Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau. ...lire la suite. La Fontaine a mis a la fin de sa
XVe
fable, intitulée : La Mort et le
Malheureux, une note qui
confirme ce fait, sans que
Despréaux
y soit nommé
...lire la suite. Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants. ...lire la suite.
Proverbes.
" Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre." Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore :
Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée :
Petit homme abat grand chêne.
Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire,
c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour
allumer un incendie.
G. Duplessis - 1851.
Observations et reflexions sur l'apologue.
OBSERVATIONS ET RÉFLEXIONS CRITIQUES
SUR
LE GENRE DE L'APOLOGUE,
ET EN PARTICULIER
SUR LES FABLES DE LA FONTAINE;
Par M. DECAMPE,
un des quarante Mainteneurs.
IV OBSERVATION.
Aux réflexions contenues dans le chapitre précédent je veux ajouter une remarque relative à de certains sujets qui me paraissent, sous un autre rapport, s'éloigner aussi de l'essence de l'Apologue. Ou vient de voir qu'un assez grand nombre de fables, d'ailleurs intéressantes et pleines de charme dans l'exécution, sont véritablement vicieuses par le sujet, en ce qu'elles rentrent, suivant les cas , dans le domaine de la Comédie à interlocuteurs humains, dans celui du Conte, de l'Épigramme, ou de l'Allégorie proprement dite. Il en est d'autres qui sont proprement
DES EMBLÈMES PLUTÔT QUE DES APOLOGUES ; et ces
deux sortes de déguisements allégoriques ne doivent point être confondues. Deux exemples, pris dans la Fontaine, et par lui empruntés de ses devanciers, feront mieux comprendre ce que je veux dire.
Tout le monde connaît la Montagne qui accouche et une souris. Cette montagne est un emblème très-ingénieux des personnes qui promettent beaucoup pour ne rien tenir. Mais un emblème n'est pas un apologue : l'un est une image muette, et souvent immobile, delà vérité qu'on veut établir ou rappeler; l'autre doit présenter une action véritable, qui ait son exposition, son nœud, son dénouement ; une action dont les personnages soient censés agir conformément à leur instinct et à leurs moeurs, comme feraient, à leur place , les hommes , dont on leur prête, pour le moment, les passions , l'intelligence, et jusqu'au langage et aux habitudes sociales. Mais, de bonne foi, qu'est-ce qu'une montagne qui accouche d'une souris? Comment trouver ici ce qu'on appelle proprement une action ? Et s'il arrive véritablement qu'une souris vienne à sortir du creux d'une montagne , comment appeler cela un accouchement? Comment attribuer raisonnablement à cette montagne les ridicules et les torts do celui qui ne donne rien ou presque rien, après avoir promis de grandes choses ? On voit maintenant sans doute ce que j'ai d'abord voulu dire, et en quoi pèchent de pareils sujets. Du reste, un autre défaut de cette dernière fable, et bien plus sensible que celui qui nous occupe en ce moment, c'est de choquer l'espèce de vraisemblance exigée dans l'Apologue, et dont nous parlerons expressément dans une des Observations suivantes.
Voici maintenant l'autre fable que j'ai annoncée pour exemple, et dans laquelle ce dernier défaut, celui de l'invraisemblance, n'existe pas, sans qu'elle en soit pour cela meilleure. Elle est intitulée , le Satyre et le Passant. Ici, comme dans Ésope et dans Faerne, un Satyre donne l'hospitalité à un voyageur transi et affamé. Celui-ci souffle successivement sur ses doigts pour les réchauffer, et sur son potage pour le refroidir. Interrogé sur ce double usage , il en donne l'explication toute naturelle au Satyre, qui le congédie aussitôt, en disant : Arrière ceux dont la bouche
Souffle le chaud et le froid. N'en déplaise à messieurs les fabulistes, leur Satyre ne fait là qu'un pitoyable jeu de mots, qui supposerait la préexistence de l'emblème ; car ce n'est qu'emblé-raatiquement qu'une bouche qui souffle le froid et le chaud représente l'homo bilinguis. Le Satyre nfest donc qu'un mauvais plaisant, qui a interrogé son hôte sur une chose qu'il devait déjà connaître et pratiquer lui-même, et qui congédie fort gratuitement le pauvre voyageur. Il fallait trouver (observe à ce sujet Chamfort ) un autre emblème, une autre allégorie, pour " exprimer ce que la duplicité a de vil et d'odieux." Chamfort explique mal, sans doute, ce qu'il avait dans l'esprit. Ce n'est ni comme emblème ni comme allégorie, que l'homme qui souffle dans ses doigts est déplacé; au contraire, cet individu fournit, aussi-bien que l'homme à deux visages, une image assez juste de la duplicité et de la fourberie. C'est comme apologue que ceci est vicieux, parce qu'on y voudrait une action caractérisée par ses motifs et ses conséquences : il faudrait y voir la duplicité, coupable dans son principe et dangereuse dans ses résultats, pratiquée, censurée ou punie. Au lieu de cela,que voit-on? Un passant qui fait une chose très-innocente et très-sensée, en réchauffant ses doigts et en refroidissant son brouet. Les personnages n'agissent nullement ici dans la disposition d'esprit nécessaire à la moralité de l'apologue : il u'y a aucune ressemblance morale entre un fourbe et ce voyageur. Pour faire une fable sur la fourberie, il fallait mettre en scène des animaux qui mentissent, et non des créatures humaines qui ne mentent pas. Un pareil fait n'a pu fournir un sujet réel d'apologue, puisque l'action, par elle-même, ne renferme aucune leçon. Ce n'est donc point là une fable, c'est un emblème; et tous les sujets du même genre devront être proscrits pour les mêmes raisons.