Vers la fin de la dix-neuvième nuit, Dinarzade appela la sultane, et lui dit : Ma sœur, si vous ne dormez pas, je vous supplie, en attendant le jour qui va paraître bientôt, de me raconter l’histoire du pêcheur ; je suis dans une extrême impatience de l’entendre. Scheherazade, avec la permission du sultan, la reprit aussitôt de cette sorte :
Sire, je laisse à penser à votre majesté quelle fut la surprise du sultan lorsqu’il vit les quatre poissons que le pêcheur lui présenta. Il les prit l’un après l’autre pour les considérer avec attention, et après les avoir admirés assez longtemps : « Prenez ces poissons, dit-il à son premier vizir, et les portez à l’habile cuisinière que l’empereur des Grecs m’a envoyée ; je m’imagine qu’ils ne seront pas moins bons qu’ils sont beaux. » Le vizir les porta lui-même à la cuisinière, et les lui remettant entre les mains : « Voilà, lui dit-il, quatre poissons qu’on vient d’apporter au sultan, il vous ordonne de les lui apprêter. » Après s’être acquitté de sa commission, il retourna vers le sultan son maître, qui le chargea de donner au pêcheur quatre cents pièces d’or de sa monnaie ; ce qu’il exécuta très-fidèlement. Le pêcheur, qui n’avait jamais possédé une si grosse somme à la fois, concevait à peine son bonheur, et le regardait comme un songe. Mais il connut dans la suite qu’il était réel, par le bon usage qu’il en fit en l’employant aux besoins de sa famille.
Mais, sire, poursuivit Scheherazade, après vous avoir parlé du pêcheur, il faut vous parler aussi de la cuisinière du sultan, que nous allons trouver dans un grand embarras. D’abord qu’elle eut nettoyé les poissons que le vizir lui avait donnés, elle les mit sur le feu dans une casserole, avec de l’huile pour les frire ; lorsqu’elle les crut assez cuits d’un côté, elle les tourna de l’autre. Mais, ô prodige inouï ! à peine furent-ils tournés, que le mur de la cuisine s’entr’ouvrit. Il en sortit une jeune dame d’une beauté admirable, et d’une taille avantageuse ; elle était habillée d’une étoffe de satin à fleurs, façon d’Égypte, avec des pendants d’oreille, un collier de grosses perles, et des bracelets d’or garnis de rubis ; et elle tenait une baguette de myrte à la main. Elle s’approcha de la casserole, au grand étonnement de la cuisinière, qui demeura immobile à cette vue ; et, frappant un des poissons du bout de sa baguette : « Poisson, poisson, lui dit-elle, es-tu dans ton devoir ? » Le poisson n’ayant rien répondu, elle répéta les mêmes paroles, et alors les quatre poissons levèrent la tête tous ensemble, et lui dirent très-distinctement : « Oui, oui, si vous comptez, nous comptons ; si vous payez vos dettes, nous payons les nôtres ; si vous fuyez, nous vainquons et nous sommes contents. » Dès qu’ils eurent achevé ces mots, la jeune dame renversa la casserole, et rentra dans l’ouverture du mur, qui se referma aussitôt et se remit dans le même état où il était auparavant.
La cuisinière, que toutes ces merveilles avaient épouvantée, étant revenue de sa frayeur, alla relever les poissons qui étaient tombés sur la braise ; mais elle les trouva plus noirs que du charbon, et hors d’état d’être servis au sultan. Elle en eut une vive douleur, et se mettant à pleurer de toute sa force : « Hélas ! disait-elle, que vais-je devenir ? Quand je conterai au sultan ce que j’ai vu, je suis assurée qu’il ne me croira point ; dans quelle colère ne sera-t-il pas contre moi ? »
Pendant qu’elle s’affligeait ainsi, le grand vizir entra, et lui demanda si les poissons étaient prêts. Elle lui raconta tout ce qui lui était arrivé, et ce récit, comme on le peut penser, l’étonna fort ; mais, sans en parler au sultan, il inventa une fable qui le contenta. Cependant il envoya chercher le pêcheur à l’heure même, et quand il fut arrivé : « Pêcheur, lui dit-il, apporte-moi quatre autres poissons qui soient semblables à ceux que tu as déjà apportés : car il est survenu certain malheur qui a empêché qu’on ne les ait servis au sultan. » Le pêcheur ne lui dit pas ce que le génie lui avait recommandé ; mais, pour se dispenser de fournir ce jour-là les poissons qu’on lui demandait, il s’excusa sur la longueur du chemin, et promit de les apporter le lendemain matin.
