J’étais plongé dans une affliction mortelle lorsqu’on m’a rendu votre lettre. À la voir seulement, j’ai été transporté d’une joie que je ne puis vous exprimer ; et à la vue des caractères tracés par votre belle main, mes yeux ont reçu une lumière plus vive que celle qu’ils avaient perdue lorsque les vôtres se fermèrent subitement aux pieds de mon rival. Les paroles que contient cette obligeante lettre sont autant de rayons lumineux qui ont dissipé les ténèbres dont mon âme était obscurcie. Elles m’apprennent combien vous souffrez pour l’amour de moi, et me font connaître aussi que vous n’ignorez pas que je souffre pour vous ; et, par là, elles me consolent dans mes maux. D’un côté, elles me font verser des larmes abondamment ; et de l’autre, elles embrasent mon cœur d’un feu qui le soutient et m’empêche d’expirer de douleur. Je n’ai pas eu un moment de repos depuis notre cruelle séparation. Votre lettre seule apporte quelque soulagement à mes peines. J’ai gardé un morne silence jusqu’au moment que je l’ai reçue ; elle m’a redonné la parole. J’étais enseveli dans une mélancolie profonde ; elle m’a inspiré une joie qui a d’abord éclaté dans mes yeux et sur mon visage. Mais ma surprise de recevoir une faveur que je n’ai point encore méritée a été si grande, que je ne savais par où commencer pour vous en marquer ma reconnaissance. Enfin, après l’avoir baisée plusieurs fois, comme un gage précieux de vos bontés, je l’ai lue et relue, et suis demeuré confus de mon bonheur. Vous voulez que je vous mande que je vous aime toujours. Ah ! quand je ne vous aurais pas aimée aussi parfaitement que je vous aime, je ne pourrais m’empêcher de vous adorer après toutes les marques que vous me donnez d’un amour si peu commun. Oui, je vous aime, ma chère âme, et ferai gloire de brûler toute ma vie du beau feu que vous avez allumé dans mon cœur. Je ne me plaindrai jamais de la vive ardeur dont je sens qu’il me consume ; et quelque rigoureux que soient les maux que votre absence me cause, je les supporterai constamment, dans l’espérance de vous voir un jour. Plût à Dieu que ce fût dès aujourd’hui, et qu’au lieu de vous envoyer ma lettre, il me fût permis d’aller vous assurer que je meurs d’amour pour vous ! Mes larmes m’empêchent de vous en dire davantage. Adieu. »
Ebn Thaher ne put lire les dernières lignes sans pleurer lui-même. Il remit la lettre entre les mains du prince de Perse, en l’assurant qu’il n’y avait rien à corriger. Le prince la ferma, et quand il l’eut cachetée : « Je vous prie de vous approcher, dit-il à la confidente de Schemselnihar, qui était un peu éloignée de lui : voici la réponse que je fais à la lettre de votre chère maîtresse. Je vous conjure de la lui porter et de la saluer de ma part. » L’esclave confidente prit la lettre et se retira avec Ebn Thaher.
