Je montai sur le trône dans un âge fort jeune. Ébloui de ma gloire, et enivré de ma puissance, j’imaginois que tous mes voisins devoient se ranger sous mes lois. Un d’entr’eux se montra jaloux de conserver son indépendance ; je lui déclarai la guerre. Il n’avoit qu’une poignée de monde à m’opposer : j’étois à la tête d’une armée nombreuse, et je croyois marcher à une victoire assurée. L’événement trompa cruellement mon attente. Contraint de prendre honteusement la fuite, je fus obligé d’abandonner mes états au vainqueur, et de me retirer dans des montagnes avec cinquante hommes qui n’avoient pas voulu m’abandonner.
» La Providence me fit rencontrer dans ces montagnes un derviche renfermé dans son hermitage, et entièrement occupé des exercices et des pratiques de la religion. Je fis connoissance avec lui, et je lui racontai mon malheur. « Je ne sais, lui disois-je en finissant, ce qui a pu causer ma défaite. Mon ennemi n’avoit que huit cents hommes, et j’en avois huit cent mille. »
« Votre ennemi, me dit le saint personnage, mettoit sa confiance en Dieu ; et vous, vous mettiez la vôtre dans le nombre de vos troupes : voilà pourquoi votre ennemi a été vainqueur, et que vous avez été défait. Reconnoissez votre faute, et mettez désormais votre espoir dans le secours du Tout-Puissant. »
» Ces paroles furent pour moi un trait de lumière. J’élevai mes regards en haut, et je gémis de l’orgueil et de la présomption qui m’avoient aveuglé jusque-là. Au bout de quelque temps, le bon derviche vint me trouver, et me dit : « Votre ennemi a cessé de placer sa confiance en Dieu ; l’orgueil s’est glissé dans son cœur ; il croit que c’est sa valeur qui l’a fait triompher : vous seul, vous pourriez aujourd’hui le mettre eu déroute. »
« J’ajoutai foi au discours du derviche ; je rassemblai ma foible escorte à laquelle j’avois inspiré des sentimens pareils aux miens, et je marchai à la rencontre des ennemis. Nous fondîmes sur eux pendant la nuit, en poussant des cris épouvantables. Ils crurent que nous étions en grand nombre, et prirent la fuite.
» C’est ainsi que j’ai recouvré mes états par la toute-puissance de Dieu ; c’est en lui seul aujourd’hui que je mets mon espoir, et je ne manque pas d’implorer son assistance dans toutes les guerres que j’ai à soutenir. »
» Bakhtzeman, en entendant l’histoire du roi Khadidan, crut sortir d’un long assoupissement. « Gloire à Dieu, dont je reconnois maintenant la toute-puissance, s’écria-t-il ! Votre histoire, Sire, est précisément la mienne. Je vous ai caché mon nom et mes malheurs, mais le service que vous venez de me rendre, en dissipant mon aveuglement, m’arrache mon secret. Je suis le roi Bakhtzeman ; ma confiance dans mes propres forces, m’a fait perdre ma couronne, et a rendu inutiles les efforts que j’ai faits pour la recouvrer. Je veux profiter de votre exemple, et suivre désormais la route que vous avez suivie. »
» À ces mots, Bakhtzeman prit congé du roi Khadidan, et se retira dans une solitude pour y pleurer ses fautes, et s’appliquer uniquement aux exercices de la piété, et au service de Dieu. Une nuit qu’il dormoit tranquillement, il vit en songe un vieillard qui lui tint ce discours :
« Dieu a exaucé tes prières : il est content de ton repentir ; il t’accordera son secours, et te fera triompher de ton ennemi. »
» Le roi Bakhtzeman, plein de confiance dans cette vision, prit le chemin de son royaume. Arrivé près de sa capitale, il rencontra quelques personnes attachées au service du nouveau roi, mais qui, malgré cela, regrettoient vivement son prédécesseur : elles virent bien qu’il venoit d’un pays étranger, et lui conseillèrent de ne pas entrer dans la ville.