Effectivement, le pêcheur partit durant la nuit, et se rendit à l’étang. Il y jeta ses filets, et les ayant retirés, il y trouva quatre poissons qui étaient, comme les autres, chacun d’une couleur différente. Il s’en retourna aussitôt, et les porta au grand vizir dans le temps qu’il les lui avait promis. Ce ministre les prit et les emporta lui-même encore dans la cuisine, où il s’enferma seul avec la cuisinière, qui commença de les habiller devant lui, et qui les mit sur le feu, comme elle avait fait pour les quatre autres le jour précédent. Lorsqu’ils furent cuits d’un côté, et qu’elle les eut tournés de l’autre, le mur de la cuisine s’entr’ouvrit encore, et la même dame parut avec sa baguette à la main ; elle s’approcha de la casserole, frappa un des poissons, lui adressa les mêmes paroles, et ils lui firent tous la même réponse en levant la tête.
Mais, sire, ajouta Scheherazade en se reprenant, voilà le jour qui paraît, et qui m’empêche de continuer cette histoire. Les choses que je viens de vous dire sont, à la vérité, très-singulières ; mais si je suis en vie demain, je vous en dirai d’autres qui sont encore plus dignes de votre attention. Schahriar, jugeant bien que la suite devait être fort curieuse, résolut de l’attendre la nuit suivante.
XX NUIT. Ma chère sœur, s’écria Dinarzade, suivant sa coutume, si vous ne dormez pas, je vous prie de poursuivre et d’achever le beau conte du pêcheur. La sultane prit aussitôt la parole, et parla en ces termes :
Sire, après que les quatre poissons eurent répondu à la jeune dame, elle renversa encore la casserole d’un coup de baguette, et se retira dans le même endroit de la muraille d’où elle était sortie. Le grand vizir ayant été témoin de ce qui s’était passé : « Cela est trop surprenant, dit-il, et trop extraordinaire, pour en faire un mystère au sultan ; je vais de ce pas l’informer de ce prodige. » En effet, il l’alla trouver, et lui fit un rapport fidèle.
Le sultan, fort surpris, marqua beaucoup d’empressement de voir cette merveille. Pour cet effet, il envoya chercher le pêcheur : « Mon ami, lui dit-il, ne pourrais-tu pas m’apporter encore quatre poissons de différentes couleurs ? » Le pêcheur répondit au sultan que si sa majesté voulait lui accorder trois jours pour faire ce qu’elle désirait, il se promettait de la contenter. Les ayant obtenus, il alla à l’étang pour la troisième fois, et il ne fut pas moins heureux que les deux autres : car, du premier coup de filet. il prit quatre poissons de couleurs différentes. Il ne manqua pas de les porter à l’heure même au sultan, qui en eut d’autant plus de joie, qu’il ne s’attendait pas à les avoir si tôt, et qui lui fit donner encore quatre cents pièces d’or de sa monnaie.