En achevant ces mots, la sultane des Indes voyant paraître le jour, se tut, et, la nuit suivante, elle continua de cette manière :
CLXXIV NUIT. Ebn Thaher, après avoir marché quelque temps avec l’esclave confidente, la quitta et retourna dans sa maison, où il se mit à rêver profondément à l’intrigue amoureuse dans laquelle il se trouvait malheureusement engagé. Il se représenta que le prince de Perse et Schemselnibar, malgré l’intérêt qu’ils avaient de cacher leur intelligence, se ménageaient avec si peu de discrétion qu’elle pourrait bien n’être pas longtemps secrète. Il tira de là toutes les conséquences qu’un homme de bon sens en devait tirer : « Si Schemselnihar, se disait-il à lui-même, était une dame du commun, je contribuerais de tout mon pouvoir à rendre heureux son amant et elle ; mais c’est la favorite du calife, et il n’y a personne qui puisse impunément entreprendre de plaire à ce qu’il aime. Sa colère tombera d’abord sur Schemselnihar, il en coûtera la vie au prince de Perse, et je serai enveloppé dans son malheur. Cependant j’ai mon honneur, mon repos, ma famille et mon bien à conserver. Il faut donc, pendant que je le puis, me délivrer d’un si grand péril. »
Il fut occupé de ces pensées durant tout ce jour-là. Le lendemain matin, il alla chez le prince de Perse dans le dessein de faire un dernier effort pour l’obliger à vaincre sa passion. Effectivement, il lui représenta ce qu’il lui avait déjà inutilement représenté : qu’il ferait beaucoup mieux d’employer tout son courage à détruire le penchant qu’il avait pour Schemselnihar, que de s’y laisser entraîner ; que ce penchant était d’autant plus dangereux que son rival était plus puissant : « Enfin, seigneur, ajouta-t-il, si vous m’en croyez, vous ne songerez qu’à triompher de votre amour. Autrement, vous courez risque de vous perdre avec Schemselnihar, dont la vie vous doit être plus chère que la vôtre. Je vous donne ce conseil en ami, et quelque jour vous m’en remercierez. »
Le prince écouta Ebn Thaher impatiemment. Néanmoins, il se laissa dire tout ce qu’il voulut ; mais prenant la parole à son tour : « Ebn Thaher, lui dit-il, croyez-vous que je puisse cesser d’aimer Schemselnihar, qui m’aime avec tant de tendresse ? Elle ne craint pas d’exposer sa vie pour moi, et vous voulez que le soin de conserver la mienne soit capable de m’occuper ! Non ! quelque malheur qui puisse m’arriver, je veux aimer Schemselnihar jusqu’au dernier soupir. »
Ebn Thaher, choqué de l’opiniâtreté du prince de Perse, le quitta brusquement et se retira chez lui, où, rappelant dans son esprit ses réflexions du jour précédent, il se mit à songer fort sérieusement au parti qu’il avait à prendre. Pendant ce temps-là, un joaillier de ses intimes amis le vint voir. Ce joaillier s’était aperçu que la confidente de Schemselnihar allait chez Ebn Thaher plus souvent qu’à l’ordinaire, et que Ebn Thaher était presque toujours avec le prince de Perse, dont la maladie était sue de tout le monde, sans toutefois qu’on en connût la cause. Tout cela lui avait donné des soupçons. Comme Ebn Thaher lui parut rêveur, il jugea bien que quelque affaire importante l’embarrassait, et croyant être au fait, il lui demanda ce que lui voulait l’esclave confidente de Schemselnihar. Ebn Thaher demeura un peu interdit à cette demande et voulut dissimuler, en lui disant que c’était pour une bagatelle qu’elle venait si souvent chez lui. « Vous ne me parlez pas sincèrement, lui répliqua le joaillier, et vous m’allez persuader par votre dissimulation que cette bagatelle est une affaire plus importante que je ne l’ai cru d’abord. »
Ebn Thaher, voyant que son ami le pressait si fort, lui dit : « Il est vrai que cette affaire est de la dernière conséquence. J’avais résolu de la tenir secrète ; mais, comme je sais l’intérêt que vous prenez à tout ce qui me regarde, j’aime mieux vous en faire confidence que de vous laisser penser là-dessus ce qui n’est pas. Je ne vous recommande point le secret : vous connaîtrez par ce que je vais vous dire combien il est important de le garder. » Après ce préambule, il lui raconta les amours de Schemselnihar et du prince de Perse. « Vous savez, ajouta-t-il ensuite, en quelle considération je suis à la cour et dans la ville, auprès des plus grands seigneurs et des dames les plus qualifiées. Quelle honte pour moi, si ces téméraires amours venaient à être découvertes ! Mais, que dis-je ? ne serions-nous pas perdus, toute ma famille et moi ! Voilà ce qui m’embarrasse l’esprit ; mais je viens de prendre mon parti. Il m’est dû, et je dois ; je vais travailler incessamment à satisfaire mes créanciers et à recouvrer mes dettes ; et après que j’aurai mis tout mon bien en sûreté, je me retirerai à Balsora, où je demeurerai jusqu’à ce que la tempête que je prévois soit passée. L’amitié que j’ai pour Schemselnihar et pour le prince de Perse me rend très-sensible au mal qui peut leur arriver ;
je prie Dieu de leur faire connaître le danger où ils s’exposent et de les conserver ; mais si leur mauvaise destinée veut que leurs amours aillent à la connaissance du calife, je serai au moins à couvert de son ressentiment, car je ne les crois pas assez méchants pour vouloir m’envelopper dans leur malheur. Leur ingratitude serait extrême si cela arrivait ; ce serait mal payer les services que je leur ai rendus et les bons conseils que je leur ai donnés, particulièrement au prince de Perse, qui pourrait se tirer encore du précipice, lui et sa maîtresse, s’il le voulait. Il lui est aisé de sortir de Bagdad comme moi, et l’absence le dégagerait insensiblement d’une passion qui ne fera qu’augmenter tant qu’il s’obstinera à y demeurer.
