La Perse est une partie de la terre de si grande étendue, que ce n’est pas sans raison que ses anciens rois ont porté le titre superbe de rois des rois. Autant qu’il y a de provinces, sans parler de tous les autres royaumes qu’ils avaient conquis, autant il y avait de rois, et ces rois ne leur payaient pas seulement de gros tributs, ils leur étaient même aussi soumis que les gouverneurs le sont aux rois de tous les autres royaumes.
Un de ces rois, qui avait commencé son règne par d’heureuses et de grandes conquêtes, régnait il y avait de longues années avec un bonheur et une tranquillité qui le rendaient le plus satisfait de tous les monarques. Il n’y avait qu’un seul endroit par où il s’estimait malheureux : c’est qu’il était fort âgé et que de toutes ses femmes il n’y en avait pas une qui lui eût donné un prince pour lui succéder après sa mort. Il en avait cependant plus de cent, toutes logées magnifiquement et séparément, avec des femmes esclaves pour les servir, et des eunuques pour les garder. Malgré tous ces soins à les rendre contentes et à prévenir leurs désirs, aucune ne remplissait son attente. On lui en amenait de tous les pays les plus éloignés, et il ne se contentait pas de les payer sans faire de prix : dès qu’elles lui agréaient, il comblait encore les marchands d’honneurs, de bienfaits et de bénédictions pour en attirer d’autres, dans l’espérance qu’enfin il aurait un fils de quelqu’une. Il n’y avait pas aussi de bonnes œuvres qu’il ne fît pour fléchir le ciel. Il faisait des aumônes immenses aux pauvres, de grandes largesses aux plus dévots de sa religion, et de nouvelles fondations toutes royales en leur faveur, afin d’obtenir, par leurs prières, ce qu’il souhaitait si ardemment.
Un jour que, selon la coutume pratiquée tous les jours par les rois ses prédécesseurs, lorsqu’ils étaient de résidence dans leur capitale, il tenait l’assemblée de ses courtisans, où se trouvaient tous les ambassadeurs et les étrangers de distinction qui étaient à sa cour, où l’on s’entretenait, non pas de nouvelles qui regardaient l’état, mais de sciences, d’histoire de littérature, de poésie et de toute autre chose capable de récréer l’esprit agréablement, ce jour-là, dis-je, un eunuque vint lui annoncer qu’un marchand, qui venait d’un pays très-éloigné, avec une esclave qu’il lui amenait, demandait la permission de la lui faire voir. « Qu’on le fasse entrer et qu’on le place, dit le roi, je lui parlerai après l’assemblée. » On introduisit le marchand et on le plaça dans un endroit d’où il pouvait voir le roi à son aise, et l’entendre parler familièrement avec ceux qui étaient le plus près de sa personne.
Le roi en usait ainsi avec tous les étrangers qui devaient lui parler, et il le faisait exprès afin qu’ils s’accoutumassent à le voir, et qu’en le voyant parler aux uns et aux autres avec familiarité et avec bonté, ils prissent la confiance de lui parler de même, sans se laisser surprendre par l’éclat et la grandeur dont il était environné, capables d’ôter la parole à ceux qui n’y auraient pas été accoutumés. Il le pratiquait même à l’égard des ambassadeurs. D’abord il mangeait avec eux, et pendant le repas il s’informait de leur santé, de leur voyage et des particularités de leurs pays. Cela leur donnait de l’assurance auprès de sa personne, et ensuite il leur donnait audience.
Quand l’assemblée fut finie, que tout le monde se fut retiré et qu’il ne resta plus que le marchand, le marchand se prosterna devant le trône du roi, la face contre terre, et lui souhaita l’accomplissement de tous ses désirs. Dès qu’il se fut relevé, le roi lui demanda s’il était vrai qu’il lui eût amené une esclave comme on le lui avait dit, et si elle était belle.
« Sire, répondit le marchand, je ne doute pas que Votre Majesté n’en ait de très-belles depuis qu’on lui en cherche dans tous les endroits du monde avec tant de soin ; mais je puis assurer, sans craindre de trop priser ma marchandise, qu’elle n’en a pas encore vu une qui puisse entrer en concurrence avec elle, si l’on considère sa beauté, sa belle taille, ses agréments et toutes les perfections dont elle est partagée. – Où est-elle ? reprit le roi, amène-la-moi. – Sire, repartit le marchand, je l’ai laissée entre les mains d’un officier de vos eunuques. Votre Majesté peut commander qu’on la fasse venir. »
On amena l’esclave, et dès que le roi la vit il en fut charmé, à la considérer seulement par sa taille belle et dégagée. Il entra aussitôt dans un cabinet, où le marchand le suivit avec quelques eunuques. L’esclave avait un voile de satin rouge rayé d’or qui lui cachait le visage. Le marchand le lui ôta, et le roi de Perse vit une dame qui surpassait en beauté toutes celles qu’il avait alors et qu’il avait jamais eues. Il en devint passionnément amoureux dès ce moment, et il demanda au marchand combien il la voulait vendre.
« Sire, répondit le marchand, j’en ai donné mille pièces d’or à celui qui me l’a vendue, et je compte que j’en ai déboursé autant depuis trois ans que je suis en voyage pour arriver à votre cour. Je me garderai bien de la mettre à prix à un si grand monarque : je supplie Votre Majesté de la recevoir en présent si elle lui agrée. – Je te suis obligé, reprit le roi : ce n’est pas ma coutume d’en user ainsi avec des marchands qui viennent de si loin dans la vue de me faire plaisir. Je vais te faire compter dix mille pièces d’or. Seras-tu content ?
« – Sire, repartit le marchand, je me fusse estimé très-heureux si Votre Majesté eût bien voulu l’accepter pour rien ; mais je n’oserais refuser une aussi grande libéralité. Je ne manquerai pas de la publier dans mon pays et dans tous les lieux par où je passerai. » La somme lui fut comptée, et avant qu’il se retirât, le roi le fit revêtir en sa présence d’une robe de brocart d’or.