D’abord que le sultan eut les poissons, il les fit porter dans son cabinet avec tout ce qui était nécessaire pour les faire cuire. Là, s’étant enfermé avec son grand vizir, ce ministre les habilla, les mit ensuite sur le feu dans une casserole, et quand ils furent cuits d’un côté, il les retourna de l’autre. Alors le mur du cabinet s’entr’ouvrit ; mais au lieu de la jeune dame, ce fut un noir qui en sortit. Ce noir avait un habillement d’esclave ; il était d’une grosseur et d’une grandeur gigantesques, et tenait un gros bâton vert à la main. Il s’avança jusqu’à la casserole, et touchant de son bâton un des poissons, il lui dit d’une voix terrible : « Poisson, poison, es-tu dans ton devoir ? » À ces mots, les poissons levèrent la tête, et répondirent : « Oui, oui, nous y sommes ; si vous comptez, nous comptons ; si vous payez vos dettes, nous payons les nôtres ; si vous fuyez, nous vainquons et nous sommes contents. »
Les poissons eurent à peine achevé ces paroles, que le noir renversa la casserole au milieu du cabinet et réduisit les poissons en charbon. Cela étant fait, il se retira fièrement, et rentra dans l’ouverture du mur, qui se referma et qui parut dans le même état qu’auparavant : « Après ce que je viens de voir, dit le sultan à son grand vizir, il ne me sera pas possible d’avoir l’esprit en repos. Ces poissons, sans doute, signifient quelque chose d’extraordinaire dont je veux être éclairci. » Il envoya chercher le pêcheur ; on le lui amena : « Pêcheur, lui dit-il, les poissons que tu nous as apportés me causent bien de l’inquiétude. En quel endroit les as-tu pêchés ? — Sire, répondit-il, je les ai pêchés dans un étang qui est situé entre quatre collines, au delà de la montagne que l’on voit d’ici. — Connaissez-vous cet étang ? dit le sultan au vizir. — Non, sire, répondit le vizir, je n’en ai même jamais ouï parler ; il y a pourtant soixante ans que je chasse aux environs et au delà de cette montagne. » Le sultan demanda au pêcheur à quelle distance de son palais était l’étang ; le pêcheur assura qu’il n’y avait pas plus de trois heures de chemin. Sur cette assurance, et comme il restait encore assez de jour pour y arriver avant la nuit, le sultan commanda à toute sa cour de monter à cheval, et le pêcheur leur servit de guide.
Ils montèrent tous la montagne ; et à la descente, ils virent avec beaucoup de surprise une vaste plaine que personne n’avait remarquée jusqu’alors. Enfin ils arrivèrent à l’étang, qu’ils trouvèrent effectivement situé entre quatre collines, comme le pêcheur l’avait rapporté. L’eau en était si transparente, qu’ils remarquèrent que tous les poissons étaient semblables à ceux que le pêcheur avait apportés au palais.
Le sultan s’arrêta sur le bord de l’étang, et après avoir quelque temps regardé les poissons avec admiration, il demanda à ses émirs et à tous ses courtisans s’il était possible qu’ils n’eussent pas encore vu cet étang ; qui était si peu éloigné de la ville. Ils lui répondirent qu’ils n’en avaient jamais étendu parler : « Puisque vous convenez tous, leur dit-il, que vous n’en avez jamais ouï parler, et que je ne suis pas moins étonné que vous de cette nouveauté, je suis résolu de ne pas rentrer dans mon palais que je n’aie su pour quelle raison cet étang se trouve ici, et pourquoi il n’y a dedans que des poissons de quatre couleurs. » Après avoir dit ces paroles, il ordonna de camper, et aussitôt son pavillon et les tentes de sa maison furent dressés sur les bords de l’étang.
À l’entrée de la nuit, le sultan, retiré sous son pavillon, parla en particulier à son grand vizir, et lui dit : « Vizir, j’ai l’esprit dans une étrange inquiétude : cet étang transporté dans ces lieux, ce noir qui nous est apparu dans mon cabinet, ces poissons que nous avons entendus parler, tout cela irrite tellement ma curiosité, que je ne puis résister à l’impatience de la satisfaire. Pour cet effet, je médite un dessein que je veux absolument exécuter. Je vais seul m’éloigner de ce camp ; je vous ordonne de tenir mon absence secrète ; demeurez sous mon pavillon ; et demain matin, quand mes émirs et mes courtisans se présenteront à l’entrée, renvoyez-les, en leur disant que j’ai une légère indisposition, et que je veux être seul. Les jours suivants vous continuerez de leur dire la même chose, jusqu’à ce que je sois de retour. »
Le grand vizir dit plusieurs choses au sultan, pour tâcher de le détourner de son dessein : il lui représenta le danger auquel il s’exposait, et la peine qu’il allait prendre peut-être inutilement. Mais il eut beau épuiser toute son éloquence, le sultan ne quitta point sa résolution, et se prépara à l’exécuter. Il prit un habillement commode pour marcher à pied, il se munit d’un sabre, et dès qu’il vit que tout était tranquille dans son camp, il partit sans être accompagné de personne.
