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Observations et réflexions critiques sur le genre de l'apologue, et en particulier sur les fables de La Fontaine. 

  Par M. DECAMPE, un des quarante Mainteneurs.

   IV OBSERVATION.
    Aux réflexions contenues dans le chapitre précédent je veux ajouter une remarque relative à de certains sujets qui me paraissent, sous un autre rapport, s'éloigner aussi de l'essence de l'Apologue. Ou vient de voir qu'un assez grand nombre de fables, d'ailleurs intéressantes et pleines de charme dans l'exécution, sont véritablement vicieuses par le sujet, en ce qu'elles rentrent, suivant les cas , dans le domaine de la Comédie à interlocuteurs humains, dans celui du Conte, de l'Épigramme, ou de l'Allégorie proprement dite. Il en est d'autres qui sont proprement DES EMBLÈMES PLUTÔT QUE DES APOLOGUES ; et ces deux sortes de déguisements allégoriques ne doivent point être confondues. Deux exemples, pris dans la Fontaine, et par lui empruntés de ses devanciers, feront mieux comprendre ce que je veux dire.
    Tout le monde connaît la Montagne qui accouche et une souris. Cette montagne est un emblème très-ingénieux des personnes qui promettent beaucoup pour ne rien tenir. Mais un emblème n'est pas un apologue : l'un est une image muette, et souvent immobile, delà vérité qu'on veut établir ou rappeler; l'autre doit présenter une action véritable, qui ait son exposition, son nœud, son dénouement ; une action dont les personnages soient censés agir conformément à leur instinct et à leurs moeurs, comme feraient, à leur place , les hommes , dont on leur prête, pour le moment, les passions , l'intelligence, et jusqu'au langage et aux habitudes sociales. Mais, de bonne foi, qu'est-ce qu'une montagne qui accouche d'une souris? Comment trouver ici ce qu'on appelle proprement une action ? Et s'il arrive véritablement qu'une souris vienne à sortir du creux d'une montagne , comment appeler cela un accouchement? Comment attribuer raisonnablement à cette montagne les ridicules et les torts do celui qui ne donne rien ou presque rien, après avoir promis de grandes choses ? On voit maintenant sans doute ce que j'ai d'abord voulu dire, et en quoi pèchent de pareils sujets. Du reste, un autre défaut de cette dernière fable, et bien plus sensible que celui qui nous occupe en ce moment, c'est de choquer l'espèce de vraisemblance exigée dans l'Apologue, et dont nous parlerons expressément dans une des Observations suivantes.
    Voici maintenant l'autre fable que j'ai annoncée pour exemple, et dans laquelle ce dernier défaut, celui de l'invraisemblance, n'existe pas, sans qu'elle en soit pour cela meilleure. Elle est intitulée , le Satyre et le Passant. Ici, comme dans Ésope et dans Faerne, un Satyre donne l'hospitalité à un voyageur transi et affamé. Celui-ci souffle successivement sur ses doigts pour les réchauffer, et sur son potage pour le refroidir. Interrogé sur ce double usage , il en donne l'explication toute naturelle au Satyre, qui le congédie aussitôt, en disant :
Arrière ceux dont la bouche
Souffle le chaud et le froid.
    N'en déplaise à messieurs les fabulistes, leur Satyre ne fait là qu'un pitoyable jeu de mots, qui supposerait la préexistence de l'emblème ; car ce n'est qu'emblématiquement qu'une bouche qui souffle le froid et le chaud représente l'homo bilinguis. Le Satyre nfest donc qu'un mauvais plaisant, qui a interrogé son hôte sur une chose qu'il devait déjà connaître et pratiquer lui-même, et qui congédie fort gratuitement le pauvre voyageur. Il fallait trouver (observe à ce sujet Chamfort ) un autre emblème, une autre allégorie, pour " exprimer ce que la duplicité a de vil et d'odieux." Chamfort explique mal, sans doute, ce qu'il avait dans l'esprit. Ce n'est ni comme emblème ni comme allégorie, que l'homme qui souffle dans ses doigts est déplacé; au contraire, cet individu fournit, aussi-bien que l'homme à deux visages, une image assez juste de la duplicité et de la fourberie. C'est comme apologue que ceci est vicieux, parce qu'on y voudrait une action caractérisée par ses motifs et ses conséquences : il faudrait y voir la duplicité, coupable dans son principe et dangereuse dans ses résultats, pratiquée, censurée ou punie. Au lieu de cela,que voit-on? Un passant qui fait une chose très-innocente et très-sensée, en réchauffant ses doigts et en refroidissant son brouet. Les personnages n'agissent nullement ici dans la disposition d'esprit nécessaire à la moralité de l'apologue : il u'y a aucune ressemblance morale entre un fourbe et ce voyageur. Pour faire une fable sur la fourberie, il fallait mettre en scène des animaux qui mentissent, et non des créatures humaines qui ne mentent pas. Un pareil fait n'a pu fournir un sujet réel d'apologue, puisque l'action, par elle-même, ne renferme aucune leçon. Ce n'est donc point là une fable, c'est un emblème; et tous les sujets du même genre devront être proscrits pour les mêmes raisons.