Le joaillier entendit avec une extrême surprise le récit que lui fit Ebn Thaher : « Ce que vous venez de me raconter, lui dit-il, est d’une si grande importance, que je ne puis comprendre comment Schemselnihar et le prince de Perse ont été capables de s’abandonner à un amour si violent. Quelque penchant qui les entraîne l’un vers l’autre, au lieu d’y céder lâchement, ils devaient y résister et faire un meilleur usage de leur raison. Ont-ils pu s’étourdir sur les suites fâcheuses de leur intelligence ? Que leur aveuglement est déplorable ! J’en vois comme vous toutes les conséquences. Mais vous êtes sage et prudent, et j’approuve la résolution que vous avez formée : c’est par là seulement que vous pouvez vous dérober aux événements funestes que vous avez à craindre. » Après cet entretien, le joaillier se leva et prit congé d’Ebn Thaher.
Sire, dit en cet endroit Scheherazade, le jour, que je vois paraître, m’empêche d’entretenir votre majesté plus longtemps. Elle se tut, et le lendemain, elle reprit son discours dans ces termes :
CLXXV NUIT. Avant que le joaillier se retirât, Ebn Thaher ne manqua pas de le conjurer, par l’amitié qui les unissait tous deux, de ne rien dire à personne de tout ce qu’il lui avait appris. « Ayez l’esprit en repos, lui dit le joaillier, je vous garderai le secret au péril de ma vie. »
Deux jours après cette conversation, le joaillier passa devant la boutique d’Ebn Thaher, et voyant qu’elle était fermée, il ne douta pas qu’il n’eût exécuté le dessein dont il lui avait parlé. Pour en être plus sûr, il demanda à un voisin s’il savait pourquoi elle n’était pas ouverte. Le voisin lui répondit qu’il ne savait autre chose, sinon que Ebn Thaher était allé faire un voyage. Il n’eut pas besoin d’en savoir davantage, et il songea d’abord au prince de Perse : « Malheureux prince, dit-il en lui-même, quel chagrin n’aurez-vous pas quand vous apprendrez cette nouvelle ! Par quelle entremise entretiendrez-vous le commerce que vous avez avec Schemselnihar ? Je crains que vous n’en mouriez de désespoir. J’ai compassion de vous. Il faut que je vous dédommage de la perte que vous avez faite d’un confident trop timide. »
L’affaire qui l’avait obligé de sortir n’était pas de grande conséquence ; il la négligea, et quoiqu’il ne connût le prince de Perse que pour lui avoir vendu quelques pierreries, il ne laissa pas d’aller chez lui. Il s’adressa à un de ses gens, et le pria de vouloir bien dire à son maître qu’il souhaitait de l’entretenir d’une affaire très-importante. Le domestique revint bientôt trouver le joaillier et l’introduisit dans la chambre du prince, qui était à demi couché sur le sofa, la tête sur le coussin. Comme il se souvint de l’avoir vu, il se leva pour le recevoir, lui dit qu’il était le bienvenu, et après l’avoir prié de s’asseoir, il lui demanda s’il y avait quelque chose en quoi il pût lui rendre service, ou s’il venait lui annoncer quelque nouvelle qui le regardât lui-même. « Prince, lui répondit le joaillier, quoique je n’aie pas l’honneur d’être connu de vous particulièrement, le désir de vous marquer mon zèle m’a fait prendre la liberté de venir chez vous, pour vous faire part d’une nouvelle qui vous touche ; j’espère que vous me pardonnerez ma hardiesse en faveur de ma bonne intention. »