Il tourna ses pas vers une des collines, qu’il monta sans beaucoup de peine. Il en trouva la descente encore plus aisée ; et lorsqu’il fut dans la plaine, il marcha jusqu’au lever du soleil. Alors apercevant de loin devant lui un grand édifice, il s’en réjouit, dans l’espérance d’y pouvoir apprendre ce qu’il voulait savoir. Quand il en fut près, il remarqua que c’était un palais magnifique, ou plutôt un château très-fort, d’un beau marbre noir poli, et couvert d’un acier fin et uni comme une glace de miroir. Ravi de n’avoir pas été longtemps sans rencontrer quelque chose digne au moins de sa curiosité, il s’arrêta devant la façade du château et la considéra avec beaucoup d’attention.
Il s’avança ensuite jusqu’à la porte, qui était à deux battants, dont l’un était ouvert. Quoiqu’il fût libre d’entrer, il crut néanmoins devoir frapper. Il frappa un coup assez légèrement et attendit quelque temps ; mais ne voyant venir personne, il s’imagina qu’on ne l’avait point entendu : c’est pourquoi il frappa un second coup plus fort ; mais ne voyant ni n’entendant venir personne, il redoubla : personne ne parut encore. Cela le surprit extrêmement, car il ne pouvait penser qu’un château si bien entretenu fût abandonné : « S’il n’y a personne, disait-il en lui-même, je n’ai rien à craindre ; et s’il y a quelqu’un, j’ai de quoi me défendre. »
Enfin le sultan entra, et s’avançant sous le vestibule : « N’y a-t-il personne ici, s’écria-t-il, pour recevoir un étranger qui aurait besoin de se rafraîchir en passant ? » Il répéta la même chose deux ou trois fois ; mais, quoiqu’il parlât fort haut, personne ne lui répondit. Ce silence augmenta son étonnement. Il passa dans une cour très-spacieuse, et regardant de tous côtés pour voir s’il ne découvrirait point quelqu’un, il n’aperçut pas le moindre être vivant…
Mais, sire, dit Scheherazade en cet endroit, le jour, qui paraît, vient m’imposer silence. — Ah ! ma sœur, dit Dinarzade, vous nous laissez au plus bel endroit ! — Il est vrai, répondit la sultane ; mais, ma sœur, vous en voyez la nécessité. Il ne tiendra qu’au sultan mon seigneur que vous n’entendiez le reste demain. Ce ne fut pas tant pour faire plaisir à Dinarzade que Schahriar laissa vivre encore la sultane, que pour contenter la curiosité qu’il avait d’apprendre ce qui se passerait dans ce château.
XXI NUIT Dinarzade ne fut pas paresseuse à réveiller la sultane sur la fin de cette nuit. Ma chère sœur, lui dit-elle, si vous ne dormez pas, je vous prie, en attendant le jour, qui va paraître bientôt, de nous raconter ce qui se passa dans ce beau château où vous nous laissâtes hier. Scheherazade reprit aussitôt le conte du jour précédent ; et s’adressant toujours à Schahriar : Sire, dit-elle, le sultan ne voyant donc personne dans la cour où il était, entra dans de grandes salles, dont les tapis de pied étaient de soie, les estrades et les sofas couverts d’étoffe de la Mecque, et les portières, des plus riches étoffes des Indes, relevées d’or et d’argent. Il passa ensuite dans un salon merveilleux, au milieu duquel il y avait un grand bassin avec un lion d’or massif à chaque coin. Les quatre lions jetaient de l’eau par la gueule, et cette eau, en tombant, formait des diamants et des perles ; ce qui n’accompagnait pas mal un jet d’eau qui, s’élançant du milieu du bassin, allait presque frapper le fond d’un dôme peint à l’arabesque.
Le château, de trois côtés, était environné d’un jardin, que les parterres, les pièces d’eau, les bosquets et mille autres agréments concouraient à embellir ; et ce qui achevait de rendre ce lieu admirable, c’était une infinité d’oiseaux, qui y remplissaient l’air de leurs chants harmonieux, et qui y faisaient toujours leur demeure, parce que des filets tendus au-dessus des arbres et du palais les empêchaient d’en sortir.
