A. C. M. Robert.
A. C. M. Robert était né a Paris. On croit qu'il fit en premier lieu un livre de pharmacie ou de médecine au Val-de-Grâce. dont il était d'abord pharmacien-major démonstrateur. Ses ouvrages sont au nombre de trois : 1° Fables Inédites des XIe, XIIIe et XIVe siècles, et les Fables de La Fontaine, rapprochées de celles de tous les auteurs qui avaient, avant lui, traité les mêmes sujets (1825); 2° Partonopeus de Blois, publié pour la première fois d'après le manuscrit de la bibliothèque de l'Arsenal, Paris, Crapelet, 1834. (publié sous le nom de l'éditeur, mais il est de notoriété publique que l'ouvrage est de M. Robert); 3° Fabliaux inédits tirés du manuscrit de la Bibliothèque du Roi, en 1830 ou 1829 (Paris, de l'imprimerie de Riguoux. 1834, ).
Fables inédites des XIIe, XIIIe et XIVe siècles. - Tome premier 1825.
Notice sur les fabulistes par A. C. M. Robert : 1 - 2 - 3 - 4 - 5
Je crois que beaucoup de personnes penseront avec moi que le manque de précision n'est pas le seul défaut de cette définition, énoncée d'ailleurs en termes qui tiennent un peu trop du langage de l'école.
En 18o3, M. l'abbé Guillon publia un ouvrage considérable sous ce titre : La Fontaine et tous les Fabulistes, ou La Fontaine comparé avec ses modèles et ses imitateurs. J'ai peu profité de ce travail recommandable ; car j'ai cru ne pas devoir employer une partie de ses indications, et l'autre se trouvait en ma possession dans les nombreux matériaux qui m'ont engagé à entreprendre mes recherches : je lui dois cependant la connaissance d'une fable dans Apulée, et l'indication des fables de J. Gerson. M. Guillon me paraît avoir peu consulté les manuscrits, et j'en ai fait un fréquent usage. Je n'ai point parlé non plus des imitateurs.
M. Solvet, en 1812, a publié sous le titre d'Études sur La Fontaine, le Commentaire de Chamfort sur les Fables. J'ai connu un peu tard cet ouvrage; mais les additions de M. Solvet n'ont pu me servir, parce que, recherchant les auteurs que La Fontaine a consultés, suivant lui, mon plan était tout-à-fait différent; cependant il a fait connaître plusieurs sources qui paraissent avoir été ignorées de M. Guillon.
Les Recherches sur les auteurs dans lesquels La Fontaine a pu trouver les sujets de ses fables, publiées par M. Guillaume en 1822 , m'ont été beaucoup plus utiles. C'est à cet ouvrage que je dois la connaissance des. Sermons de Robert Messier, de Jacques de Lenda et Jean de Gristch. C'est encore lui qui m'a indiqué Tristan l'Hermite, le Tombeau de la Mélancholie, le Promptuarium exemplorum , .et la Narquoise Justine, quoique je n'aie pas cru devoir citer ce dernier roman.
Dans les manuscrits de M. le cardinal de Loménie de Brienne et dans les ouvrages dont je viens de parler, j'ai trouvé environ 800 fables que l'on donne comme analogues à celles de La Fontaine; mais en les examinant avec plus d'attention, j'ai reconnu que beaucoup étaient citées mal à propos, et que plusieurs autres n'offraient que des traductions inutiles à placer après les originaux. Je n'ai pas cru devoir en conserver plus d'un tiers. J'ai usé d'une sévérité encore plus grande envers celles que j'avais moi-même rassemblées. L'Ésope du docteur Coraï, par exemple, m'a dispensé de citer Aphthone, Sintipas, Ptutarque, Themisrius, etc., puisqu'il réunit les fables de tous ces auteurs : les traductions en prose ont été presque toujours éloignées; j'ai cependant indiqué quelques versions françaises qui m'ont paru mériter cette exception par un style original ; mais c'est à peu près aux auteurs du quinzième siècle amie j'ai borné ce genre d'indications. J'ai quelquefois donné la préférence au traducteur sur l'auteur original. Plutarque, par exemple, se trouvant indiqué par les fables d'Ésope de l'édition de M. Coraï, je n'ai indiqué que la version d'Amyot ; c'est ce que j'ai fait aussi pour Vincent de Beauvais et la Merdes Histoires, parce que les fables latines que présentent les deux ouvrages latins sont exactement celles de Romulus. On verra aussi qu'en citant Bidpaï, je n'ai pas cru devoir indiquer Jean de Capoue, Doni, etc., et les autres versions du fabuliste oriental : si l'on rencontre pourtant leurs noms cités quelquefois, c'est que l'on a voulu désigner des fables ajoutées par eux à l'auteur original. Malgré toutes ces réductions, on trouvera que le nombre de mes citations s'élève à plus de 3ooo; mais la chose paraîtra moins étonnante, lorsque l'on réfléchira au grand nombre d'auteurs qui me les ont fournies : il va à près de 3oo.