Le roi fit loger la belle esclave dans l’appartement le plus magnifique après le sien, et lui assigna plusieurs matrones et autres femmes esclaves pour la servir, avec ordre de lui faire prendre le bain, de l’habiller d’un habit le plus magnifique qu’elles pussent trouver, et de se faire apporter les plus beaux colliers de perles et les diamants les plus fins, et autres pierreries les plus riches, afin qu’elle choisît elle-même ce qui lui conviendrait le mieux.
Les matrones officieuses qui n’avaient d’autre attention que de plaire au roi, furent elles-mêmes ravies en admiration de la beauté de l’esclave Comme elles s’y connaissaient parfaitement bien : « Sire, lui dirent-elles, si Votre Majesté a la patience de nous donner seulement trois jours, nous nous engageons de la lui faire voir alors si fort au-dessus de ce qu’elle est présentement qu’elle ne la reconnaîtra plus. » Le roi eut bien de la peine à se priver si longtemps du plaisir de la posséder entièrement. « Je le veux bien, reprit-il, mais à la charge que vous me tiendrez votre promesse. »
La capitale du roi de Perse était située dans une île, et son palais, qui était très-superbe, était bâti sur le bord de la mer. Comme son appartement avait vue sur cet élément, celui de la belle esclave, qui n’était pas éloigné du sien, avait aussi la même vue, et elle était d’autant plus agréable que la mer battait presque au pied des murailles.
Au bout de trois jours, la belle esclave, parée et ornée magnifiquement, était seule dans sa chambre, assise sur un sofa et appuyée à une des fenêtres qui regardaient la mer, lorsque le roi, averti qu’il pouvait la voir, y entra. L’esclave, qui entendit que l’on marchait dans sa chambre d’un autre air que les femmes qui l’avaient servie jusqu’alors, tourna aussitôt la tête pour voir qui c’était. Elle reconnut le roi ; mais, sans en témoigner la moindre surprise, sans même se lever pour lui faire civilité et pour le recevoir, comme s’il eût été la personne du monde la plus indifférente, elle se remit à la fenêtre, comme auparavant.
Le roi de Perse fut extrêmement étonné de voir qu’une esclave si belle et si bien faite sût si peu ce que c’était que le monde. Il attribua ce défaut à la mauvaise éducation qu’on lui avait donnée et au peu de soin qu’on avait pris de lui apprendre les premières bienséances. Il s’avança vers elle jusqu’à la fenêtre, où, nonobstant la manière et la froideur avec laquelle elle venait de le recevoir, elle se laissa regarder, admirer, et même caresser et embrasser autant qu’il le souhaita.
Entre ces caresses et ces embrassements, ce monarque s’arrêta pour la regarder, ou plutôt pour la dévorer des yeux. « Ma toute belle, ma charmante, ma ravissante ! s’écriait-il, dites-moi, je vous prie, d’où vous venez, d’où sont et qui sont l’heureux père et l’heureuse mère qui ont mis au monde un chef-d’œuvre de la nature aussi surprenant que vous êtes. Que je vous aime et que je vous aimerai ! Jamais je n’ai senti pour femme ce que j’ai senti pour vous ; j’en ai cependant bien vu, et j’en vois encore un grand nombre tous les jours, mais jamais je n’ai vu tant de charmes tout à la fois, qui m’enlèvent à moi-même pour me donner tout à vous. Mon cher cœur, ajoutait-il, vous ne me répondez rien, vous ne me faites même connaître par aucune marque que vous soyez sensible à tant de témoignages que je vous donne de mon amour extrême. Vous ne détournez pas même les yeux pour donner aux miens le plaisir de les rencontrer et de vous convaincre qu’on ne peut pas aimer plus que je vous aime. Pourquoi gardez-vous ce grand silence qui me glace ? D’où vient ce sérieux, ou plutôt cette tristesse qui m’afflige ? Regrettez-vous votre pays, vos parents, vos amis ? Hé quoi ! un roi de Perse, qui vous aime, qui vous adore, n’est-il pas capable de vous consoler et de vous tenir lieu de toute chose au monde ? »
Quelque protestation d’amour que le roi de Perse fît à l’esclave, et quoi qu’il pût dire pour l’obliger d’ouvrir la bouche et de parler, l’esclave demeura dans un froid surprenant, les yeux toujours baissés, sans les lever pour le regarder, et sans proférer une seule parole.
Le roi de Perse, ravi d’avoir fait une acquisition dont il était si content, ne la pressa pas davantage, dans l’espérance que le bon traitement qu’il lui ferait la ferait changer. Il frappa des mains, et aussitôt plusieurs femmes entrèrent, à qui il commanda de servir le souper. Dès que l’on eut servi : « Mon cœur, dit-il à l’esclave, approchez-vous et venez souper avec moi. » Elle se leva de la place où elle était, et quand elle fut assise vis à vis du roi, le roi la servit avant qu’il commençât de manger, et la servit de même à chaque plat pendant le repas. L’esclave mangea comme lui, mais toujours les yeux baissés et sans répondre un seul mot chaque fois qu’il lui demandait si les mets étaient de son goût.