Le sultan se promena longtemps d’appartement en appartement, où tout lui parut grand et magnifique. Lorsqu’il fut las de marcher, il s’assit dans un cabinet ouvert qui avait vue sur le jardin ; et là, rempli de tout ce qu’il avait déjà vu et de tout ce qu’il voyait encore, il faisait des réflexions sur tous ces différents objets, quand tout à coup une voix plaintive, accompagnée de cris lamentables, vint frapper son oreille. Il écouta avec attention, et il entendit distinctement ces tristes paroles : « Ô fortune ! qui n’as pu me laisser jouir longtemps d’un heureux sort, et qui m’as rendu le plus infortuné de tous les hommes, cesse de me persécuter, et viens, par une prompte mort, mettre fin à mes douleurs. Hélas ! est-il possible que je sois encore en vie après tous les tourments que j’ai soufferts ? »
Le sultan, touché de ces pitoyables plaintes, se leva pour aller du côté d’où elles étaient parties. Lorsqu’il fut à la porte d’une grande salle, il ouvrit la portière, et vit un jeune homme bien fait et très-richement vêtu, qui était assis sur un trône un peu élevé de terre. La tristesse était peinte sur son visage. Le sultan s’approcha de lui et le salua. Le jeune homme lui rendit son salut, en lui faisant une inclination de tête fort basse ; et comme il ne se levait pas : « Seigneur, dit-il au sultan, je juge bien que vous méritez que je me lève pour vous recevoir et vous rendre tous les honneurs possibles ; mais une raison si forte s’y oppose, que vous ne devez pas m’en savoir mauvais gré. — Seigneur, lui répondit le sultan, je vous suis fort obligé de la bonne opinion que vous avez de moi. Quant au sujet que vous avez de ne vous pas lever, quelle que puisse être votre excuse, je la reçois de fort bon cœur. Attiré par vos plaintes, pénétré de vos peines, je viens vous offrir mon secours. Plût à Dieu qu’il dépendît de moi d’apporter du soulagement à vos maux, je m’y emploierais de tout mon pouvoir ! Je me flatte que vous voudrez bien me raconter l’histoire de vos malheurs ; mais, de grâce, apprenez-moi auparavant ce que signifie cet étang qui est près d’ici, et où l’on voit des poissons de quatre couleurs différentes ; ce que c’est que ce château ; pourquoi vous vous y trouvez, et d’où vient que vous y êtes seul. » Au lieu de répondre à ces questions, le jeune homme se mit à pleurer amèrement : « Que la fortune est inconstante ! s’écria-t-il ; elle se plaît à abaisser les hommes qu’elle a élevés. Où sont ceux qui jouissent tranquillement d’un bonheur qu’ils tiennent d’elle, et dont les jours sont toujours purs et sereins ? »
Le sultan, touché de compassion de le voir en cet état, le pria très-instamment de lui dire le sujet d’une si grande douleur : « Hélas ! seigneur, lui répondit le jeune homme, comment pourrais-je n’être pas affligé ? et le moyen que mes yeux ne soient pas des sources intarissables de larmes ? » À ces mots ; ayant levé sa robe, il fit voir au sultan qu’il n’était homme que depuis la tête jusqu’à la ceinture, et que l’autre moitié de son corps était de marbre noir…
En cet endroit, Scheherazade interrompit son discours pour faire remarquer au sultan des Indes que le jour paraissait. Schahriar fut tellement charmé de ce qu’il venait d’entendre, et il se sentit si fort attendri en faveur de Scheherazade, qu’il résolut de la laisser vivre pendant un mois. Il se leva néanmoins à son ordinaire, sans lui parler de sa résolution.
XXII NUIT. Dinarzade avait tant d’impatience d’entendre la suite du conte de la nuit précédente, qu’elle appela sa sœur de fort bonne heure : Ma chère sœur, lui dit-elle, si vous ne dormez pas, je vous supplie de continuer le merveilleux conte que vous ne pûtes achever hier. — J’y consens, répondit la sultane ; écoutez-moi :
Vous jugez bien, poursuivit-elle, que le sultan fut étrangement étonné quand il vit l’état déplorable où était le jeune homme : « Ce que vous me montrez là, lui dit-il, en me donnant de l’horreur, irrite ma curiosité ; je brûle d’apprendre votre histoire, qui doit être, sans doute, fort étrange ; et je suis persuadé que l’étang et les poissons y ont quelque part : ainsi, je vous conjure de me la raconter ; vous y trouverez quelque sorte de consolation, puisqu’il est certain que les malheureux trouvent une espèce de soulagement à conter leurs malheurs. — Je ne veux pas vous refuser cette satisfaction, repartit le jeune homme, quoique je ne puisse vous la donner sans renouveler mes vives douleurs ; mais je vous avertis par avance de préparer vos oreilles, votre esprit et vos yeux même à des choses qui surpassent tout ce que l’imagination peut concevoir de plus extraordinaire. »
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Les Mille et Une Nuits - Tome I
Contes arabes. — Histoire du Sultan des Indes.