 

Les fables de Jean de la Fontaine, avec des explications :

***  La fable Le Chêne et le Roseau, par Bernardin Saint-Pierre.
***  La fable "Le Corbeau et le Renard" expliquée par J.J. Rousseau.
***  La fable : Le Vieillard et les trois Hommes. expliquée par Charles Batteux.
***  La fable Le Chêne et le Roseau, par Charles Batteux.
***  La fable "Les Lapin" devloppée par Batteux.
***  La fable " La Cigale et la Fourmi" analysée par Alfred de Courcy.


Articles et fabulistes à voir...
Portrait biographique de Jean de La Fontaine . Sa jeunesse.
— Jean de la Fontaine naquit, le 8 juillet 1621, à Château-Thierry. Son père était maître des eaux et forêts, et sa mère, Françoise Pidoux, fille d'un bailli de Coulommiers. Son éducation paraît avoir été fort négligée; on lui laissait lire, à l'aventure, tout ce qui lui tombait sous la main; et, de bonne heure, il prit l'habitude d'obéir à son caprice ou aux impressions du moment. Quelques livres de piété prêtés par un chanoine de Soissons ayant ému son imagination, il crut d'abord qu'il avait du goût pour l'état ecclésiastique ; et, vers sa vingtième année, il entrait à l'institut de l'Oratoire, puis au séminaire de Saint-Magloire, à Paris1. Mais il s'aperçut vite de sa méprise, et en 1641 revint chez son père, la suite....

La continuation des Mille et une Nuits.
Avant de parler de la continuation des Mille et une Nuits qu’on publie aujourd’hui, il est nécessaire de dire quelque chose de l’original arabe, et de la partie déjà traduite par M. Galland.
Les manuscrits complets des Mille et une Nuits sont rares, non-seulement en Europe, mais même en Orient ; et tous ne se ressemblent pas exactement. La Bibliothèque Impériale de Paris possède deux exemplaires des Mille et une Nuits, qui sont tous deux fort incomplets. la suite ...

La Moralité de chaque Fable de La Fontaine développée et prouvée par un trait historique ou biographique.
En publiant le La Fontaine en action, nous n'avons qu'un but, c'est de vulgariser l'admirable morale des maximes du grand fabuliste, en les appuyant d'un exemple qui les fixe plus facilement et plus profondément dans l'esprit des jeunes gens ; c'est en un mot de leur venir en aide pour qu'ils fassent d'eux-mêmes l'application de la règle, et profitent des excellents conseils de cet écrivain immortel. Les exemples choisis, se rapportant pour la plupart aux grands faits historiques , la suite....

Origine des fables de Jean de la Fontaine.
Je n'hésiterais donc pas à regarder comme empruntés par La Fontaine tous les sujets qu'il renferme et que l'on retrouve dans les six premiers livres de notre fabuliste, si Phèdre et Horace n'en réclamaient pas un certain nombre : ce n'est pas sans balancer que j'indique les quatre fables suivantes comme ayant leurs sources dans les satires et dans les épîtres du lyrique latin.. la suite....

Franc-Nohain:
Maurice Étienne Legrand, dit Franc-Nohain, né le 25 octobre 1872 à Corbigny et mort le 18 octobre 1934 à Paris, avocat, sous-préfet, écrivain, librettiste, poète.
Il choisit Nohain comme nom en hommage au cours d'eau traversant Donzy, lieu de ses vacances d'enfance. Avec André Gide et Pierre Louÿs , il fonde "Potache revue" la suite.... .

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