de lui choisir un successeur. Jusque-là c'est fort bien : nous sommes dans les bornes de la vraisemblance exigée pour l'Apologue. Mais le fabuliste ajoute :
ne son étui la couronne est tirée :
Dans une chartre un dragon la gardait.
Il se trouva que, sur tous essayée,
A pas un d'eux elle ne convenait.
    Ici commence l'invraisemblance : cet étui, cette couronne, cette chartre, sont trop contraires à la vérité, et répugnent aux idées reçues. J'admets bien que l'on donne aux animaux les qualifications de roi, de prince, d'ambassadeur, parce que tout cela, n'étant que de simples titres ou de pures dénominations, n'a rien qui choque la réalité physique. Il n'en est pas de même pour le reste ; et le grand nombre de fables où cette licence s'est introduite ne prouve rien contre mon opinion : c'est un abus, que les bons esprits auraient dû des longtemps proscrire. Avec un peu d'imagination, je me figure sans peine que les animaux parlent, disputent, négocient entre eux, qu'ils ont des rangs, des distinctions, des professions même, analogues à leurs instincts et à leurs habitudes; mais je ne puis souffrir que leurs rois aient des sceptres et des couronnes, leurs ambassadeurs des carrosses, leurs magistrats des robes, leurs médecins des perruques. Il ne faut pas qu'on soit absurde sous prétexte d'être plaisant.
    Il se présente une dernière réflexion par rapport à la vraisemblance. Il y a tel sujet heureux auquel il faudra renoucer si l'on veut observer la règle proposée. Prenons-en pour exemple la Poule aux oeufs d'or. Que devient ce sujet de fable très-connu, si l'on en retranche les œufs merveilleux? Je réponds que rien n'empêche, alors, d'employer quelque moyen surnaturel, par exemple l'intervention d'une divinité; et, puisque nous sommes tombés sur cette fable, que la Fontaine, au reste, a racontée fort sèchement, voyons comment on aurait pu en tempérer l'invraisemblance par le procédé que j'indique.
    Commençons par transcrire ici le récit de notre fabuliste; nous examinerons ensuite si le fond ne pouvait pas être traité d'une manière à la fois plus agréable et plus conforme à la vraisemblance.
L'avarice perd tout en voulant tout gagner,
Je ne veux pour le témoigner,
Que celui dont la poule, à ce que dit la fable,
Pondait tous les jours un œuf d'or.
Il crut que dans son corps elle avait un trésor;
Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable
A celles dont les œufs ne lui rapportaient rien,
S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien.
Belle leçon pour les gens chiches !
Pendant ces derniers temps combien en a-t-on vus
Qui du soir au matin sont pauvres devenus
    Pour vouloir trop tôt être riches ! Le premier défaut de cette fable est d'être trop peu développée : on dirait que notre fabuliste ne fait que la citer en passant, et a propos d'autre chose. De plus, l'homme qu'il met en scène est d'une avidité trop empressée et trop irréfléchie pour être naturelle; car, en supposant même que sa poule eût été pleine d'or comme il le croyait, c'était certes bien peu de chose pour renoncer à l'œuf d'or qui lui venait tous les jours. Cette faute est toute entière de la Fontaine. Dans Ésope, il est dit seulement que la poule pondait des œufs d'or. Comme on peut supposer qu'elle pondait rarement, la sottise du mattre avare est plus croyable. Elle l'est encore plus dans Gabrias, où l'on voit simplement qu'une poule ayant un jour pondu un œuf d'or, son mattre crut qu'elle était pleine d'or, et la tua. C'était la ce qu'il fallait adopter. Venons-en à l'invraisemblance pour ce qui concerne l'œuf d'or, tout en regrettant que la Fontaine ne se soit pas donné le plaisir de développer ce sujet avec sa fécondité ordinaire. On pouvait nous montrer ici un habitant de la campagne, laborieux, ménager, économe, augmentant de son mieux son petit patrimoine des produits de son potager, de ses ruches, de sa basse-cour. Il recueille lui-même ces produits, et va les vendre à la ville voisine. Voilà l'occasion naturelle de parler des œufs frais d'une certaine poule au beau plumage, pondeuse assidue» et chérie du maître. Un jour un œuf d'or se trouve dans son nid: surprise du maître; ses raisonnements sur cet événement miraculeux ; ses projets de fortune : il consomme sa sottise. Alors on pourrait introduire un personnage surnaturel, une fée, un devin, uu sorcier, n'importe, qui viendrait lui déclarer que, par une volonté du ciel, sa poule doit dorénavant lui pondre, régulièrement tous les jours, un œuf d'or, en récompense de sa conduite sage et laborieuse. Ce personnage, en apprenant que notre homme vient d'égorger sa poule, lui reprocherait de s'être privé lui-même d'un pareil trésor. Je suppose que ce fût Mercure, qui, envoyé par Jupiter, viendrait lui annoncer la faveur du monarque des dieux, qui l'engagerait à bien nourrir sa poule et à la faire longtemps vivre. La confusion et le désespoir de l'homme, et l'indignation du dieu, produiraient une scène vive et animée. Mercure pourrait terminer la fable par une vive réprimande au villageois, d'où sortirait la moralité. "Je l'avais bien dit à Jupiter, que, pour la plupart de vos pareils, il n'y a qu'un pas de l'économie à l'avarice, et que vous cesseriez d'être sage dès que vous auriez com- mencé d'être riche.
— Les richesses les plus sûres sont celles qui viennent lentement, avec du temps et de la peine.....L'avidité perd tout en voulant trop avoir....." ou à peu près.
    Il me semble que par ce moyen, on adoucirait ce que le sujet a d'extraordinaire et d'invraisemblable. Les discours de l'avare, ceux de la poule elle-même, soit lorsqu'elle vient de pondre un œuf si nouveau, soit lorsqu'elle est saisie par son maître avide, seraient des accessoires assez naturels. Il est singulier que la Fontaine, si habile à mettre un sujet en œuvre, n'ait songé à rien de tout cela.