« Le nouveau monarque, lui dit l’une d’elles, a une telle frayeur du dernier roi Bakhtzeman, qu’il fait trancher la tête à tous les étrangers, dans la crainte qu’ils ne soient, ou le roi Bakhtzeman, ou quelque émissaire de sa part. » « Pourquoi craint-il Bakhtzeman, leur demanda le prince, assuré qu’il n’étoit pas reconnu ? C’est Dieu seul qu’on doit craindre : le mal et le bien ne viennent que de lui. »
« Vous avez raison, lui dit-on, mais le nouveau roi s’embarrasse peu des jugemens de Dieu ; il se repose sur sa puissance, et sur les troupes qui l’entourent, et cherche il conserver par la tyrannie une autorité qu’il a usurpée par la violence. Il sait que tous les cœurs sont pour Bakhtzeman, et que s’il paroissoit ici, cent mille bras se leveroient pour le remettre sur le trône. »
» Bakhtzeman, touché de l’attachement que conservoient pour lui ces officiers de l’usurpateur, crut devoir leur déclarer qui il étoit. Aussitôt ils descendirent de cheval, se prosternèrent devant lui, baisèrent ses étriers, et lui demandèrent comment il osoit exposer ainsi sa vie ? « Je ne crains pas pour ma vie, leur répondit-il, Dieu saura, s’il veut, la conserver ; c’est en lui que je mets maintenant tout mon espoir. »
« Puisqu’il est ainsi, lui dirent-ils, vous devez triompher de l’usurpateur, qui ne met sa confiance que dans les hommes. Quant à nous, nous sommes prêts à tout tenter, et à verser pour vous jusqu’à la dernière goutte de notre sang. Nous sommes les plus intimes confidens de l’usurpateur : nous allons vous faire entrer parmi nous dans la ville, et nous vous cacherons jusqu’à ce qu’il soit temps de vous montrer. »
» Bakhtzeman s’abandonna à la fidélité de ces officiers, et leur dit de faire tout ce que le ciel et leur devouement leur inspireroit. Ils le firent entrer dans la ville, et le cachèrent dans la maison de l’un d’entr’eux. Ils assemblèrent ensuite les principaux officiers du nouveau roi, qui avoient autrefois appartenu à Bakhtzeman, et leur apprirent son retour. Ceux-ci firent éclater leur joie, et lui prêtèrent de nouveau serment de fidélité. On se jeta sur l’usurpateur : on lui ôta la vie, et on remit sur le trône le roi Bakhtzeman, aux acclamations de tout le peuple.
» Ce monarque, instruit par le malheur, n’oublia jamais de quelle manière il avoit recouvré l’empire. Il se montra toujours soumis et religieux envers Dieu, juste et clément envers les hommes. Le ciel le combla de ses faveurs, et son règne fut une suite continuelle de succès et de prospérités. »
Le jeune intendant, en finissant l’histoire du roi Bakhtzeman, protesta de nouveau à Azadbakht qu’il mettoit toute sa confiance en Dieu, qu’il n’attendoit de secours que de lui, et qu’il étoit fermement persuadé qu’il feroit bientôt éclater son innocence. Azadbakht, touché de son air de candeur et des sentimens qu’il faisoit paroître, ordonna qu’il fût reconduit en prison.
Le lendemain, qui étoit le septième jour depuis l’emprisonnement du jeune intendant, le septième visir, qui se nommoit Behkemal, vint trouver le roi Azadbakht, pour l’exciter à ordonner la mort du jeune intendant, en lui représentant que son crime étoit évident, et demandoit un châtiment prompt et exemplaire.
Azadbakht ordonna qu’on fît venir le coupable en sa présence, et lui dit : « Je ne puis différer plus long-temps ta punition. Mon honneur et la tranquillité de l’état exigent ta mort, et tu ne peux attendre de moi aucun pardon. »
« Sire, dit le jeune intendant, plus la faute est grande, et plus il y a de mérite à pardonner. Un souverain tel que vous, peut aisément et sans crainte pardonner à un malheureux comme moi, quand la faute auroit éclaté aux yeux du monde entier ; à plus forte raison quand les apparences seules et la malignité le condamnent. Faire grâce de la vie, c’est la plus grande grâce qu’on puisse faire : par-là, la puissance des rois se rapproche de celle de la Divinité ; car laisser vivre celui qu’on peut faire mourir, c’est, pour ainsi dire, rendre la vie à un mort. L’exemple du roi Beherkerd, prouve que les souverains qui font usage de la clémence, en sont eux-mêmes quelquefois récompensés. »
Azadbakht parut désirer d’entendre l’histoire du roi Beherkerd, et le jeune homme la raconta en ces termes :
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Les Mille et Une Nuits - Tome I
Contes arabes. — Histoire du Sultan des Indes.