Après ce début, le joaillier entra en matière et poursuivit ainsi : « Prince, j’aurai l’honneur de vous dire qu’il y a longtemps que la conformité d’humeur, et quelques affaires que nous avons eues ensemble, nous ont liés d’une étroite amitié, Ebn Thaher et moi. Je sais qu’il est connu de vous et qu’il s’est employé jusqu’à présent à vous obliger en tout ce qu’il a pu ; j’ai appris cela de lui-même, car il n’a rien eu de caché pour moi, ni moi pour lui. Je viens de passer devant sa boutique, que j’ai été assez surpris de voir fermée. Je me suis adressé à un de ses voisins pour lui en demander la raison, et il m’a répondu qu’il y avait deux jours que Ebn Thaher avait pris congé de lui et des autres voisins, en leur offrant ses services pour Balsora, où il allait, disait-il, pour une affaire de grande importance. Je n’ai pas été satisfait de cette réponse, et l’intérêt que je prends à ce qui le regarde m’a déterminé à vous demander si vous ne savez rien de particulier touchant un départ si précipité. »
À ce discours, que le joaillier avait accommodé au sujet pour mieux parvenir à son dessein, le prince de Perse changea de couleur, et regarda le joaillier d’un air qui lui fit connaître combien il était affligé de cette nouvelle : « Ce que vous m’apprenez, lui dit-il, me surprend ; il ne pouvait m’arriver un malheur plus mortifiant. Oui ! s’écria-t-il les larmes aux yeux, c’est fait de moi si ce que vous me dites est véritable ! Ebn Thaher, qui était toute ma consolation, en qui je mettais toute mon espérance, m’abandonne ! Il ne faut plus que je songe à vivre, après un coup si cruel. »
Le joaillier n’eut pas besoin d’en entendre davantage pour être pleinement convaincu de la violente passion du prince de Perse, dont Ebn Thaher l’avait entretenu. La simple amitié ne parle pas un tel langage ; il n’y a que l’amour qui soit capable de produire des sentiments si vifs.
Le prince demeura quelques moments enseveli dans les pensées les plus tristes. Il leva enfin la tête, et s’adressant à un de ses gens : « Allez, lui dit-il, jusque chez Ebn Thaher. Parlez à quelqu’un de ses domestiques, et sachez s’il est vrai qu’il soit parti pour Balsora. Courez, et revenez promptement me dire ce que vous aurez appris. » En attendant le retour du domestique, le joaillier tâcha d’entretenir le prince de choses indifférentes ; mais le prince ne lui donna presque pas d’attention. Il était la proie d’une inquiétude mortelle. Tantôt il ne pouvait se persuader qu’Ebn Thaher fût parti, et tantôt il n’en doutait pas, quand il faisait réflexion au discours que ce confident lui avait tenu la dernière fois qu’il l’était venu voir, et à l’air brusque dont il l’avait quitté.