  Des fabulistes et des conteurs :

 
  Jean-Pierre Claris de Florian :   Jean-Pierre Claris de Florian est né à Florian près de Sauve, dans les Cévennes, le 6 mars 1755, perd sa mère très jeune, probablement à l'âge de deux ans.
     Familier du château de Sceaux et protégé de Voltaire (son oncle). Lauréat de l'Académie, le 6 mars 1788, Florian atteignit le sommet de sa gloire en y entrant , remplaçant le cardinal de Luynes.
     Banni de Paris pendant la Révolution, il fut emprisonné sous la Terreur. Il échappera à la guillotine lors de la chute de Robespierre, puis relaché au 9 thermidor ; Un an après il mourut des souffrances endurées pendant son emprisonnement, il avait alors 39 ans.
     Florian a écrit, entre-autres plusieurs fables, preque aussi belles que celles de La Fontaine, des pièces de théâtre ainsi qu' une traduction de Cervantès.
   Malade, Florian meurt à Sceaux, le 13 septembre 1794 .

  Etienne Fumars :
Etienne Fumars, fabuliste français, né près de Marseille, le 22 Octobre 1743, décédé en 1806 à Copenhague. Professeur des belles-lettres françaises à l'Université de Kiel de cette ville. Auteur de fables et de poésies diverses

   Marceline DESBORDES-VALMORE (Marceline DESBORDES :      Marceline DESBORDES-VALMORE (Marceline DESBORDES , dame), femme poète, née à Douai, en 1787 , fut d'abord cantatrice (1806 à 1817) en province et à l'Opéra-Comique.
Devenue auteur, elle a écrit : Élégies et romances (1818), Poésies (1829), les Pleurs (1833), Pauvres fleurs! (1839), Contes en vers (1840), Bouquets et prières (1843). Elle a en outre publié quelques romans et volumes de prose. —Mme Desbordes-Valmore est morte le 23 juillet.
    Marie-Catherine Le Jumel de Barneville : ... est née en 1650 à Barneville. La comtesse d'Aulnoy est l'auteur des contes de fées, contes très agréables. Elle est la fille de Jumel de Barneville. Mariée à contre-coeur à François de la Mothe, comte d'Aulnoy suite à un arangement de famille , elle aura cinq enfants avec lui.
   Son mari, le comte d'Aulnoy fut accusé de lèze-majesté, enfermé et menacé de perdre la tête, avant qu'un de ses trois accusateurs , pris de remords, n'avoua la calomnie. Madame d'Aulnoy doit se réfugier en Angleterre pour fuir la justice. Elle revient en France en 1685 suite au pardon du roi Louis XIV.
   La comtesse était une belle femme avec beaucoup d'esprit, et une grande éloquence. Elle était la nièce de la célèbre madame Desloges et la mère de madame de Héere.....
 
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