Pour changer de discours, le roi lui demanda comment elle s’appelait, si elle était contente de son habillement, des pierreries dont elle était ornée, ce qu’elle pensait de son appartement et de l’ameublement, si la vue de la mer la divertissait. Mais sur toutes ces demandes elle garda le même silence, dont il ne savait plus que penser. Il s’imagina que peut-être elle était muette. « Mais, disait-il en lui-même, serait-il possible que Dieu eût formé une créature si belle, si parfaite et si accomplie, et qu’elle eût un si grand défaut ? Ce serait un grand dommage ; avec cela je ne pourrais m’empêcher de l’aimer comme je l’aime. »
Quand le roi se fut levé de table, il se lava les mains d’un côté pendant que l’esclave se les lavait de l’autre. Il prit ce temps-là pour demander aux femmes qui lui présentaient le bassin et la serviette, si elle leur avait parlé. Celle qui prit la parole lui répondit : « Sire, nous ne l’avons ni vue ni entendue plus que Votre Majesté vient de la voir elle-même ; nous lui avons rendu nos services dans le bain, nous l’avons peignée, coiffée, habillée dans sa chambre, et jamais elle n’a ouvert la bouche pour nous dire : « Cela est bien, je suis contente. » Nous lui demandions : « Madame, n’avez-vous besoin de rien ? Souhaitez-vous quelque chose ? Demandez, commandez-nous. » Nous ne savons si c’est mépris, affliction, bêtise ou qu’elle soit muette, nous n’avons pu tirer d’elle une seule parole : c’est tout ce que nous pouvons dire à Votre Majesté. »
Le roi de Perse fut plus surpris qu’auparavant sur ce qu’il venait d’entendre. Comme il crut que l’esclave pouvait avoir quelque sujet d’affliction, il voulut essayer de la réjouir. Pour cela, il fit une assemblée de toutes les dames de son palais. Elles vinrent, et celles qui savaient jouer des instruments en jouèrent, et les autres chantèrent ou dansèrent, ou firent l’un et l’autre tout à la fois : elles jouèrent enfin à plusieurs sortes de jeux qui réjouirent le roi. L’esclave seule ne prit aucune part à tous ces divertissements : elle demeura dans sa place toujours les yeux baissés, et avec une tranquillité dont toutes les dames ne furent pas moins surprises que le roi. Elles se retirèrent chacune à son appartement, et le roi, qui demeura seul, coucha avec la belle esclave.
Le lendemain le roi de Perse se leva plus content qu’il ne l’avait été de toutes les femmes qu’il eût jamais vues, sans en excepter aucune, et plus passionné pour la belle esclave que le jour d’auparavant. Il le fit bien paraître : en effet, il résolut de ne s’attacher uniquement qu’à elle, et il exécuta sa résolution. Dès le même jour il congédia toutes ses autres femmes avec les riches habits, les pierreries et les bijoux qu’elles avaient à leur usage, et chacune une grosse somme d’argent, libres de se marier à qui bon leur semblerait, et il ne retint que les matrones et autres femmes âgées, nécessaires pour être auprès de la belle esclave. Elle ne lui donna pas la consolation de lui dire un seul mot pendant une année entière : il ne laissa pas cependant d’être très-assidu auprès d’elle, avec toutes les complaisances imaginables, et de lui donner les marques les plus signalées d’une passion très-violente.
L’année était écoulée, et le roi, assis un jour près de sa belle, lui protestait que son amour, au lieu de diminuer, augmentait tous les jours avec plus de force. « Ma reine, lui disait-il, je ne puis deviner ce que vous en pensez : rien n’est plus vrai cependant, et je vous jure que je ne souhaite plus rien depuis que j’ai le bonheur de vous posséder. Je fais état de mon royaume, tout grand qu’il est, moins que d’un atome, lorsque je vous vois et que je puis vous dire mille fois que je vous aime. Je ne veux pas que mes paroles vous obligent de le croire ; mais vous ne pouvez en douter après le sacrifice que j’ai fait à votre beauté du grand nombre de femmes que j’avais dans mon palais. Vous pouvez vous en souvenir, il y a un an passé que je les renvoyai toutes, et je m’en repens aussi peu au moment que je vous en parle qu’au moment que je cessai de les voir, et je ne m’en repentirai jamais. Rien ne manquerait à ma satisfaction, à mon contentement et à ma joie, si vous me disiez seulement un mot pour me marquer que vous m’en avez quelque obligation. Mais comment pourriez-vous me le dire si vous êtes muette ? Hélas ! je ne crains que trop que cela ne soit ! Et quel moyen de ne le pas craindre après un an entier que je vous prie mille fois chaque jour de me parler et que vous gardez un silence si affligeant pour moi ? S’il n’est pas possible que j’obtienne de vous cette consolation, fasse le ciel au moins que vous me donniez un fils pour me succéder après ma mort. Je me sens vieillir tons les jours, et dès à présent j’aurais besoin d’en avoir un pour m’aider à soutenir le plus grand poids de ma couronne. Je reviens au grand désir que j’ai de vous entendre parler : quelque chose me dit en moi-même que vous n’êtes pas muette. Hé ! de grâce, madame, je vous en conjure, rompez cette longue obstination ; dites-moi un mot seulement, après cela je ne me soucie plus de mourir. »
À ce discours, la belle esclave, qui, selon sa coutume, avait écouté le roi, toujours les yeux baissés, et qui ne lui avait pas seulement donné lieu de croire qu’elle était muette, mais même qu’elle n’avait jamais ri de sa vie, se mit à sourire. Le roi de Perse s’en aperçut avec une surprise qui lui en fit faire une exclamation de joie, et comme il ne douta pas qu’elle ne voulût parler, il attendit ce moment avec une attention et avec une impatience qu’on ne peut exprimer.
La belle esclave enfin rompit un si long silence et elle parla : « Sire, dit-elle, j’ai tant de choses à dire à Votre Majesté, en rompant mon silence, que je ne sais par où commencer. Je crois néanmoins qu’il est de mon devoir de la remercier d’abord de toutes les grâces et de tous les honneurs dont elle m’a comblée, et de demander au ciel qu’il la fasse prospérer, qu’il détourne les mauvaises intentions de ses ennemis et ne permette pas qu’elle meure après m’avoir entendue parler, mais lui donne une longue vie. Après cela, sire, je ne puis vous donner une plus grande satisfaction qu’en vous annonçant que je suis grosse : je souhaite avec elle que ce soit d’un fils. Ce qu’il y a de sûr, sire, ajouta-t-elle, c’est que sans ma grossesse (je supplie Votre Majesté de prendre ma sincérité en bonne part), j’étais résolue de ne jamais vous aimer, aussi bien que de garder un silence perpétuel, et que présentement je vous aime autant que je le dois. »
Le roi de Perse, ravi d’avoir entendu parler la belle esclave et lui annoncer une nouvelle qui l’intéressait si fort, l’embrassa tendrement. « Lumière éclatante de mes yeux, lui dit-il, je ne pouvais recevoir une plus grande joie que celle dont vous venez de me combler. Vous m’avez parlé et vous m’avez annoncé votre grossesse ! Je ne me sens pas moi-même, après ces deux sujets de me réjouir que je n’attendais pas. »
Dans le transport de joie où était le roi de Perse, il n’en dit pas davantage à la belle esclave. Il la quitta, mais d’une manière à faire connaître qu’il allait revenir bientôt. Comme il voulait que le sujet de sa joie fût rendu public, il l’annonça à ses officiers et fit appeler son grand vizir. Dès qu’il fut arrivé, il le chargea de distribuer cent mille pièces d’or aux ministres de sa religion qui faisaient vœu de pauvreté, aux hôpitaux et aux pauvres, en action de grâces à Dieu, et sa volonté fut exécutée par les ordres de ce ministre.