Fable. — L'Ane, le Bœuf et le Laboureur.
Iere nuit. — Le Marchand et le Génie.
Histoire du premier Vieillard et de la Biche.
Histoire du second Vieillard et des deux Chiens noirs.
Histoire du Pécheur.
Histoire du Roi grec et du médecin Douban.
Histoire du Mari et du Perroquet.
Histoire du Vizir puni.
Histoire du Vizir puni. suite.
Histoire du jeune Roi des Iles Noires.
Histoire du jeune Roi des Iles Noires. suite.
Histoire des trois Calenders, fils de rois, et de cinq Dames de Bagdad.
Histoire des trois Calenders, fils de rois, et de cinq Dames de Bagdad. suite.
Histoire du premier Calender, fils de roi.
Histoire du second Calender, fils de roi.
Histoire de l'Envieux et de l'Envié.
Histoire de l'Envieux et de l'Envié. suite.
Histoire du troisième Calender, fils de roi.
Histoire du troisième Calender, fils de roi. suite. -
Les Mille et Une Nuits - Tome II
Histoire de Zobéide.
Histoire d'Amine.
Histoire des trois Pommes.
Histoire de la Dame massacrée et du jeune homme son mari.
Histoire de Noureddin Ali et de Bedreddin Hassan.
Histoire de Noureddin Ali et de Bedreddin Hassan. suite1
Histoire de Noureddin Ali et de Bedreddin Hassan. suite 2.
Histoire du petit Bossu.
Histoire que raconta le Marchand chrétien.
Histoire que raconta le Marchand chrétien. suite.
Histoire racontée par le Pourvoyeur du sultan de Casgar.
Histoire racontée par le Pourvoyeur du sultan de Casgar. suite. -
Les Mille et Une Nuits - Tome III
Histoire racontée par le Médecin juif.
Histoire que raconte le Tailleur.
Histoire du Barbier.
Histoire du premier frère du Barbier.
Histoire du second frère du Barbier.
Histoire du troisième frère du Barbier.
Histoire du quatrième frère du Barbier.
Histoire du cinquième frère du Barbier.
Histoire du sixième frère du Barbier.
Histoire d'Aboulhassan Ali Ebn Becar et de Schemselnihar, favorite du Calife Haroun-al-Raschid.
Histoire d'Aboulhassan Ali Ebn Becar et de Schemselnihar, favorite du Calife Haroun-al-Raschid. suite.
Lettre de Schemselnihar au prince de Perse Ali Ebn Becar.
Réponse du prince de Perse à la lettre de Schemselnihar.
Lettre de Schemselnihar au prince de Perse.
Réponse du prince de Perse à Schemselnihar.
Réponse du prince de Perse à Schemselnihar. suite.
Histoire de Noureddin et de la belle Persienne.
Histoire de Noureddin et de la belle Persienne. suite 2.
Histoire de Noureddin et de la belle Persienne. suite 3.
Lettre du calife Haroun Alraschid au roi de Balsora. -
Les Mille et Une Nuits - Tome IV
Histoire des amours de Camaralzaman, prince de l'Ile des Enfants de Khaledan, et de Badoure, princesse de la Chine.
Histoire des amours de Camaralzaman, prince de l'Ile des Enfants de Khaledan, et de Badoure, princesse de la Chine. suite.
Suite de l'histoire de la princesse de la Chine.
Histoire de Marzavan avec la suite de celle de Camaralzaman.
Billet du prince Camaralzaman à la princesse de la Chine.
Séparation du prince Caramalzaman d'avec la princesse Badoure.
Histoire de la princesse Badoure après la séparation du prince Camaralzaman.
Suite de l'histoire du prince Camaralzaman depuis sa séparation d'avec la princesse Badoure.
Histoire des princes Amgiad et Assad.
Le prince Assad arrêté en entrant dans la ville des Mages.
Histoire du prince Amgiad et d'une dame de la ville des Mages.
Suite de l'histoire du prince Assad.
Histoire de Sindbad le marin.
Premier vovage.de Sindbad le marin.
Second voyage de Sindbad le marin.
Troisième vovage de Sindbad le marin.