Fable. — L'Ane, le Bœuf et le Laboureur.
Iere nuit. — Le Marchand et le Génie.
Histoire du premier Vieillard et de la Biche.
Histoire du second Vieillard et des deux Chiens noirs.
Histoire du Pécheur.
Histoire du Roi grec et du médecin Douban.
Histoire du Mari et du Perroquet.
Histoire du Vizir puni.
Histoire du Vizir puni. suite.
Histoire du jeune Roi des Iles Noires.
Histoire du jeune Roi des Iles Noires. suite.
Histoire des trois Calenders, fils de rois, et de cinq Dames de Bagdad.
Histoire des trois Calenders, fils de rois, et de cinq Dames de Bagdad. suite.
Histoire du premier Calender, fils de roi.
Histoire du second Calender, fils de roi.
Histoire de l'Envieux et de l'Envié.
Histoire de l'Envieux et de l'Envié. suite.
Histoire du troisième Calender, fils de roi.
Histoire du troisième Calender, fils de roi. suite. -
Les Mille et Une Nuits - Tome II
Histoire de Zobéide.
Histoire d'Amine.
Histoire des trois Pommes.
Histoire de la Dame massacrée et du jeune homme son mari.
Histoire de Noureddin Ali et de Bedreddin Hassan.
Histoire de Noureddin Ali et de Bedreddin Hassan. suite1
Histoire de Noureddin Ali et de Bedreddin Hassan. suite 2.
Histoire du petit Bossu.
Histoire que raconta le Marchand chrétien.
Histoire que raconta le Marchand chrétien. suite.
Histoire racontée par le Pourvoyeur du sultan de Casgar.
Histoire racontée par le Pourvoyeur du sultan de Casgar. suite. -
Les Mille et Une Nuits - Tome III
Histoire racontée par le Médecin juif.
Histoire que raconte le Tailleur.
Histoire du Barbier.
Histoire du premier frère du Barbier.
Histoire du second frère du Barbier.
Histoire du troisième frère du Barbier.
Histoire du quatrième frère du Barbier.
Histoire du cinquième frère du Barbier.
Histoire du sixième frère du Barbier.
Histoire d'Aboulhassan Ali Ebn Becar et de Schemselnihar, favorite du Calife Haroun-al-Raschid.
Histoire d'Aboulhassan Ali Ebn Becar et de Schemselnihar, favorite du Calife Haroun-al-Raschid. suite.
Lettre de Schemselnihar au prince de Perse Ali Ebn Becar.
Réponse du prince de Perse à la lettre de Schemselnihar.
Lettre de Schemselnihar au prince de Perse.
Réponse du prince de Perse à Schemselnihar.
Réponse du prince de Perse à Schemselnihar. suite.
Histoire de Noureddin et de la belle Persienne.
Histoire de Noureddin et de la belle Persienne. suite 2.
Histoire de Noureddin et de la belle Persienne. suite 3.
Lettre du calife Haroun Alraschid au roi de Balsora. -
Les Mille et Une Nuits - Tome IV
Histoire des amours de Camaralzaman, prince de l'Ile des Enfants de Khaledan, et de Badoure, princesse de la Chine.
Histoire des amours de Camaralzaman, prince de l'Ile des Enfants de Khaledan, et de Badoure, princesse de la Chine. suite.
Suite de l'histoire de la princesse de la Chine.
Histoire de Marzavan avec la suite de celle de Camaralzaman.
Billet du prince Camaralzaman à la princesse de la Chine.
Séparation du prince Caramalzaman d'avec la princesse Badoure.
Histoire de la princesse Badoure après la séparation du prince Camaralzaman.
Suite de l'histoire du prince Camaralzaman depuis sa séparation d'avec la princesse Badoure.
Histoire des princes Amgiad et Assad.
Le prince Assad arrêté en entrant dans la ville des Mages.
Histoire du prince Amgiad et d'une dame de la ville des Mages.
Suite de l'histoire du prince Assad.