Enfin le domestique du prince arriva, et rapporta qu’il avait parlé à un des gens d’Ebn Thaher, qui l’avait assuré qu’il n’était plus à Bagdad, qu’il était parti depuis deux jours pour Balsora. « Comme je sortais de la maison d’Ebn Thaher, ajouta le domestique, une esclave bien mise est venue m’aborder, et après m’avoir demandé si je n’avais pas l’honneur de vous appartenir, elle m’a dit qu’elle avait à vous parler, et m’a prié en même temps de vouloir bien qu’elle vînt avec moi. Elle est dans l’antichambre, et je crois qu’elle a une lettre à vous rendre de la part de quelque personne de considération. » Le prince commanda aussitôt qu’on la fît entrer ; il ne douta pas que ce ne fût l’esclave confidente de Schemselnihar, comme en effet c’était elle. Le joaillier la reconnut pour l’avoir vue quelquefois chez Ebn Thaher, qui lui avait appris qui elle était. Elle ne pouvait arriver plus à propos pour empêcher le prince de se désespérer. Elle le salua… Mais, sire, dit Scheherazade en cet endroit, je m’aperçois qu’il est jour. Elle se tut, et, la nuit suivante, elle poursuivit de cette manière :
CLXXVI NUIT. Le prince de Perse rendit le salut à la confidente de Schemselnihar. Le joaillier s’était levé dès qu’il l’avait vue paraître, et s’était tiré à l’écart pour leur laisser la liberté de se parler. La confidente, après s’être entretenue quelque temps avec le prince, prit congé de lui et sortit. Elle le laissa tout autre qu’il n’était auparavant. Ses yeux parurent plus brillants, et son visage plus gai ; ce qui fit juger au joaillier que la bonne esclave venait de dire des choses favorables pour son amour.
Le joaillier ayant repris sa place auprès du prince, lui dit en souriant : « À ce que je vois, prince, vous avez des affaires importantes au palais du calife. » Le prince de Perse, fort étonné et alarmé de ce discours, répondit au joaillier : « Sur quoi jugez-vous que j’ai des affaires au palais du calife ?
– J’en juge, repartit le joaillier, par l’esclave qui vient de sortir.
– Et à qui croyez-vous qu’appartienne cette esclave ? répliqua le prince.
– À Schemselnihar, favorite du calife, répondit le joaillier. Je connais, poursuivit-il, cette esclave et même sa maîtresse, qui m’a quelquefois fait l’honneur de venir chez moi acheter des pierreries. Je sais de plus que Schemselnihar n’a rien de caché pour cette esclave, que je vois depuis quelques jours aller et venir par les rues, assez embarrassée, à ce qu’il me semble. Je m’imagine que c’est pour quelque affaire de conséquence qui regarde sa maîtresse. »
Ces paroles du joaillier troublèrent fort le prince de Perse. « Il ne me parlerait pas dans ces termes, dit-il en lui-même, s’il ne soupçonnait ou plutôt s’il ne savait pas mon secret. » Il demeura quelques moments dans le silence, ne sachant quel parti prendre. Enfin, il reprit la parole, et dit au joaillier : « Vous venez de me dire des choses qui me donnent lieu de croire que vous en savez encore plus que vous n’en dites. Il est important pour mon repos que j’en sois parfaitement éclairci ; je vous conjure de ne me rien dissimuler. »
Alors le joaillier, qui ne demandait pas mieux, lui fit un détail exact de l’entretien qu’il avait eu avec Ebn Thaher. Ainsi, il lui fit connaître qu’il était instruit du commerce qu’il avait avec Schemselnihar, et il n’oublia pas de lui dire qu’Ebn Thaher, effrayé du danger où sa qualité de confident le jetait, lui avait fait part du dessein qu’il avait de se retirer à Balsora, et d’y demeurer jusqu’à ce que l’orage qu’il redoutait se fût dissipé : « C’est ce qu’il a exécuté, ajouta le joaillier, et je suis surpris qu’il ait pu se résoudre à vous abandonner dans l’état où il m’a fait connaître que vous étiez. Pour moi, prince, je vous avoue que j’ai été touché de compassion