La Grue et l' Epervier.

Une grue, citoyenne des bords d'un lac, y vivait des différens insectes qu'elle y trouvait en abondance. Un jour elle aperçut un épervier qui, après avoir donné la chasse à une perdrix , l' avait prise et la dévorait. Cet épervier, dit en elle-même la grue, fait sa nourriture des oiseaux les plus délicats, et moi, qui l'emporte sur lui par la force et par la grandeur, je me contente de vils insectes. Je veux suivre son exemple.
    La grue, après ce beau monologue, aperçoit une perdrix qui d'un vol léger rasait la surface de l'eau ; elle veut fondre sur cette proie, mais la pesanteur de son corps l'entraîne, elle tombe sur les bords du lac, qui étaient très-fangeux, ses pattes s'enfoncent dans le limon, elle fait de vains efforts pour s'en tirer. Un berger qui était aux environs prend l'oiseau, l'encage et le porte à ses enfants. Vous voyez par cette fable, me dit le derviche, quel danger l'on court en quittant son état pour un autre auquel l'on n'est pas propre. Les sages conseils du derviche ne me firent aucune impression ; Je fus sourd à sa voix. J'abandonnai mon four et j''ensemençai un champ que j'avais loué. Me voilà donc devenu cultivateur. Les instrumens nécessaires au labourage avaient absorbé le peu que je possédais : il me fallait attendre près d'une année avant de pouvoir rien retirer de mes terres. Ma famille se trouva réduite à la dernière misère. Je me repentis alors de n'avoir pas suivi les sages conseils du derviche ; Je crus réparer ma faute en reprenant mon four. Un de mes amis me prêta de l'argent et je fus tout à la fois boulanger et laboureur. Je courais de la ville aux champs et des champs à la ville. Le garçon auquel j'avais confié mon four me vola et prit la fuite ; des orages, qui se succédèrent les uns aux autres, ravagèrent les campagnes. J'allai compter mes malheurs au derviche mon voisin.
- Je vous l'avais prédit, me dit-il: vous ressemblez à cet homme entre deux âges avec ses deux femmes.

 

 

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