Cet ordre donné, le roi de Perse vint retrouver la belle esclave. « Madame, lui dit-il, excusez-moi si je vous ai quittée si brusquement, vous m’en avez donné l’occasion vous-même ; mais vous voudrez bien que je remette à vous en entretenir une autre fois : je désire savoir de vous des choses d’une conséquence beaucoup plus grande. Dites-moi, je vous en supplie, ma chère âme, quelle raison si forte vous avez eue de me voir, de m’entendre parler, de manger et de coucher avec moi chaque jour, toute une année, et d’avoir eu cette constance inébranlable, je ne dis point de ne pas ouvrir la bouche pour me parler, mais même de ne pas donner à comprendre que vous entendiez fort bien tout ce que je vous disais. Cela me passe, et je ne comprends pas comment vous avez pu vous contraindre jusqu’à ce point ; il faut que le sujet en soit bien extraordinaire. »
Pour satisfaire la curiosité du roi de Perse : « Sire, reprit cette belle personne, être esclave, être éloignée de son pays, avoir perdu l’espérance d’y retourner jamais, avoir le cœur percé de douleur de me voir séparée pour toujours d’avec ma mère, mon frère, mes parents, mes connaissances, ne sont-ce pas des motifs assez grands pour avoir gardé le silence que Votre Majesté trouve si étrange ? L’amour de la patrie n’est pas moins naturel que l’amour paternel, et la perte de la liberté est insupportable à quiconque n’est pas assez dépourvu de bon sens pour n’en pas connaître tout le prix. Le corps peut bien être assujetti à l’autorité d’un maître qui a la force et la puissance en main, mais la volonté ne peut pas être maîtrisée, elle est toujours à elle-même : Votre Majesté en a vu un exemple dans ma personne. C’est beaucoup que je n’aie pas imité une infinité de malheureux et de malheureuses que l’amour de la liberté réduit à la triste résolution de se procurer la mort en mille manières, par une liberté qui ne peut leur être ôtée.
« – Madame, reprit le roi de Perse, je suis persuadé de ce que vous me dites ; mais il m’avait semblé jusqu’à présent qu’une personne belle, bien faite, de bon sens et de bon esprit comme vous, madame, esclave par sa mauvaise destinée, devait s’estimer heureuse de trouver un roi pour maître.
« – Sire, repartit la belle esclave, quelque esclave que ce soit, comme je viens de le dire à Votre Majesté, un roi ne peut maîtriser sa volonté. Comme elle parle néanmoins d’une esclave capable de plaire à un monarque et de s’en faire aimer, si l’esclave est d’un état inférieur, qu’il n’y ait pas de proportion, je veux croire qu’elle peut s’estimer heureuse dans son malheur. Quel bonheur cependant ! Elle ne laissera pas de se regarder comme une esclave arrachée d’entre les bras de son père et de sa mère, et peut-être d’un amant qu’elle ne laissera pas d’aimer toute sa vie. Mais si la même esclave ne cède en rien au roi qui l’a acquise, que Votre Majesté elle-même juge de la rigueur de son sort, de sa misère, de son affliction, de sa douleur, et de quoi elle peut être capable ! »
Le roi de Perse, étonné de ce discours : « Quoi ! madame, répliqua-t-il, serait-il possible, comme vous me le faites entendre, que vous fussiez d’un sang royal ? Éclaircissez-moi, de grâce, là-dessus, et n’augmentez pas mon impatience. Apprenez-moi qui sont l’heureux père et l’heureuse mère d’un si grand prodige de beauté, qui sont vos frères, vos sœurs, vos parents, et surtout comment vous vous appelez.
« – Sire, dit alors la belle esclave, mon nom est Gulnare de la Mer : mon père, qui est mort, était un des plus puissants rois de la mer, et en mourant il nous laissa son royaume, à un frère que j’ai, nommé Saleh, à la reine ma mère, et à moi. Ma mère est aussi princesse, fille d’un autre roi de la mer, très-puissant. Nous vivions tranquillement dans notre royaume et dans une paix profonde, lorsqu’un ennemi, envieux de notre bonheur, entra dans nos états avec une puissante armée, pénétra jusqu’à notre capitale, s’en empara, et ne nous donna que le temps de nous sauver dans un lieu impénétrable et inaccessible avec quelques officiers fidèles qui ne nous abandonnèrent pas.
« Dans cette retraite, mon frère ne négligea pas de songer aux moyens de chasser l’injuste possesseur de nos états ; et, dans cet intervalle, il me prit un jour en particulier : « Ma sœur, me dit-il, les événements des moindres entreprises sont toujours très-incertains ; je puis succomber dans celle que je médite pour rentrer dans nos états, et je serais moins fâché de ma disgrâce que de celle qui pourrait vous en arriver. Pour la prévenir et vous en préserver, je voudrais bien vous voir mariée auparavant. Mais, dans le mauvais état où sont nos affaires, je ne vois pas que vous puissiez vous donner à aucun de nos princes de la mer. Je souhaiterais que vous pussiez vous résoudre à entrer dans mon sentiment, qui est que vous épousiez un prince de la terre. Je suis prêt à y employer tous mes soins ; de la beauté dont vous êtes, je suis sûr qu’il n’y en a pas un, si puissant qu’il soit, qui ne fût ravi de vous faire part de sa couronne. »
« Ce discours de mon frère me mit dans une grande colère contre lui : « Mon frère, lui dis-je, du côté de mon père et de ma mère je descends comme vous de rois et de reines de la mer, sans aucune alliance avec les rois et reines de la terre. Je ne prétends pas me mésallier plus qu’eux, et j’en ai fait le serment dès que j’ai eu assez de connaissance pour m’apercevoir de la noblesse et de l’ancienneté de notre maison. L’état où nous sommes réduits ne m’obligera pas de changer de résolution, et si vous avez à périr dans l’exécution de votre dessein, je suis prête à périr avec vous plutôt que de suivre un conseil que je n’attendais pas de votre part. »
« Mon frère, entêté de ce mariage qui ne me convenait pas, à mon sens, voulut me représenter qu’il y avait des rois de la terre qui ne céderaient pas à ceux de la mer. Cela me mit dans une colère et dans un emportement contre lui qui m’attirèrent des duretés de sa part dont je fus piquée au vif. Il me quitta aussi peu satisfait de moi que j’étais mal satisfaite de lui. Dans le dépit où j’étais, je m’élançai du fond de la mer et j’allai aborder à l’île de la Lune.