pour vous ; je viens vous offrir mes services, et si vous me faîtes la grâce de les agréer, je m’engage à vous garder la même fidélité qu’Ebn Thaher. Je vous promets, d’ailleurs, plus de fermeté ; je suis prêt à vous sacrifier mon honneur et ma vie ; et afin que vous ne doutiez pas de ma sincérité, je jure par ce qu’il y a de plus sacré dans notre religion, de vous garder un secret inviolable. Soyez donc persuadé, prince, que vous trouverez en moi l’ami que vous avez perdu. » Ce discours rassura le prince et le consola de l’éloignement d’Ebn Thaher : « J’ai bien de la joie, dit-il au joaillier, d’avoir en vous de quoi réparer la perte que j’ai faite. Je n’ai point d’expressions capables de vous bien marquer l’obligation que je vous ai. Je prie Dieu qu’il récompense votre générosité, et j’accepte de bon cœur l’offre obligeante que vous me faites. Croirez-vous bien, continua-t-il, que la confidente de Schemselnihar vient de me parler de vous ? Elle m’a dit que c’est vous qui avez conseillé à Ebn Thaher de s’éloigner de Bagdad. Ce sont les dernières paroles qu’elle m’a dites en me quittant, et elle m’en a paru bien persuadée. Mais on ne vous rend pas justice : je ne doute pas qu’elle ne se trompe, après tout ce que vous venez de me dire.
– Prince, lui répliqua le joaillier, j’ai eu l’honneur de vous faire un récit fidèle de la conversation que j’ai eue avec Ebn Thaher. Il est vrai que quand il m’a déclaré qu’il voulait se retirer à Balsora ; je ne me suis point opposé à son dessein, et que je lui ai dit qu’il était homme sage et prudent ; mais que cela ne vous empêche pas de me donner votre confiance, je suis prêt à vous rendre mes services avec toute l’ardeur imaginable. Si vous en usez autrement, cela ne m’empêchera pas de vous garder très-religieusement le secret, comme je m’y suis engagé par serment.
– Je vous ai déjà dit, reprit le prince, que je n’ajoutais pas foi aux paroles de la confidente. C’est son zèle qui lui a inspiré ce soupçon, qui n’a point de fondement, et vous devez l’excuser de même que je l’excuse. »
Ils continuèrent encore quelque temps leur conversation, et délibérèrent ensemble des moyens les plus convenables pour entretenir la correspondance du prince avec Schemselnibar. Ils demeurèrent d’accord qu’il fallait commencer par désabuser la confidente, qui était si injustement prévenue contre le joaillier. Le prince se chargea de la tirer d’erreur, la première fois qu’il la reverrait, et de la prier de s’adresser au joaillier lorsqu’elle aurait des lettres à lui apporter, ou quelque autre chose à lui apprendre de la part de sa maîtresse. En effet, ils jugèrent qu’elle ne devait point paraître si souvent chez le prince, parce qu’elle pourrait par là donner lieu de découvrir ce qu’il était si important de cacher. Enfin le joaillier se leva, et après avoir de nouveau prié le prince de Perse d’avoir une entière confiance en lui, il se retira.
La sultane Scheherazade cessa de parler en cet endroit, à cause du jour qui commençait à paraître. La nuit suivante, elle reprit le fil de sa narration, et dit au sultan des Indes :
CLXXVII NUIT. Sire, le joaillier, en se retirant en sa maison, aperçut devant lui, dans la rue, une lettre que quelqu’un avait laissée tomber ; il la ramassa. Comme elle n’était pas cachetée, il l’ouvrit, et trouva qu’elle était conçue dans ces termes :
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Les Mille et Une Nuits - Tome I
Contes arabes. — Histoire du Sultan des Indes.
Fable. — L'Ane, le Bœuf et le Laboureur.
Iere nuit. — Le Marchand et le Génie.
Histoire du premier Vieillard et de la Biche.
Histoire du second Vieillard et des deux Chiens noirs.
Histoire du Pécheur.
Histoire du Roi grec et du médecin Douban.
Histoire du Mari et du Perroquet.
Histoire du Vizir puni.
