Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau. ...lire la suite. La Fontaine a mis a la fin de sa
XVe
fable, intitulée : La Mort et le
Malheureux, une note qui
confirme ce fait, sans que
Despréaux
y soit nommé
...lire la suite. Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants. ...lire la suite.
Proverbes.
" Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre." Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore :
Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée :
Petit homme abat grand chêne.
Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire,
c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour
allumer un incendie.
G. Duplessis - 1851.
Stanislas Julien. - contes et apologues Indiens - contes Chinois.
Le Laboureur qui a perdu son Fils. (De ceux qui se sont dépouillés de toute affection.)
Un père et son fils labouraient ensemble. Un serpent venimeux ayant fait mourir le fils, le père continua à labourer comme auparavant. Il ne regarda point son fils et ne pleura point.
« A qui appartient ce jeune homme? demanda un brahmane.
— C'est mon fils, répondit le laboureur.
— Puisque c'est votre fils, dit le brahmane, pourquoi ne pleurez-vous pas?
— Quand l'homme vient au monde, repartit le laboureur, il fait un premier pas vers la mort; la force de l'Âge est le signal du déclin. L'homme de bien trouve sa récompense et le méchant sa punition. La douleur et les larmes ne servent de rien aux morts. Maintenant, seigneur, entrez en ville. Ma maison est située en tel endroit. Passez-y et dites que mon fils est mort; puis, prenez mon repas et apportez-le-moi.
— Quel est cet homme? se dit le brâh- -mane. Son fils est mort, et il ne s'en retourne pas ! Le cadavre gît à terre, et son cœur reste insensible à la douleur ! Il demande froidement de la nourriture ; il n'a pas d'entrailles; c'est une dureté sans exemple. »
Le brahmane entra en ville, se rendit dans la maison du laboureur et vit la mère dont le fils était mort. Il lui dit alors :
« Votre fils est mort, et votre mari m'a chargé de lui rapporter son repas. » Le brahmane ajouta : « Gomment ne songez-vous pas à votre fils ? »
La mère du jeune homme répondit au brahmane par cette comparaison : « Ce fils n'avait reçu qu'une existence passagère ; aussi je ne l'appelais point mon fils. Aujourd'hui il s'en est allé sans moi, et je n'ai pu le retenir. C'est comme un voyageur qui passe dans une hôtellerie. Aujourd'hui,
Il s'en va de lui-même ; qui pourrait le retenir? Telle est la situation d'une mère et d'un fils. Que celui-ci s'en aille ou vienne, s'avance ou s'arrête, je n'ai point de pouvoir sur lui ; il a suivi sa destinée primitive et je ne pouvais le sauver. »
Le brahmane parla ensuite à la sœur aînée du défunt. « Votre jeune frère est mort, lui dit-il ; pourquoi ne pleurez-vous pas? »
La sœur aînée répondit au brahmane par cette comparaison. « C'est, lui dit-elle, comme lorsqu'un charpentier est entré dans une forêt. Il coupe des arbres, les lie ensemble et en forme un grand radeau qu'il lance au milieu de la mer; mais aussitôt survient un vent impétueux qui chasse le radeau et en disperse les débris ; puis les flots entraînent les poutres de l'avant et de l'arrière qui, une fois séparées, ne se rejoignent jamais. Tel a été le sort de mon jeune frère. Réunis ensemble par la destinée , nous sommes nés tous deux dans la même famille. Suivant que notre existence doit être longue ou courte, la vie et la mort n'ont point de temps défini ; on se réunit pour un moment, et Ton se sépare pour toujours ! Mon jeune frère a terminé sa carrière, et chacun de nous suit sa destinée. Je ne pouvais le protéger ni le sauver. »
Le brahmane parla ensuite à la femme du défunt : « Votre mari est mort, lui dit-il, pourquoi ne pleurez-vous pas ? »
Cette femme lui répondit par une comparaison. « C'est, lui dit-elle, comme deux oiseaux qui volent et vont se reposer au sommet d'un grand arbre; ils s'arrêtent et dorment ensemble. Puis, aux premières lueurs du jour, ils se lèvent et s'envolent chacun de leur côté, pour chercher leur nourriture. Ils se réunissent, si la destinée le veut; sinon, ils se séparent. Mon époux et moi, nous avons eu le sort de ces oiseaux. Quand la mort est venue le trouver, il a suivi sa destinée primitive, et je ne pouvais le sauver. »
Le brahmane parla encore à son esclave et lui dit : « Votre maître est mort ; pourquoi ne pleurez-vous pas? »
L'esclave lui répondit par cette comparaison : « Mon maître, par l'effet de la destinée, s'est trouvé uni à moi. J'étais comme le veau qui suit un grand taureau. Si un homme tue ee grand taureau, le veau qui se trouve près de lui ne saurait lui sauver la vie. La douleur et les cris du veau ne serviraient à rien. »
(Extrait de l'ouvrage intitulé : Fa-youen-tchou-lin, livre LIII.)