Quatrième voyage de Sindbad le marin.
Cinquième voyage de Sindbad le marin.
Sixième voyage de Siudbad le malin.
Septième et dernier voyage de Sindbad le marin.
Histoire de Beder, prince de Perse, et de Giauhare, princesse du royaume de Samandal.
Histoire de Beder, prince de Perse, et de Giauhare, princesse du royaume de Samandal. suite. 2.
Histoire de Beder, prince de Perse, et de Giauhare, princesse du royaume de Samandal. suite. 3 -
Les Mille et Une Nuits - Tome V
Histoire de Ganem, fils d'Abou Aïoub, surnommé l'Esclave d'amour.
Lettre du calife Haroun Alraschid à Mohammed Zinebi, roi de Syrie.
Histoire du prince Zeyn-Alasnam et du Roi des Génies.
Histoire de Codadad et de ses frères.
Histoire de la Princesse de Deryabar.
Histoire du Dormeur éveillé.
Histoire du Dormeur éveillé. suite.2
Histoire du Dormeur éveillé. suite.3 -
Les Mille et Une Nuits - Tome VI
Histoire de la Lampe merveilleuse.
Histoire de la Lampe merveilleuse. suite.2
Histoire de la Lampe merveilleuse. suite.3
Aventures du calife Haroun Alraschid.
Histoire de l'aveugle Baba Abdalla.
Histoire de Sidi Nouman.
Histoire de Cogia Hassan Alhabbal.
Suite de l'histoire de Cogia Hassan Alhabbal.
Histoire d'Ali Baba et de Quarante Voleurs exterminés par une esclave.
Histoire d'Ali Baba et de Quarante Voleurs exterminés par une esclave. suite.1 -
Les Mille et Une Nuits - Tome VII
Histoire d'Ali Cogia, marchand de Bagdad.
Histoire du Cheval enchanté.
Histoire du Cheval enchanté. suite.
Histoire du prince Ahmed et de la fée Pari-Banou.
Histoire du prince Ahmed et de la fée Pari-Banou. suite.2
Histoire du prince Ahmed et de la fée Pari-Banou. suite.3
Histoire de Deux Sœurs jalouses de leur cadette.
Histoire de Deux Sœurs jalouses de leur cadette.
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Les Mille et Une Nuits - Tome VIII
Préface du traducteur de la continuation des Mille et une Nuits
Nouvelles Aventures du calife Haroun Alraschild, ou Histoire de la petite fille de Chosroès Anouschirvan
Le Bimaristan, ou Histoire du jeune marchand de Bagdad et de la dame inconnue
Le Médecin et le jeune traiteur de Bagdad.
Histoire du sage Hicar.
Histoire du roi Azadbakht, ou des dix visirs.
Histoire du marchand devenu malheureux.
Histoire du marchand imprudent et de ses deux enfans.
Histoire d’Abousaber, ou de l’homme patient.
Histoire du prince Behezad.
Histoire du roi Dadbin, ou de la vertueuse Aroua.
Histoire du roi Bakhtzeman.
Histoire du roi Khadidan.
Histoire du roi Beherkerd.
Histoire du roi Hanschah et d’Abouteman.
Histoire du roi Ibrahim et de son fils
Histoire de Soleïman-schah.
Histoire de l’esclave sauvé du supplice -
Les Mille et Une Nuits - Tome IX
Attaf ou L’Homme généreux.
Histoire du prince Habib et de Dorrat Algoase.
Histoire du roi Sapor, souverain des isle Bellour ; de Camar Alzeman, fille du génie Alatrous, et de Dorrat Algoase
Histoire de Naama et de Naam.
Histoire d’Alaeddin.
Histoire d’Abou Mohammed Alkeslan.
Histoire d’Aly Mohammed le joaillier, ou du faux calife.
- Extraits : Cours de littérature ancienne et moderne tome IX. par J.F. Laharpe -1825.
- Les Mille et une nuits par Galland, illustrés par : MM. FRANÇAIS, H. BARON, ED. WATTIER, LA VILLE, etc...Revus et corrigés sur l'édition Princeps de 1704.Nouvelle édition de 1861.
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Qui ne me soit souverain bien, -
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Saadi disait : " Si la peste donnait des pensions, la peste trouverait encore des flatteurs et des serviteurs".
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