Histoire du Vizir puni. suite.
Histoire du jeune Roi des Iles Noires.
Histoire du jeune Roi des Iles Noires. suite.
Histoire des trois Calenders, fils de rois, et de cinq Dames de Bagdad.
Histoire des trois Calenders, fils de rois, et de cinq Dames de Bagdad. suite.
Histoire du premier Calender, fils de roi.
Histoire du second Calender, fils de roi.
Histoire de l'Envieux et de l'Envié.
Histoire de l'Envieux et de l'Envié. suite.
Histoire du troisième Calender, fils de roi.
Histoire du troisième Calender, fils de roi. suite. -
Les Mille et Une Nuits - Tome II
Histoire de Zobéide.
Histoire d'Amine.
Histoire des trois Pommes.
Histoire de la Dame massacrée et du jeune homme son mari.
Histoire de Noureddin Ali et de Bedreddin Hassan.
Histoire de Noureddin Ali et de Bedreddin Hassan. suite1
Histoire de Noureddin Ali et de Bedreddin Hassan. suite 2.
Histoire du petit Bossu.
Histoire que raconta le Marchand chrétien.
Histoire que raconta le Marchand chrétien. suite.
Histoire racontée par le Pourvoyeur du sultan de Casgar.
Histoire racontée par le Pourvoyeur du sultan de Casgar. suite. -
Les Mille et Une Nuits - Tome III
Histoire racontée par le Médecin juif.
Histoire que raconte le Tailleur.
Histoire du Barbier.
Histoire du premier frère du Barbier.
Histoire du second frère du Barbier.
Histoire du troisième frère du Barbier.
Histoire du quatrième frère du Barbier.
Histoire du cinquième frère du Barbier.
Histoire du sixième frère du Barbier.
Histoire d'Aboulhassan Ali Ebn Becar et de Schemselnihar, favorite du Calife Haroun-al-Raschid.
Histoire d'Aboulhassan Ali Ebn Becar et de Schemselnihar, favorite du Calife Haroun-al-Raschid. suite.
Lettre de Schemselnihar au prince de Perse Ali Ebn Becar.
Réponse du prince de Perse à la lettre de Schemselnihar.
Lettre de Schemselnihar au prince de Perse.
Réponse du prince de Perse à Schemselnihar.
Réponse du prince de Perse à Schemselnihar. suite.
Histoire de Noureddin et de la belle Persienne.
Histoire de Noureddin et de la belle Persienne. suite 2.
Histoire de Noureddin et de la belle Persienne. suite 3.
Lettre du calife Haroun Alraschid au roi de Balsora. -
Les Mille et Une Nuits - Tome IV
Histoire des amours de Camaralzaman, prince de l'Ile des Enfants de Khaledan, et de Badoure, princesse de la Chine.
Histoire des amours de Camaralzaman, prince de l'Ile des Enfants de Khaledan, et de Badoure, princesse de la Chine. suite.
Suite de l'histoire de la princesse de la Chine.
Histoire de Marzavan avec la suite de celle de Camaralzaman.
Billet du prince Camaralzaman à la princesse de la Chine.
Séparation du prince Caramalzaman d'avec la princesse Badoure.
Histoire de la princesse Badoure après la séparation du prince Camaralzaman.
Suite de l'histoire du prince Camaralzaman depuis sa séparation d'avec la princesse Badoure.
Histoire des princes Amgiad et Assad.
Le prince Assad arrêté en entrant dans la ville des Mages.
Histoire du prince Amgiad et d'une dame de la ville des Mages.
Suite de l'histoire du prince Assad.
Histoire de Sindbad le marin.
Premier vovage.de Sindbad le marin.
Second voyage de Sindbad le marin.
Troisième vovage de Sindbad le marin.
Quatrième voyage de Sindbad le marin.
Cinquième voyage de Sindbad le marin.
Sixième voyage de Siudbad le malin.
Septième et dernier voyage de Sindbad le marin.
