Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau. ...lire la suite. La Fontaine a mis a la fin de sa
XVe
fable, intitulée : La Mort et le
Malheureux, une note qui
confirme ce fait, sans que
Despréaux
y soit nommé
...lire la suite. Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants. ...lire la suite.
Proverbes.
" Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre." Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore :
Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée :
Petit homme abat grand chêne.
Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire,
c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour
allumer un incendie.
G. Duplessis - 1851.
A. C. M. Robert
A. C. M. Robert était né a Paris. On croit qu'il fit en premier lieu un livre de pharmacie ou de médecine au Val-de-Grâce. dont il était d'abord pharmacien-major démonstrateur. Ses ouvrages sont au nombre de trois : 1° Fables Inédites des XIe, XIIIe et XIVe siècles, et les Fables de La Fontaine, rapprochées de celles de tous les auteurs qui avaient, avant lui, traité les mêmes sujets (1825); 2° Partonopeus de Blois, publié pour la première fois d'après le manuscrit de la bibliothèque de l'Arsenal, Paris, Crapelet, 1834. (publié sous le nom de l'éditeur, mais il est de notoriété publique que l'ouvrage est de M. Robert); 3° Fabliaux inédits tirés du manuscrit de la Bibliothèque du Roi, en 1830 ou 1829 (Paris, de l'imprimerie de Riguoux. 1834, ).
Notice sur les fabulistes par A. C. M. Robert conservateur de la bibliothèque de sainte geneviève. 1825
La Fontaine ne s'est pas donné pour l'inventeur des fables qui portent son nom ; il les a intitulées : Fables choisies , mises en vers. Ce ne serait donc pas vouloir lui ravir une partie de sa gloire que de chercher les sources où il a puisé : ce seroit même, en quelque sorte, accroître le mérite de son ouvrage, que de mettre ce qu'il a fait en parallèle avec ce qu'il a imité; mais en indiquant les auteurs qui, avant lui, avoient traité les sujets dont il s'est servi, mon intention n'a point été de les présenter comme ses modèles; mon dessein a été seulement de mettre le lecteur à portée de comparer aux chefs-d'œuvre de notre fabuliste, tout ce qui avoit été fait avant lui. On trouvera plus tard, il est vrai, quelques probabilités sur ceux de ses prédécesseurs auxquels il paraît avoir donné la préférence pour, telle ou telle fable; mais ce sont de simples doutes que je soumets au jugement des érudits.
Parfois égalé dans le conte, souvent surpassé dans les autres genres de poésies auxquels il s'essaya, c'est seulement à ses fables que La Fontaine dut le surnom d'Inimitable, titre d'autant plus étonnant que donné exclusivement et d'un consentement unanime à un imitateur, chaque jour la postérité se plaît à confirmer le jugement qui le lui conféra presque de son vivant. Il fait sentir bien plus vivement encore à quelle hauteur désespérante, dans l'apologue, il est resté seul au-dessus de tous ceux qui l'ont suivi jusqu'à nos jours dans la même carrière.
Les plus illustres écrivains du siècle de Louis XIV furent les amis du bon homme et leurs chefs-d'œuvre furent cruellement poursuivis par l'envie, qui parut ne pas oser attaquer les fables. Je parlerai cependant, par la suite, de quelques critiques de détail qu'elles essuyèrent; mais si, parmi tant d'admirateurs, il se trouva si peu de jaloux, c'est que La Fontaine a encore cela de particulier que de chacun de ses lecteurs il se fait un ami : Voltaire seul eut la prétention de vouloir résister à l'entraînement général. « Il m'a écrit à moi-même, dit La Harpe dans sa Correspondance littéraire, en parlant du poète de Ferney, il m'a écrit qu'il ne pensait pas de La Fontaine autant de bien que nous, à beaucoup près ». Cependant, malgré une volonté bien prononcée de ne pas reconnaître les beautés du fabuliste, l'auteur de Zaïre fut quelquefois forcé de céder à l'admiration à laquelle il voulait se soustraire, comme le prouve le mit suivant.
