Origines des fables .

Cette première édition ne comprenoit que les six premiers livres des fables, et celles-ci sont au nombre de 124. On ne s'attend pas, je l'espère, à me voir justifier pour chacune d'elles les raisons qui me déterminent à leur attribuer l'origine que je vais indiquer ; mais, en les réunissant en plusieurs groupes, on pourra raisonnablement admettre que toutes celles qui composent chacun d'eux reconnoissent une source commune, lorsque la plupart présenteront des signes évidents d'imitation. Ésope, Horace et Phèdre sont les trois anciens auteurs dont je crois devoir m'occuper en premier sous le rapport de ces recherches....lire la suite.

 
 

Qu'est-ce qu'une fable ?
   Nature de la fable .   Parmi les critiques, les uns voient dans la Fable principalement une vérité morale proposée à la raison; d'autres la considèrent comme une exhortation au bien, offerte dans un discours allégorique à la volonté ; d'autres enfin en font un tableau poétique, parlant surtout à l'imagination et ayant pour objet le beau idéal. De là une foule de définitions et de règles contraires sur l'apologue , selon qu'on l'envisageait exclusivement à l'un de ces trois points de vue. Lire la suite
 

 

 

 
Mocharrafoddin Sadi ou Saadi.

 Saadi.

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Poète Saadi

  Chapitre I - Des Rois -

Histoire I

 

    Un roi avait condamné à la mort un prisonnier de guerre, et allait donner le signal pour le faire mourir. Ce malheureux, n'ayant plus d'espoir, dit au roi, dans sa langue, toutes les injures qu'il put imaginer; car le désespoir ne garde plus de mesure : le chat terrassé arrache les yeux au tigre ; et quand il ne reste plus de ressource pour la fuite, on saisit de sa main le glaive tranchant de son ennemi.
Le roi ayant demandé ce qu'il avait dit :
- O roi ! dit un courtisan, cet infortuné s'écrie que le paradis est pour ceux qui pardonnent, et il espére sans doute que ces paroles seront comme les voiles qui le conduiront au port de ta clémence. En effet, le roi fut touché, et lui sauva la vie. Un autre courtisan, ennemi du premier, dit alors :
- Il est indigne de gens comme nous de ne pas dire la vérité devant le roi : ce prisonnier vient de prononcer contre lui l'outrage le plus sanglant. Le prince, le regardant avec indignation, lui répondit: Son mensonge est humain , et la vérité est cruelle ; il voulait sauver un malheureux, tu n'as cherché qu'à le perdre. Le mensonge qui apporte le salut vaut mieux que la vérité qui enfante la destruction. Malheur au favori qui ne donne ses conseils que pour nuire!
On lisait cette inscription sur l'arc de Feridoun :
- "O mon frère! le monde ne reste à personne; attache ton cœur au Créateur de l'univers, et c'est assez; ne mets donc point ta confiance dans le monde. Combien d'autres t'ont déjà devancé ! Ils ont disparu : qu'importe donc de mourir sur la terre ou sur le trône?".

Histoire II

     Un roi du Khorasan vit en songe le fameux roi Mahmoud, fils de Sebekteghin , qui régnait cent ans avant lui. Tout son corps était réduit en poussière ; il n'avait d'entiers que ses yeux, qui jetaient continuellement des regards sur le palais et sur le trône. Tous les sages, appelés pour l'interprétation de ce songe, gardèrent le silence. Un derviche seul s'écria :
- il voit enfin que son royaume et sa puissance sont passés en d'autres mains.
    Oh : combien d'hommes puissans et accrédités gisent maintenant dans la terre sans avoir jamais laissé de traces ! Elle a dévoré jusqu'à leurs os. Mais le nom de Nouschirvan reste immortel , parce qu'il fut bienfaisant. Qui que tu sois, fais du bien, c'est le seul vrai usage de la vie, et n'attends pas celle voix terrible qui bientôt va crier :
- il n'est plus! .

Histoire III

   Un roi avait plusieurs enfans, tous remarquables par leur beauté et par leur taille, à l'exception d'un seul qui était petit et difforme. Il ne put s'empêcher de le regarder un jour avec mépris. Le jeune prince, qui avait beaucoup d'esprit, s'en aperçut, et lui dit :
- O mon père ! un nain bien instruit l'emporte sur le géant qui ne sait rien. Ce n'est pas par la masse, mais par le prix qu'il faut juger des choses. La brebis se fait aimer par la propreté, l'éléphant est toujours sale. Sinaï est la plus petite des montagnes, et c'est sur elle que Dieu a opéré le plus de prodiges.
Le roi sourit et les courtisans applaudirent; mais une haine violente s'alluma contre lui dans le cœur de ses frères.
Tant qu'un homme ne parle pas, sa vertu reste comme ensevelie. Ne méprisez personne sur son extérieur, car la moindre touffe de bois peut recéler un lion ou un tigre.
Le roi fut attaqué peu après par un ennemi puissant, et les deux armées se trouvèrent bientôt en présence. Le jeune prince, poussant le premier son cheval dans le champ de bataille :
- O mon père ! dit- il, ne craignez point de lâcheté de ma part : vous me verrez bientôt couvert de sang et de poussière, car la guerre est un jeu cruel qui ne se paie qu'avec le sang. Il attaque en même temps les ennemis et terrasse les plus braves; puis, revenant vers son père, il baise la poussière de ses pieds et lui dit : Vous voyez devant vous ce fils si disgracié de la nature, puisse-t-il vous avoir prouvé que ce n'est pas la masse du corps qui qui fait le vrai courage! Dans un jour de bataille, c'est d'un cheval vigoureux et non pas d'un boeuf engraissé qu'on a besoin.
    Le combat ètant engagé, l'armée des ennemis était supérieure en nombre : celle du roi. déjà effrayée, commençait a plier, lorsque le jeune prince lui adressant la parole : Si vous êtes veritablement des hommes, venez combatre avec moi, et n'allez pas faire croire par votre fuite que ce sont des femmes qui sont cachées sous vos vêtemens. Animées par ce discours , les troupes revolent au combat et remportent la victoire. Le roi, enchanté, baise alors la tête de son fils ; et sa tendresse pour lui croissant chaque jour, il partage avec lui le gouvernemenl du royaume.
    Ses frères alors, plus irrités contre lui, formèrent le complot de l'empoisonner ; ils mêlèrent du poison dans les mets qui lui étaient destinés ; mais sa sœur, qui les avait aperçus d' une salle supérieure, frappa les battants de la croisée pour avertir le prince du danger qu'il courait. Il comprit le signal et s'abstint de manger en disant : Ce n'est pas aux gens de coeur à mourir et à céder leurs places aux lâches. Quand même l'aigle n'existait pas, qui des oiseaux voudraient se mettre sous la protection de la chouette ?
Le roi fut instruit du complot, et pour punir les coupables , il les dispersa dans divers lieux de son royaume, espérant que, quand ils ne se verraient plus, leur haine s'éteindrait insensiblement.
   Les sages ont dit avec raison que dix pauvres peuvent coucher et dormir dans un même lit, mais que deux rois ne peuvent tenir dans le plus vaste royaume. Un homme charitable a-t-il la moitié d'un pain, il s'empresse de le partager avec les pauvres; mais un roi qui vient de s'emparer d'un royaume songe d'abord à la conquête d'un autre.

 

 







 

 

 



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