« Nonobstant le cuisant mécontentement qui m’avait obligée de venir me jeter dans cette île, je ne laissais pas d’y vivre assez contente, et je me retirais dans les lieux écartés où j’étais commodément. Mes précautions néanmoins n’empêchèrent pas qu’un homme de quelque distinction, accompagné de domestiques, ne me surprît comme je dormais, et ne m’emmenât chez lui. Il me témoigna beaucoup d’amour, et il n’oublia rien pour me persuader d’y correspondre. Quand il vit qu’il ne gagnait rien par la douceur, il crut qu’il réussirait mieux par la force ; mais je le fis si bien repentir de son insolence, qu’il résolut de me vendre, et il me vendit au marchand qui m’a amenée et vendue à Votre Majesté. C’était un homme sage, doux et humain, et dans le long voyage qu’il me fit faire, il ne me donna jamais que des sujets de me louer de lui.
« Pour ce qui est de Votre Majesté, continua la princesse Gulnare, si elle n’eût eu pour moi toutes les considérations dont je lui suis obligée, si elle ne m’eût donné tant de marques d’amour avec une sincérité dont je n’ai pu douter, que sans hésiter elle n’eût pas chassé toutes ses femmes, je ne feins pas de lui dire que je ne serais pas demeurée avec elle. Je me serais jetée dans la mer par cette fenêtre où elle m’aborda la première fois qu’elle me vit dans cet appartement, et je serais allée retrouver mon frère, ma mère et mes parents. J’eusse même persévéré dans ce dessein et je l’eusse exécuté, si après un certain temps j’eusse perdu l’espérance d’une grossesse. Je me garderais bien de le faire dans l’état où je suis : en effet, quoi que je pusse dire à ma mère et à mon frère, jamais ils ne voudraient croire que j’eusse été esclave d’un roi comme Votre Majesté, et jamais aussi ils ne reviendraient de la faute que j’aurais commise contre mon honneur, de mon consentement. Avec cela, sire, soit un prince ou une princesse que je mette au monde, ce sera un gage qui m’obligera de ne me séparer jamais d’avec Votre Majesté : j’espère aussi qu’elle ne me regardera plus comme une esclave, mais comme une princesse qui n’est pas indigne de son alliance. »
C’est ainsi que la princesse Gulnare acheva de faire connaître et de raconter son histoire au roi de Perse. « Ma charmante, mon adorable princesse, s’écria alors ce monarque, quelles merveilles viens-je d’entendre ! Quelle ample matière à ma curiosité de vous faire des questions sur des choses si inouïes ! Mais auparavant je dois bien vous remercier de votre bonté et de votre patience à éprouver la sincérité et la constance de mon amour. Je ne croyais pas pouvoir aimer plus que je vous aimais : depuis que je sais cependant que vous êtes une si grande princesse, je vous aime mille fois davantage. Que dis-je, princesse ! madame, vous ne l’êtes plus, vous êtes ma reine et reine de Perse, comme j’en suis le roi : ce titre va bientôt retentir dans tout mon royaume. Dès demain, madame, il retentira dans ma capitale avec des réjouissances non encore vues, qui feront connaître que vous l’êtes, et ma femme légitime. Cela serait fait il y a longtemps si vous m’eussiez tiré plus tôt de mon erreur, puisque dès le moment où je vous ai vue, j’ai été dans le même sentiment qu’aujourd’hui, de vous aimer toujours et de ne jamais aimer que vous.
« En attendant que je me satisfasse moi-même pleinement et que je vous rende tout ce qui vous est dû, je vous supplie, madame, de m’instruire plus particulièrement de ces états et de ces peuples de la mer, qui me sont inconnus. J’avais bien entendu parler d’hommes marins, mais j’avais toujours pris ce que l’on m’en avait dit pour des contes et des fables. Rien n’est plus vrai cependant, après ce que vous m’en dites, et j’en ai une preuve bien certaine en votre personne, vous qui en êtes et qui avez bien voulu être ma femme, et cela par un avantage dont un autre habitant de la terre ne peut se vanter que moi. Il y a une chose qui me fait de la peine et sur laquelle je vous supplie de m’éclaircir : c’est que je ne puis comprendre comment vous pouvez vivre, agir ou vous mouvoir dans l’eau, sans vous noyer. Il n’y a que certaines gens parmi nous qui ont l’art de demeurer sous l’eau ; ils y périraient néanmoins s’ils ne s’en retiraient au bout d’un certain temps, chacun selon leur adresse et leurs forces.
« – Sire, répondit la reine Gulnare, je satisferai Votre Majesté avec bien du plaisir. Nous marchons au fond de la mer de même que l’on marche sur la terre, et nous respirons dans l’eau comme on respire dans l’air. Ainsi, au lieu de nous suffoquer comme elle vous suffoque, elle contribue à notre vie. Ce qui est encore bien remarquable, c’est qu’elle ne mouille pas nos habits et que quand nous venons sur la terre, nous en sortons sans avoir besoin de les sécher. Notre langage ordinaire est le même que celui dans lequel l’écriture gravée sur le sceau du grand prophète Salomon, fils de David, est conçue.