Histoire de Beder, prince de Perse, et de Giauhare, princesse du royaume de Samandal.
Histoire de Beder, prince de Perse, et de Giauhare, princesse du royaume de Samandal. suite. 2.
Histoire de Beder, prince de Perse, et de Giauhare, princesse du royaume de Samandal. suite. 3 -
Les Mille et Une Nuits - Tome V
Histoire de Ganem, fils d'Abou Aïoub, surnommé l'Esclave d'amour.
Lettre du calife Haroun Alraschid à Mohammed Zinebi, roi de Syrie.
Histoire du prince Zeyn-Alasnam et du Roi des Génies.
Histoire de Codadad et de ses frères.
Histoire de la Princesse de Deryabar.
Histoire du Dormeur éveillé.
Histoire du Dormeur éveillé. suite.2
Histoire du Dormeur éveillé. suite.3 -
Les Mille et Une Nuits - Tome VI
Histoire de la Lampe merveilleuse.
Histoire de la Lampe merveilleuse. suite.2
Histoire de la Lampe merveilleuse. suite.3
Aventures du calife Haroun Alraschid.
Histoire de l'aveugle Baba Abdalla.
Histoire de Sidi Nouman.
Histoire de Cogia Hassan Alhabbal.
Suite de l'histoire de Cogia Hassan Alhabbal.
Histoire d'Ali Baba et de Quarante Voleurs exterminés par une esclave.
Histoire d'Ali Baba et de Quarante Voleurs exterminés par une esclave. suite.1 -
Les Mille et Une Nuits - Tome VII
Histoire d'Ali Cogia, marchand de Bagdad.
Histoire du Cheval enchanté.
Histoire du Cheval enchanté. suite.
Histoire du prince Ahmed et de la fée Pari-Banou.
Histoire du prince Ahmed et de la fée Pari-Banou. suite.2
Histoire du prince Ahmed et de la fée Pari-Banou. suite.3
Histoire de Deux Sœurs jalouses de leur cadette.
Histoire de Deux Sœurs jalouses de leur cadette.
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Les Mille et Une Nuits - Tome VIII
Préface du traducteur de la continuation des Mille et une Nuits
Nouvelles Aventures du calife Haroun Alraschild, ou Histoire de la petite fille de Chosroès Anouschirvan
Le Bimaristan, ou Histoire du jeune marchand de Bagdad et de la dame inconnue
Le Médecin et le jeune traiteur de Bagdad.
Histoire du sage Hicar.
Histoire du roi Azadbakht, ou des dix visirs.
Histoire du marchand devenu malheureux.
Histoire du marchand imprudent et de ses deux enfans.
Histoire d’Abousaber, ou de l’homme patient.
Histoire du prince Behezad.
Histoire du roi Dadbin, ou de la vertueuse Aroua.
Histoire du roi Bakhtzeman.
Histoire du roi Khadidan.
Histoire du roi Beherkerd.
Histoire du roi Hanschah et d’Abouteman.
Histoire du roi Ibrahim et de son fils
Histoire de Soleïman-schah.
Histoire de l’esclave sauvé du supplice -
Les Mille et Une Nuits - Tome IX
Attaf ou L’Homme généreux.
Histoire du prince Habib et de Dorrat Algoase.
Histoire du roi Sapor, souverain des isle Bellour ; de Camar Alzeman, fille du génie Alatrous, et de Dorrat Algoase
Histoire de Naama et de Naam.
Histoire d’Alaeddin.
Histoire d’Abou Mohammed Alkeslan.
Histoire d’Aly Mohammed le joaillier, ou du faux calife.
- Extraits : Cours de littérature ancienne et moderne tome IX. par J.F. Laharpe -1825.
- Les Mille et une nuits par Galland, illustrés par : MM. FRANÇAIS, H. BARON, ED. WATTIER, LA VILLE, etc...Revus et corrigés sur l'édition Princeps de 1704.Nouvelle édition de 1861.
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Qui ne me soit souverain bien, -
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