AVIANUS ou AVIENUS ( Rufus Festus). 

A la suite des désastres causés à la république des lettres par l'invasion des Barbares, les fables d'Avienus ne tardèrent pas a sortir des ruines qui renfermaient tant d'ouvrages plus précieux, et qui semblent entièrement perdus pour nous. Il est un des derniers auteurs qui écrivirent avant cette funeste catastrophe. Tout ce qui a rapport à lui ne nous est présenté qu'avec la plus grande incertitude. Une épître qu'il adresse à un certain Théodose ' et qu'on lui attribue, non sans raison, peut jeter quelque jour sur celui de ses ouvrages qui nous intéresse le plus, et qui semble être le seul échappé au naufrage qui enleva tous les autres : il avait, dit-on, mis en vers tous les livres de Tite-Live, et ce travail, qui nous semble assez ridicule, se fait regretter aujourd'hui, que la perte d'une grande partie de l'histoire de l'écrivain de Padoue nous fait sentir le mérite qu'aurait pour nous cette singulière composition. On croit qu'Avienus était Italien, quelques-uns disent Espagnol, et qu'il vivait sous le règne de Théodose le jeune, de Marcian et de Léon.
Les fables d'Avienus sont au nombre de 42, comme il le dit dans l'épître dont nous avons parlé. Elles sont en vers élégiaques, et le style annonce la décadence presque complète de la langue latine : dans le peu de lignes qu'il écrit à Théodose, il nous donne des renseignements précieux sur Babrius et sur Phèdre. Deux manuscrits de la Bibliothèque du Roi nous prouvent qu'il partagea l'honneur d'être mis en prose, avec les deux auteurs dont il a parlé. Je crois que l'on me pardonnera de mettre ici la première de ses fables, qui a subi comme les autres cet étrange supplice, ainsi que la plupart des vers qui ne furent pas alors entièrement détruits.

* Cum mulier è clamosis parvuli vagitibus tœdiata, puerum in sut com-motione, eit, lacerandum luporum dentibus commendare, lupus quidam noctiva gressus tunc forte esset tecta perambulans et verbis mulieris quae audierat nimis credulus, prœdam suam de puero ad ostium exspectavit; sed tandem quiescente parvulo et nutrice eidem blanditiis alludente, sensit se in promissis deceptum : timensque adventum diei et canum, ad lustra sua famelicus rediit et jejunus : cumque lupa uxor ejus eum increparet quod in conspectu ejus rediens, vacuus appareret: Ne mireris, ait, fraude maligna deceptum. — Vix miserum vacua delituisse fuga : — Nam quae proeda, rogo, quae spes contingere posset,—Jurgia nutricis cum milui verba darent. — Hœc sibi dicta putet seque hac sciat arte notari, — Femineam quisquis credidit esse fidem.

On peut voir, par cette seule fable, la manière dont on défigurait alors les vers des anciens poètes : cependant, à la fin de cette pièce, on retrouve cinq vers tout entiers, et qui seulement étaient écrits comme de la prose. Nous les avons distingués par des — . Il n'est pas étonnant que, dans des cas semblables, sans mauvaise intention, les copistes aient défiguré les vers, soit par quelques inversions, soit par l'oubli de quelques mots; mais la première partie de cette fable présente des altérations faites à dessein, et non par des écrivains qui copiaient le latin et même le français, sans savoir ces deux langues. On verra tout-à-l'heure le même dessein de rompre la mesure des vers, exprimé de manière à ne laisser aucun doute sur la préméditation.

Fables Inédites des XIe, XIIIe et XIVe siècles, et les Fables de La Fontaine, rapprochées de celles de tous les auteurs qui avaient, avant lui, traité les mêmes sujets (1825).




 

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