A son petit lever, entouré de littérateurs français qui, presque seuls, y étaient admis, le roi de Prusse Frédéric II parlait des fables de La Fontaine avec cet enthousiasme bien senti que l'on ne peut feindre : Voltaire, dont on connaît la jalouse irascibilité, choqué de ces éloges qu'il trouvait fort exagérés, s'oublia au point de dire, que si l'on examinait de sang-froid ces fables si vantées, il ne s'en trouverait peut-être pas une qui fut à l'abri de la critique même la plus indulgente. Le monarque défia le poète de prouver ce qu'il venait d'avancer. Honteux de revenir sur ses pas, celui-ci accepte le défi, et le lendemain, à la même heure, devant les mêmes personnes, il trouve un superbe exemplaire des fables que le prince avait fait placer sur sa propre table. « Je n'irai pas, dit-il, chercher la plus mauvaise; j'ouvre le livre au hasard ». Il Lit la première qui se présente, et n'ose la blâmer. Avec l'opiniâtreté d'un enfant gâté, sa main tremblante agite les feuillets du recueil ; il en lit une seconde, puis une autre, une quatrième enfin : chacune, malgré lui, le séduit à son tour, et cédant à son impatience, ii fait voler l'ouvrage dans le cabinet, en s écriant : « Ce livre n'est qu'un ramas de chef-d'oeuvre » ! Le prince enchanté du triomphe de son auteur favori, pardonna an vaincu l'irrévérence de son procédé.
Si Voltaire, en réparation de son injustice, eût été condamné à tire les divers apologues écrits avant La Fontaine sur les mêmes sujets qui venaient de lui arracher cette singulière alliance de mots, avec quelles délices ne serai t-il pas arrivé à ces charmantes fables qu'il voulait dénigrer. Loin donc de nuire à la réputation de notre auteur, les recherches que je présente ne pourraient que l'augmenter, si la chose était possible; elles a voient d'ailleurs été commencées par de sincères admirateurs du poète de la Champagne.
M. de Foncemagne tenait de madame Pons de Saint-Maurice une note des fables antérieures à celles que La Fontaine avait publiées : il la remit au savant Grosley de Troyes : celui-ci, zélé pour la gloire de la Champagne et passionné pour l'homme à qui cette province doit sa plus grande illustration, résolut d'accroître le nombre des indications qu'il avait reçues : il fut aidé dans ce travail par M. Adry, son ami, dont toute la vie fut consacrée à des études sur la fable et les fabulistes : malgré leurs soins, cette notice était bien peu considérable, lorsque M. Grosley la transmit à un homme non moins recommandable par ses qualités personnelles que par les grandes dignités dont il fut revêtu dans l'état. L'étendue de ses connaissances devait faire espérer un prompt accroissement à cette collection : elle devint, en effet, si nom breuse que l'on crut terminées des recherches qui ne forment que la plus petite partie de celles dont j'offre aujourd'hui le résultat.
En 1795, cette collection fut connue, dans l'état où elle était, par les leçons de M. Sélis au collège de France. Dès lors j'en avais reconnu l'imperfection , que mon père s'effor-çait de diminuer en en remplissant les nombreuses lacunes : de mon côté, heureux de consacrer à la culture des lettres le peu de loisir que laisse l'étude des sciences exactes, j'ajoutais quelques matériaux à ce dépôt formé par les hommes illustres qui s'en étaient occupés.
Devenu possesseur du fruit de leurs nombreux travaux, je crus devoir consulter plusieurs littérateurs distingués, sur les moyens de rendre utiles au monde savant les richesses renfermées dans les manuscrits que j'avais entre les mains. Tous me conseillaient de les publier; mais tous s'accordaient sur la nécessité de rendre cette collection aussi complète qu'il serait en mon pouvoir de le faire. Ils ne me recommandèrent pas moins d'en éloigner tout ce que j'y trouverais de défectueux ou de superflu. Persuadé que le premier mérite d'un compilateur était une scrupuleuse fidélité, j'osai me charger d'une entreprise aussi longue que difficile; j'ai lu, j'ai relu plus d'une fois un grand nombre d'ouvrages ; j'ai souvent comparé les manuscrits entre eux et avec les imprimés ; pour ces derniers, j'ai consulté les éditions les plus anciennes à côté des publications les plus récentes; enfin, autant que la chose m'a été possible, j'ai puisé aux sources mêmes qui m'ont été ouvertes largement par les bons et généreux offices de MM. les conservateurs et employés de la Bibliothèque du Roi et des autres Bibliothèques publiques. Chargé, grâce à ces respectables gardiens de nos trésors littéraires, de nombreuses richesses, je n'ai pas tardé à sentir que cette abondance elle-même pouvait devenir nuisible, et rendre stériles les travaux de ceux qui avaient commencé ces recherches et ceux que j'avais entrepris pour achever leur ouvrage. Je m'étais promis d'être utile, et je craignis de n'être qu'importun, en surchargeant la littérature d'une compilation indigeste dont le poids ne ferait qu'inspirer le dégoût pour ce genre d'érudition. Arrivé aux deux tiers de la vie, je sentais se joindre a l'amour que j'avais toujours eu pour le Bon Homme, le besoin de lui témoigner ma reconnaissance de toutes les jouissances, de toutes les consolations que je lui de vois, depuis le moment où le développement de mes facultés intellectuelles m'avait permis de confier à ma mémoire la première et non la meilleure de ses fables. Je m'étais promis d'élever à sa gloire un modeste monument, et je me voyais réduit à ne lui offrir qu'un lourd amoncèlement de matériaux informes; je voulais tout dire, et je craignais de dire trop; je ne voyais aucun moyen d'échapper à cet embarras, lorsque j'eus le bonheur de rencontrer dans une protection éclairée, et de puissants encouragements pour la publication de mon travail, et, ce qui me semble bien plus précieux, d'utiles conseils qui me donnèrent le moyen, en publiant mes recherches, de les abréger sans en rien retrancher.