« Je ne dois pas oublier que l’eau ne nous empêche pas aussi de voir dans la mer : nous y avons les yeux ouverts sans en souffrir aucune incommodité. Comme nous les avons excellents, nous ne laissons pas, nonobstant la profondeur de la mer, d’y voir aussi clair que l’on voit sur la terre. Il en est de même de la nuit : la lune nous éclaire, et les planètes et les étoiles ne nous sont pas cachées. J’ai déjà parlé de nos royaumes : comme la mer est beaucoup plus spacieuse que la terre, il y en a aussi en plus grand nombre et de beaucoup plus grands. Ils sont divisés en provinces, et dans chaque province il y a plusieurs grandes villes très-peuplées. Il y a enfin une infinité de nations, de mœurs et de coutumes différentes, comme sur la terre.
« Les palais des rois et des princes sont superbes et magnifiques : il y en a de marbre de différentes couleurs, de cristal de roche, dont la mer abonde, de nacre de perle, de corail et d’autres matériaux plus précieux. L’or, l’argent et toutes sortes de pierreries y sont en plus grande abondance que sur la terre. Je ne parle pas des perles : de quelque grosseur qu’elles soient sur la terre, on ne les regarde pas dans nos pays ; il n’y a que les moindres bourgeoises qui s’en parent.
« Comme nous avons une agilité merveilleuse et incroyable, parmi nous, de nous transporter où nous voulons en moins de rien, nous n’avons besoin ni de chars ni de montures. Il n’y a pas de roi, néanmoins, qui n’ait ses écuries et ses haras de chevaux marins ; mais ils ne s’en servent ordinairement que dans les divertissements ; dans les fêtes et dans les réjouissances publiques. Les uns, après les avoir bien exercés, se plaisent à les monter et à faire paraître leur adresse dans les courses. D’autres les attellent à des chars de nacre de perle ornés de mille coquillages de toutes sortes de couleurs les plus vives. Ces chars sont à découvert, avec un trône où les rois sont assis lorsqu’ils se font voir à leurs sujets. Ils sont adroits à les conduire eux-mêmes, et ils n’ont pas besoin de cochers. Je passe sous silence une infinité d’autres particularités très-curieuses touchant les pays marins, ajouta la reine Gulnare, qui feraient un très-grand plaisir à Votre Majesté. Mais elle voudra bien que je remette à l’entretenir plus à loisir pour lui parler d’une autre chose qui est présentement de plus d’importance. Ce que j’ai à lui dire, sire, c’est que les couches des femmes de mer sont différentes des couches des femmes de terre, et j’ai un sujet de craindre que les sages-femmes de ce pays ne m’accouchent mal. Comme Votre Majesté n’y a pas moins d’intérêt que moi, sous son bon plaisir, je trouve à propos, pour la sûreté de mes couches, de faire venir la reine ma mère avec des cousines que j’ai, et en même temps le roi mon frère, avec qui je suis bien aise de me réconcilier. Ils seront ravis de me revoir dès que je leur aurai raconté mon histoire, et qu’ils auront appris que je suis femme du puissant roi de Perse. Je supplie Votre Majesté de me le permettre ; ils seront bien aises aussi de lui rendre leurs respects, et je puis lui promettre qu’elle aura de la satisfaction à les voir.
« – Madame, reprit le roi de Perse, vous êtes la maîtresse : faites ce qu’il vous plaira ; je tâcherai de les recevoir avec tous les honneurs qu’ils méritent. Mais je voudrais bien savoir par quelle voie vous leur ferez savoir ce que vous désirez d’eux, et quand ils pourront arriver, afin que je donne ordre aux préparatifs pour leur réception, et que j’aille moi-même au-devant d’eux. – Sire, repartit la reine Gulnare, il n’est pas besoin de ces cérémonies : ils seront ici dans un moment ; et Votre Majesté verra de quelle manière ils arriveront : elle n’a qu’à entrer dans ce petit cabinet et regarder par la jalousie. »
Quand le roi de Perse fut entré dans le cabinet, la reine Gulnare se fit apporter une cassolette avec du feu par une de ses femmes, qu’elle renvoya en lui disant de fermer la porte. Lorsqu’elle fut seule, elle prit un morceau de bois d’aloès dans une boîte ; elle le mit dans la cassolette, et dès qu’elle vit paraître la fumée, elle prononça des paroles inconnues au roi de Perse, qui observait avec grande attention tout ce qu’elle faisait, et elle n’avait pas encore achevé, que l’eau de la mer se troubla. Le cabinet où était le roi était disposé de manière qu’il s’en aperçut au travers de la jalousie, en regardant du côté des fenêtres qui étaient sur la mer.
La mer enfin s’entr’ouvrit à quelque distance, et aussitôt il s’en éleva un jeune homme bien fait et de belle taille, avec la moustache de vert de mer. Une dame déjà sur l’âge, mais d’un air majestueux, s’en éleva de même un peu derrière lui, avec cinq jeunes dames qui ne cédaient en rien à la beauté de la reine Gulnare.
La reine Gulnare se présenta aussitôt à une des fenêtres, et elle reconnut le roi son frère, la reine sa mère et ses parentes, qui la reconnurent de même. La troupe s’avança comme portée sur la surface de l’eau, sans marcher, et quand ils furent tous sur le bord, ils s’élancèrent légèrement l’un après l’autre sur la fenêtre où la reine Gulnare avait paru, et d’où elle s’était retirée pour leur faire place. Le roi Saleh, la reine sa mère et ses parentes, l’embrassèrent avec beaucoup de tendresse et les larmes aux yeux à mesure qu’ils entrèrent.
