Un paysan, dit Choutourbeh, avait un jardin d'autant plus beau qu'il y avait joint les agréments de son art et de son industrie à ceux de la nature qui y contribuait largement de toutes les grâces dont elle abonde. Entre les fleurs différentes dont les parterres étaient émaillés, il y avait un gros buisson formé par un rosier , qui produisait un nouveau bouton tous les jours , que le paysan voyait s'épanouir avec un grand plaisir.
Un matin, comme il était venu pour le voir, selon fa coutume, il apperçut un rossignol indiscret, qui déchirait le bouton de son bec, et il faisait tomber les feuilles par terre, cela le mit dans une grande colère. Il observa la même chose le lendemain et le jour suivant. Sa patience fut poussée à bout, il tendit des filets, il prit le rossignol et le renferma dans une cage. Le rossignol mortifié de sa captivité, se plaigna au paysan : pour quel sujet, dit-il, m'enfermez-vous dans cette prison? Quel quel crime ai-je commis pour me traiter si impitoiyablement ? si vous le faite pour entendre mon chant, il n'était pas nécessaire que vous me fissiez cette violence, puisque je vous en donnais le plaisir entier dans votre jarrdin, d'où je ne sortais point,par ce que mon nid y est . Si vous avez une autre raison, ou si je vous ai offensé en quelque chose, je vous prie de me le dire, et de m'apprendre le motif de ma disgrâce.
- Quoi ! répondit le bonhomme de paysan, tu m'as privé de ce qui m'était le plus cher, je veux dire des roses que tu m'as gâtées , et tu voudrais que je ne n'en vengeasse pas? Cest pour cela que je te prive de la compagnie de tes petits, des rossignols tes amis, et de la liberté dont tu jouissaisi. Tu auras tout le temps de faire tes plaintes, dans cette cage, et de déplorer ton malheur.
Ne me tenez pas ce discours repartit le rossignol, pensez plutôt que vous me faites souffrir la prison pour une, faute aussi légère, que celle d'avoir gâté quelques roses, et que vous méritez un châtiment d'autant plus rigoureux que votre cruauté excède de beaucoup le crime dont vous voulez que je sois coupable. Dieu n'est pas moins juste à punir les méchants. qu'à récompenser les bons. Qui fait bien trouve le bien, et qui fait mal trouve son malheur.
Le paysan touché de la remontrance du rossignol, qui lui parut équitable, se fit justice à lui-même. Il ouvrit la cage et le mit en liberté. Le rossignol joyeux de se voir sitôt délivré de l'esclavage, ne se fut pas plutôt posé sur la première branche d'arbre, qu'il dit au paysan :
- puisque vous m'avez fait ce plaisir si obligeamment, et que le bien est la récompense du bien, il est juste que j'en ai la reconnaissance que je dois.
Apprenez-donc qu'au pied de l'arbre que voilà derrière vous, vous trouverez un vase rempli d'or et d'argent. Le paysan creusa au pied de l'arbre et trouva le vase.
- Je suis surpris, dit-il au rossignol qui l'avait accompagné , que tu aies apperçu ce vase sous la terre, et que tu n'aies pas vu sous les branches de ce rosier, les filets cachés pour te prendre.
- Ne savez-vous pas, répondit le rossignol , que toutes les prévoyances sont inutiles lorsque l'heure du destin est venue, et qu'alors il n'y a plus ni conseil ni détour à prendre?
Portrait biographique de Jean de La Fontaine . Sa jeunesse. |
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