Mais il ne m'a pas semblé inutile de donner auparavant, sur les auteurs que j'ai cités, des notices que j'ai fort abrégées pour le plus grand nombre d'entre eux : j'ai donné un peu plus d'étendue à celles que j'ai consacrées aux auteurs les moins connus ou les moins bien connus : je vais même faire précéder cette partie de mes prolégomènes par une exposition simple et franche des principes qui m'ont guidé dans le choix des fables que j'indique. Il serait impossible de rendre un compte détaillé des motifs qui m'ont déterminé à choisir ou à rejeter chacune d'elles : je me bornerai à justifier en général les préférences que j'ai données aux unes, les exclusions qui ont été le partage des autres.
M'arrêter à une bonne définition de la fable, examiner ce qui la sépare exactement de plusieurs autres genres voisins, faciles à confondre avec elle, reconnaître les règles de cette branche de la littérature, voilà les premiers objets qui se présentèrent à mon étude lorsque je voulus coordonner les nombreux matériaux que j'avais ramassés de toutes parts : je n'obtins pas de ce travail des résultats bien satisfaisants. Les définitions, en effet, les règles ne peuvent être que le résultat des méditations des autres hommes sur les créations du génie: la poétique, la rhétorique d'Aristote, sont postérieures aux chefs-d'œuvre d'Homère, de Sophocle, d'Euripide, etc. C'est aussi plusieurs siècles après Ésope qu'Aphtone nous présente cette définition pour la fable : « L'apologue, dit-il, est un discours imaginé pour représenter la vérité par de cer-« taines images. » Quel sens pouvons-nous trouver dans ces expressions ? elles sont vagues et n'offrent rien de satisfaisant à l'esprit : on se contenter oit plutôt de ce que dit Phèdre dans le petit nombre de vers qui précèdent son recueil : il se propose d'amuser en même temps et d'instruire ; mais c'est une loi commune à tous les genres de littérature; c'est le but vers lequel doivent se diriger tous les hommes qui écrivent pour leurs semblables : réunir l'agréable à l'utile n'est-il pas le précepte si connu d'Horace, qui le prescrit à tous les écrivains, de quelque nature que soient leurs ouvrages ?»
Ce fut après La Fontaine que parurent un grand nombre de définitions pour la fable, qu'il venait, pour ainsi dire, de créer de nouveau. On eut successivement celles de La Mothe-Houdart, de Richer, de Batteux, de Breitinger, etc. Un des écrivains les plus remarquables de l'Allemagne, Lessing, auquel nous devons des fables très-ingénieuses, discuta le mérite de chacune de ces définitions, et n'eut pas de peine a prouver qu'aucune d'elles ne pouvait être admise : il mit leurs défauts en évidence; mais celle qu'il proposa en est-elle exempte ? Je la rapporte ici pour montrer combien il est difficile d'établir des principes généraux. La voici : « Lorsque l'on ramène une proposition morale générale à un événement particulier, que l'on donne la réalité à cet événement, et que l'on en fait une histoire dans laquelle on reconnaît intuitivement la proposition générale, cette fiction s'appelle une fable. »