Je me suis presque toujours abstenu de rappeler les allusions faites aux fables anciennes par divers auteurs; mais lorsqu'ils rapportent une fable tout entière, j'ai cru devoir citer l'endroit qui pourra l'offrir aux lecteurs : car, outre la tournure différente dans les termes ou dans le récit, la place qu'elle occupe peut distraire agréablement de la monotonie qui doit résulter de la lecture de plusieurs fables sur le même sujet : les historiens, surtout offrent par là un grand intérêt, et Phèdre, en faisant raconter par Ésope aux Athéniens, las du joug de Pisistrate, la fable des Grenouilles qui demandent un roi, ne donne-t-il pas à.son apologue le mérite de l'à-propos. Deux fois j'ai rapporté des traits historiques qui convenaient si bien à l'action et à la moralité des fables, que je n'ai,pas cru pouvoir les en écarter. C'est, entre autres, sur la fable de Phèdre dont je viens de parler, que,j'ai pensé bien faire en ajoutant le fait rapporté par Valère Maxime, au sujet d'une vieille femme qui priait pour Denis le tyran. Je regrette môme de n'avoir pas mis à la suite de la vingt-quatrième fable de La Fontaine, Conseil tenu par les rats, la narration que l'on en fit aux grands seigneurs écossais conspirant contre les favoris de Jacques III : (J'attacherai le grelot moi-même, répondit Archibald Duglas. Il se saisit en effet du comte de Mar et de ses adhérents; et après le succès de la conjuration, il reçut le surnom d'Attache-grelot ( Belthe-cat ; mot à mot : la cloche au chat.)
Parmi les indications placées à la suite de chaque fable, on trouvera encore celles de quelques auteurs, Virgile, Horace, etc., qui n'ont fourni à La Fontaine que des sujets de traduction ou plutôt d'imitation, sous le rapport du style et des pensées. Autant que cela m'a été possible, j'ai joint sur-le-champ les objets de comparaison, afin de faire sentir immédiatement les ressemblances.
Dans cette longue énumération de tant d'auteurs, j'ai suivi l'ordre chronologique pour chaque langue, en mettant en tête les Grecs et les Latins, et puis ceux qui ont écrit dans les langues modernes dérivées du latin ; ensuite les Allemands, que j'ai fait suivre par les fabulistes en langues tudesques, et enfin j'ai placé sans suite les Orientaux. J'ai suivi le même ordre et les mêmes dispositions dans les notices que je donne sur ces différents écrivains ; et c'est dans cette partie de mes recherches que l'on reconnaîtra mieux les principes que j'ai suivis, et que je ne pourvois exposer à présent qu'à l'aide de trop longs développements.
Les premières éditions des fables de La Fontaine, celles faites sous ses yeux, sont ornées de gravures. Je regarde ce luxe comme inutile et comme souvent dangereux , parée qu'il est quelques fables dont les sujets ne peuvent fournir au burin que des images difficiles à rendre, et capables même d'induire en erreur sur le véritable sens de l'apologue. Il en est qui refusent absolument de se prêter aux arts du dessin. La Fourmi et la Mouche, dans leur dispute sur la prééminence, peuvent être placées auprès de quelques brins d'herbe, au coin d'un champ de blé ; mais où placer la Cigale et la Fourmi do la première fable ? Quelles proportions pourra-t-on leur donner dans un tableau qui ne peut présenter que des maisons ou des arbres dépouillés de verdure ? Car on ne peut y mettre autre chose, dans une saison où la cigale cherche en vain
Quelqne peu pour subsister.
Si l'éditeur choisit l'action à représenter, ne génera-t-il pas le talent du dessinateur ? Et si ce choix est abandonné à l'artiste, ne cherchera-t-il pas plutôt ce qui pourra faire le pUisi. briller son talent, sans s'embarrasser des rapports, avec la. fable écrite; il devrait pourtant s'occuper principalement du texte pour éviter des contre-sens souvent remarquables. On montrait à une petite fille de La Fontaine la superbe édition des fables de son aïeul, imprimées au Louvre par ordre du Roi, La première figure qui se présente est celle qui accompagne la Laitier et le Pot au lait : l'enfant la critique avec, une rare sagacité , en se contentant répéter, d'une voix timide :
Cotillon simple et souliers plats.