Histoire de Sindbad le marin.
Premier vovage.de Sindbad le marin.
Second voyage de Sindbad le marin.
Troisième vovage de Sindbad le marin.
Quatrième voyage de Sindbad le marin.
Cinquième voyage de Sindbad le marin.
Sixième voyage de Siudbad le malin.
Septième et dernier voyage de Sindbad le marin.
Histoire de Beder, prince de Perse, et de Giauhare, princesse du royaume de Samandal.
Histoire de Beder, prince de Perse, et de Giauhare, princesse du royaume de Samandal. suite. 2.
Histoire de Beder, prince de Perse, et de Giauhare, princesse du royaume de Samandal. suite. 3 -
Les Mille et Une Nuits - Tome V
Histoire de Ganem, fils d'Abou Aïoub, surnommé l'Esclave d'amour.
Lettre du calife Haroun Alraschid à Mohammed Zinebi, roi de Syrie.
Histoire du prince Zeyn-Alasnam et du Roi des Génies.
Histoire de Codadad et de ses frères.
Histoire de la Princesse de Deryabar.
Histoire du Dormeur éveillé.
Histoire du Dormeur éveillé. suite.2
Histoire du Dormeur éveillé. suite.3 -
Les Mille et Une Nuits - Tome VI
Histoire de la Lampe merveilleuse.
Histoire de la Lampe merveilleuse. suite.2
Histoire de la Lampe merveilleuse. suite.3
Aventures du calife Haroun Alraschid.
Histoire de l'aveugle Baba Abdalla.
Histoire de Sidi Nouman.
Histoire de Cogia Hassan Alhabbal.
Suite de l'histoire de Cogia Hassan Alhabbal.
Histoire d'Ali Baba et de Quarante Voleurs exterminés par une esclave.
Histoire d'Ali Baba et de Quarante Voleurs exterminés par une esclave. suite.1 -
Les Mille et Une Nuits - Tome VII
Histoire d'Ali Cogia, marchand de Bagdad.
Histoire du Cheval enchanté.
Histoire du Cheval enchanté. suite.
Histoire du prince Ahmed et de la fée Pari-Banou.
Histoire du prince Ahmed et de la fée Pari-Banou. suite.2
Histoire du prince Ahmed et de la fée Pari-Banou. suite.3
Histoire de Deux Sœurs jalouses de leur cadette.
Histoire de Deux Sœurs jalouses de leur cadette.
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Les Mille et Une Nuits - Tome VIII
Préface du traducteur de la continuation des Mille et une Nuits
Nouvelles Aventures du calife Haroun Alraschild, ou Histoire de la petite fille de Chosroès Anouschirvan
Le Bimaristan, ou Histoire du jeune marchand de Bagdad et de la dame inconnue
Le Médecin et le jeune traiteur de Bagdad.
Histoire du sage Hicar.
Histoire du roi Azadbakht, ou des dix visirs.
Histoire du marchand devenu malheureux.
Histoire du marchand imprudent et de ses deux enfans.
Histoire d’Abousaber, ou de l’homme patient.
Histoire du prince Behezad.
Histoire du roi Dadbin, ou de la vertueuse Aroua.
Histoire du roi Bakhtzeman.
Histoire du roi Khadidan.
Histoire du roi Beherkerd.
Histoire du roi Hanschah et d’Abouteman.
Histoire du roi Ibrahim et de son fils
Histoire de Soleïman-schah.
Histoire de l’esclave sauvé du supplice -
Les Mille et Une Nuits - Tome IX
Attaf ou L’Homme généreux.
Histoire du prince Habib et de Dorrat Algoase.
Histoire du roi Sapor, souverain des isle Bellour ; de Camar Alzeman, fille du génie Alatrous, et de Dorrat Algoase
Histoire de Naama et de Naam.
Histoire d’Alaeddin.
Histoire d’Abou Mohammed Alkeslan.
Histoire d’Aly Mohammed le joaillier, ou du faux calife.
- Extraits : Cours de littérature ancienne et moderne tome IX. par J.F. Laharpe -1825.
- Les Mille et une nuits par Galland, illustrés par : MM. FRANÇAIS, H. BARON, ED. WATTIER, LA VILLE, etc...Revus et corrigés sur l'édition Princeps de 1704.Nouvelle édition de 1861.
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