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La vie d'Esope illustrée - Gravures: Barlouw - texte : Monsieur le Chevalier LESTRANGE.    

La réponse quEsope fit à un jardinier.
DEux ou trois jours après l'avanture dont nous venons de parler, Xanthus ordonna à Esope de le suivre dans un Jardin, où il voulait acheter des herbes.
De l'adresse dont Esope se servit pour faire revenir sa Maitresse auprès de son Mari après quelle l'eut quitté.
LA femme de Xanthus avait de la naissance et du bien ; mais outre cela elle était aussi fiere et aussi imperieuse que si cette naissance et ce bien lui eussent donné droit de porter les chausses. C'était un esprit violent, hardi, qui voulait fe mêler de tout, et grande dépensiere , comme sont ordinairement ces fortes de femmes. Un rien la mettait en colère, et on avait toutes les peines du monde à l'en faire revenir. Toujours causant contre son Mari, et menaçant de le quitter, le moindre petit différent qu'il y eût entr'eux. Il arriva enfin que la patience de Xanthus étant épuisée, il resolut de changer de méthode et de voir si la sévérité aurait plus de pouvoir sur elle que la douceur....
Toute la Ville demande ce que cela veut dire ; Esope répond innocemment que la femme de fon Maître s'en était fuye etqu'il en avait pris une autre ; qu'il avait envoyé d'un côté et d'autre inviter ses amis à venir se réjouir avec lui, et que c'était pour le Festin des Noces que tous ces préparatifs se fai-saient. Le bruit s'en répandit comme un éclair, et ce fut à qui en porterait le premier la nouvelle à la Dame fugitive, car Esope était connu de tout le monde pour Esclave de cette Famille. L'un ajoute une chose, l'autre une autre, comme c'est la coutume en matière de nouvelles, sur tout lors que la langue et la passion des femmes s'en mêle. La Dame qui était violenre et légère, fait incontinent atteller son Chariot, court chez son Mari, et lui chante pouilles.
Enfin après avoir un peu déchargé son cœur, non non, Xanthus,, lui dît-elle , ne vous flatez pas d'avoir-jamais d'autre femme que moi , tant que je vivrai. Xanthus vit bien que c'était là un des bons tours d'Esope, et pour le coup tout fut raccommodé entre le Mari et la femme.
Le Repas des langues de Boeuf.
Quelques jours après cette paix faite, Xanthus pria plusieurs Philoso-phes de sa connaissance à souper, et donna charge à Esope d'acheter ce qu'il trouverait de meilleur. Esope aimait assez à faire de petites malices , et une commission si générale lui donnait beau jeu. La Compagnie ne fût pas plutôt arrivée, que Xanthus commande qu'on serve, ne doutant pas que le repas ne fût magnifique. Le premier service fut un grand plat de langues de Bœuf coupées par tranches.
Sur quoi les Philosophes ne manquèrent pas de faire briller leur esprit avec beaucoup de gravité et de formalité, disant par exemple que la langue est l'Oracle de la Sagesse. Xanthus demande le second service, et puis le troisieme, et enfin le quatrième, qui tous furent langues sur langues ,...
Le second Festin, où il n'y eut encore que des langues.
Le lendemain les Amis de Xanthus ne manquèrent pas de qe rendre chz lui, ni Esope de leur servir les mêmes plats qu'il leur avait servis le jour auparavant.
Maraud, lui dit Xanthus, qu'est-ce que c'est que tout ceci? Un jour les langues sont ce qu'il y a de meilleur. et un autre ce qu'il y a de plus méchant. Sans doute, Monfieur, répartit Esope, il n'y a point de crime au monde, où la langue n'ait quelque part. Dans les meurtres par exemple, les trahisons, la violence, l'injustice, la fraude et dans toutes sortes de dissolutions, on propo. se premièrement la chose, on en parle, on en délibère et on la resout, avant que d'en venir à l'exécution. De quoi la langue n'est-elle pas capable!

 

Notes sur les gravures : 1   2   3   4   5

LES fables d'Esope, et de plusieurs autres excellens mythologistes, accompagnées du sens moral et des reflexions
De Monsieur le Chevalier LESTRANGE.
Traduites de l'Anglois.
Avec les Figures dessinées et gravées par F. Barlouw - MDCCXIV - Amsterdam.
Articles liés à Esope:   *Esope selon Avianus.     *La vie d' Esope d' après Planude.   
  *La vie d'Esope d'après La Fontaine et  illustrée.....

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