Quand la reine Gulnare les eut reçus avec tout l’honneur possible, et quand elle leur eut fait prendre place sur le sofa, la reine sa mère prit la parole : « Ma fille, lui dit-elle, j’ai bien de la joie de vous revoir après une si longue absence, et je suis sûre que votre frère et vos parentes n’en ont pas moins que moi. Votre éloignement sans en avoir rien dit à personne nous a jetés dans une affliction inexprimable, et nous ne pourrions vous dire combien nous eu avons versé de larmes. Nous ne savons autre chose du sujet qui peut vous avoir obligée de prendre un parti si surprenant, que ce que votre frère nous a rapporté de l’entretien qu’il avait eu avec vous. Le conseil qu’il vous donna alors lui avait paru avantageux pour votre établissement, dans l’état où vous étiez aussi bien que nous. Il ne fallait pas vous alarmer si fort s’il ne vous plaisait pas, et vous voudrez bien que je vous dise que vous avez pris la chose tout autrement que vous ne le deviez. Mais laissons là ce discours qui ne ferait que renouveler des sujets de douleurs et de plaintes que vous devez oublier avec nous, et faites-nous part de tout ce qui vous est arrivé depuis un si long temps que nous ne vous avons vue, et de l’état où vous êtes présentement : sur toute chose, marquez-nous si vous êtes contente. »
La reine Gulnare se jeta aussitôt aux pieds de la reine sa mère, et après qu’elle lui eut baisé la main en se relevant : « Madame, reprit-elle, j’ai, commis une grande faute, je l’avoue, et je ne suis redevable qu’à votre bonté du pardon que vous voulez bien m’en accorder. Ce que j’ai à vous dire, pour vous obéir, vous fera connaître que c’est en vain bien souvent qu’on a de la répugnance pour de certaines choses. J’ai éprouvé par moi-même que la chose à quoi ma volonté était la plus opposée est justement celle où ma destinée m’a conduite malgré moi. » Elle lui raconta tout ce qui lui était arrivé depuis que le dépit l’avait portée à se lever du fond de la mer pour venir sur la terre. Lorsqu’elle eut achevé en marquant qu’enfin elle avait été vendue au roi de Perse, chez qui elle se trouvait : « Ma sœur, lui dit le roi son frère, vous avez grand tort d’avoir souffert tant d’indignités, et vous ne pouvez vous en plaindre qu’à vous-même. Vous aviez le moyen de vous en délivrer, et je m’étonne de votre patience à demeurer si longtemps dans l’esclavage Levez-vous et revenez avec nous au royaume que j’ai reconquis sur le fier ennemi qui s’en était emparé. »
Le roi de Perse, qui entendit ces paroles du cabinet où il était, en fut dans la dernière alarme. « Ah ! dit-il en lui-même, je suis perdu et ma mort est certaine si ma reine, si ma Gulnare écoute un conseil si pernicieux. Je ne puis plus vivre sans elle, et l’on m’en veut priver ! » La reine Gulnare ne le laissa pas longtemps dans la crainte où il était.
« Mon frère, reprit-elle en souriant, ce que je viens d’entendre me fait mieux comprendre que jamais combien l’amitié que vous avez pour moi est sincère. Je ne pus supporter le conseil que vous me donniez de me marier à un prince de la terre. Aujourd’hui, peu s’en faut que je ne me mette en colère contre vous de celui que vous me donnez de quitter l’engagement que j’ai avec le plus puissant et le plus renommé de tous ses princes. Je ne parle pas de l’engagement d’une esclave avec un maître : il nous serait aisé de lui restituer les dix mille pièces d’or que je lui ai coûté. Je parle de celui d’une femme avec un mari, et d’une femme qui ne peut se plaindre d’aucun sujet de mécontentement de sa part. C’est un monarque religieux, sage, modéré, qui m’a donné les marques d’amour les plus essentielles. Il ne pouvait pas m’en donner une plus signalée que de congédier, dès les premiers jours que je fus à lui, le grand nombre de femmes qu’il avait, pour ne s’attacher qu’à moi uniquement. Je suis sa femme, et il vient de me déclarer reine de Perse pour participer à ses conseils. Je dis de plus que je suis grosse et que si j’ai le bonheur, avec la faveur du ciel, de lui donner un fils, ce sera un autre lien qui m’attachera à lui plus inséparablement.
« Ainsi, mon frère, poursuivit la reine Gulnare, bien loin de votre conseil, toutes ces considérations, comme vous le voyez, ne m’obligent pas seulement d’aimer le roi de Perse autant qu’il m’aime, mais même de demeurer et de passer ma vie avec lui, plus par reconnaissance que par devoir. J’espère que ni ma mère, ni vous avec mes bonnes cousines, vous ne désapprouverez pas ma résolution, non plus que l’alliance que j’ai faite sans l’avoir cherchée, qui fait honneur également aux princes de la mer et de la terre. Excusez-moi si je vous ai donné la peine de venir ici du plus profond des ondes pour vous en faire part et avoir le bien de vous voir après une si longue séparation.
« – Ma sœur, reprit le roi Saleh, la proposition que je vous ai faite de revenir avec nous, sur le récit de vos aventures, que je n’ai pu entendre sans douleur, n’a été que pour vous marquer combien nous vous aimons tous, combien je vous honore en particulier, et que rien ne nous touche davantage que tout ce qui peut contribuer à votre bonheur. Par ces mêmes motifs, je ne puis en mon particulier qu’approuver une résolution si raisonnable et si digne de vous, après ce que vous venez de nous dire de la personne du roi de Perse votre époux, et des grandes obligations que vous lui avez. Pour ce qui est de la reine votre mère et la mienne, je suis persuadé qu’elle n’est pas d’un autre sentiment. »
Cette princesse confirma ce que le roi son fils venait d’avancer. « Ma fille, reprit-elle en s’adressant aussi à la reine Gulnare, je suis ravie que vous soyez contente, et je n’ai rien à ajouter à ce que le roi votre frère vient de vous témoigner. Je serais la première à vous condamner, si vous n’aviez toute la reconnaissance que vous devez pour un monarque qui vous aime avec tant de passion et qui a fait de si grandes choses pour vous. »
Autant le roi de Perse, qui était dans le cabinet, avait été affligé par la crainte de perdre la reine Gulnare, autant il eut de joie de voir qu’elle était résolue de ne le pas abandonner. Comme il ne pouvait plus douter de son amour après une déclaration si authentique, il l’en aima mille fois davantage, et il se promit bien de lui en marquer sa reconnaissance par tous les endroits qu’il lui serait possible.