L'artiste, pour je conformer, aux; goûts du temps et, sans respecter le texte, avait donné à sa villageoise des souliers à, hauts talons, comme on en portait plus particulièrement à la, ville, et cette faute existe encore dans l'édition dont je viens, de parler. Le genre de celles que je présente au public éloignel'emploi de semblables ornements ; aussi est-ce sous un tout
autre point de vue que l'on doit considérer les figures qui ladécorent.
J'ai seulement indiqué les fables imprimées dont les sujets se rapprochent plus ou moins de celles de La Fontaine; mais j'ai voulu donner entièrement celles qui étaient inédites ; j'ai même pensé que ce serait la partie la plus intéressante des recherches que je publie. J'ai conservé avec une exactitude scrupuleuse le texte des manuscrits, quoiqu'il fut aisé de voir qu'un grand nombre de fautes venaient de l'impéritie des copistes : j'entrerai plus tard dans de plus longs détails sur l'importance de cette publication, qui fera connaître un peu mieux le mérite de notre ancienne littérature, que l'on néglige trop injustement. Parmi ces manuscrits, celui qui renferme, les fables d'Ysopet I et d'Ysopet-Avionnet, mérite une attention particulière, parce qu'il est le seul complet, et que c'est celui-là même qui fut présenté à la reine de France, Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe de Valois. L'état de dépérissement dans lequel il est déjà depuis près de deux siècles demandait qu'il fut arraché à une entière destruction dont le temps le menace chaque jour ; nous avons dont cru rendre un véritable service en reproduisant, avec toute l'exactitude possible, les quatre-vingt-cinq immatures qu'il renferme. On pourrait presque dire que ces gravures sont autant de fac simile; mais le mérite même de ces dessins; au moment où ils furent faits, était une nouvelle recommandation que nous n'avons pas cru devoir négliger. Ce ne sera pas, nous l'espérons, une chose inutile à l'histoire des beaux-arts ; elle pourra nous mettre en garde contre la prévention qui nous fait quelquefois assigner une date à ces esquisses, d'après, l'impression que leur aspect produit sur nous. Ces figures cependant, si on les juge seules, paraîtront au-dessous dé l'éloge que nous en faisons et n'intéresseront que par le ridicule de l'exécution; mais si on les compare aux miniatures des manuscrits du même temps, on ne pourra se refuser à reconnaître leur supériorité ; et c'est pourvue l'on puisse faire' facilement cette comparaison, que nous avons ajouté quelques gravures, en petit nombre, dont les sujets ont été fournis par des livres exécutés à la' même époque.
Mon intention, je le répéterai encore, en me livrant aux recherches que je publie à présent, n'a jamais été d'indiquer les sources où notre immortel fabuliste a puisé; je suis bien persuadé que la plupart d'entre elles lui ont été totalement inconnues. J'ai seulement voulu mettre le lecteur à même de juger des diverses manières dont, avant lui, les mêmes sujets avaient été traités par les différents auteurs qui les employèrent : j'ai cependant annoncé plus haut que j'exposerais mes conjectures sur les fables qui me paraissent avoir servi de modèles aux siennes. Le faire à présent me semblerait difficile et peu convenable. Je me propose, en parlant de chacun des auteurs que j'ai cités, de faire voir le degré de probabilité que peuvent avoir mes opinions à cet égard, et ce n'est qu'à la suite de ces notices particulières que je les présenterai réunies.
Je devrais commencer par La Fontaine cette autre partie de mes prolégomènes; mais que pourrais-je en dire ? Sa vie a été publiée par plusieurs auteurs : les nombreux éloges que l'on a faits de lui peuvent être regardés comme autant de dissertations sur. ses Œuvres : enfin, l'Essai sur sa vie et ses ouvrages, par M. le baron Walknaer, me semble avoir épuisé tous les moyens de satisfaire encore la curiosité dès lecteurs , qu'excite toujours l'intérêt que l'on prend à tout ce qui concerne le Bon Homme. On cherchera donc dans les divers écrits, dont je viens de parler ce que j'omets ici à dessein. Je n'entrerai dans aucun détail relativement à sa vie, dont je me bornerai à présenter quelques dates qui nous serviront à faire connaître, d'une manière certaine, les auteurs que l'on doit regarder comme ses prédécesseurs : car plusieurs d'entre eux ont été ses contemporains. On verra même figurer parmi ceux auxquels il emprunta des sujets de fables, un jeune prince né seulement lorsqu'il était déjà sexagénaire.
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