Pendant que le roi de Perse s’entretenait ainsi avec un plaisir incroyable, la reine Gulnare avait frappé des mains et avait commandé à des esclaves qui étaient entrées aussitôt de servir la collation. Quand elle fut servie, elle invita la reine sa mère, le roi son frère et ses parentes de s’approcher et de manger. Mais ils eurent tous la même pensée que, sans en avoir demandé la permission, ils se trouvaient dans le palais d’un puissant roi qui ne les avait jamais vus et qui ne les connaissait pas, et qu’il y aurait une grande incivilité de manger à la table sans lui. La rougeur leur en monta au visage, et de l’émotion où ils en étaient, ils jetèrent des flammes par les narines et par la bouche, avec des yeux enflammés.
Le roi de Perse fut dans une frayeur inexprimable à ce spectacle, auquel il ne s’attendait pas et dont il ignorait la cause. La reine Gulnare, qui se douta de ce qui en était et qui avait compris l’intention de ses parents, ne fit que le leur marquer en se levant de sa place, et dit qu’elle allait revenir. Elle passa au cabinet, où elle rassura le roi par sa présence. « Sire, lui dit-elle, je ne doute pas que Votre Majesté ne soit bien contente du témoignage que je viens de rendre des grandes obligations dont je lui suis redevable. Il n’a tenu qu’à moi de m’abandonner à leurs désirs et de retourner avec eux dans nos états ; mais je ne suis pas capable d’une ingratitude dont je me condamnerais la première – Ah ! ma reine, s’écria le roi de Perse, ne parlez pas des obligations que vous m’avez : vous ne m’en avez aucune. Je vous en ai moi-même de si grandes que jamais je ne pourrai vous en témoigner assez de reconnaissance. Je n’avais pas cru que vous m’aimassiez au point que je vois que vous m’aimez : vous venez de me le faire connaître de la manière la plus éclatante. – Eh ! sire, reprit la reine Gulnare, pouvait-je en faire moins que ce que je viens de faire ? Je n’en fais pas encore assez après tous les honneurs que j’ai reçus, après tant de bienfaits dont vous m’avez comblée, après tant de marques d’amour auxquelles il n’est pas possible que je sois insensible.
« Mais, sire, ajouta la reine Gulnare, laissons là ce discours pour vous assurer de l’amitié sincère dont la reine ma mère et le roi mon frère vous honorent. Ils meurent de l’envie de vous voir et de vous en assurer eux-mêmes. J’ai même pensé me faire une affaire avec eux en voulant leur donner la collation avant de leur procurer cet honneur. Je supplie donc Votre Majesté de vouloir bien entrer et de les honorer de votre présence.
« – Madame, repartit le roi de Perse, j’aurai un grand plaisir de saluer des personnes qui vous appartiennent de si près ; mais ces flammes que j’ai vues sortir de leurs narines et de leurs bouches me donnent de la frayeur – Sire, répliqua la reine en riant, ces flammes ne doivent pas faire la moindre peine à Votre Majesté : elles ne signifient autre chose que leur répugnance à manger de ses biens dans son palais, qu’elle ne les honore de sa présence et ne mange avec eux. »
Le roi de Perse, rassuré par ces paroles, se leva de sa place et entra dans la chambre avec la reine Gulnare, et la reine Gulnare le présenta à la reine sa mère, au roi son frère et à ses parentes, qui se prosternèrent aussitôt la face contre terre. Le roi de Perse courut aussitôt à eux, les obligea de se relever et les embrassa l’un après l’autre. Après qu’ils se furent tous assis, le roi Saleh prit la parole : « Sire, dit-il au roi de Perse, nous ne pouvons assez témoigner notre joie à Votre Majesté de ce que la reine Gulnare, ma sœur, dans sa disgrâce, a eu le bonheur de se trouver sous la protection d’un monarque si puissant. Nous pouvons l’assurer qu’elle n’est pas indigne du haut rang où il lui a fait l’honneur de l’élever. Nous avons toujours eu une si grande amitié et tant de tendresse pour elle, que nous n’avons pu nous résoudre à l’accorder à aucun des puissants princes de la mer, qui nous l’avaient demandée en mariage avant même qu’elle fût en âge. Le ciel vous la réservait, sire, et nous ne pouvons mieux le remercier de la faveur qu’il lui a faite qu’en lui demandant d’accorder à Votre Majesté la grâce de vivre de longues années avec elle, avec toute sorte de prospérités et de satisfactions.
« – Il fallait bien, reprit le roi de Perse, que le ciel me l’eût réservée, comme vous le remarquez. En effet, la passion ardente dont je l’aime me fait connaître que je n’avais jamais rien aimé avant de l’avoir vue. Je ne puis assez témoigner de reconnaissance à la reine sa mère, ni à vous, prince, ni à votre parenté, de la générosité avec laquelle vous consentez à me recevoir dans une alliance qui m’est si glorieuse. » En achevant ces paroles, il les invita à se mettre à table et il s’y mit aussi avec la reine Gulnare. La collation achevée, le roi de Perse s’entretint avec eux bien avant dans la nuit, et, lorsqu’il fut temps de se retirer, il les conduisit lui-même chacun à l’appartement qu’il leur avait fait préparer.
Le roi de Perse régala ses illustres hôtes par des fêtes continuelles, dans lesquelles il n’oublia rien de tout ce qui pouvait faire paraître sa grandeur et sa magnificence, et insensiblement il les engagea à demeurer à la cour jusqu’aux couches de la reine. Dès qu’elle en sentit les approches, il donna ordre à ce que rien ne lui manquât de toutes les choses dont elle pouvait avoir besoin dans cette conjoncture. Elle accoucha enfin, et elle mit au monde un fils, avec une grande joie de la reine sa mère, qui l’accoucha, et qui alla présenter l’enfant au roi dès qu’il fut dans ses premières langes, qui étaient magnifiques.
Le roi de Perse reçut ce présent avec une joie qu’il est plus aisé d’imaginer que d’exprimer. Comme le visage du petit prince son fils était plein et éclatant de beauté, il ne crut pas pouvoir lui donner un nom plus convenable que celui de Beder[16]. En action de grâce au ciel, il assigna de grandes aumônes aux pauvres, il fit sortir les prisonniers hors des prisons, il donna la liberté à tous les esclaves de l’un et de l’autre sexe, et il fit distribuer de grosses sommes aux ministres et aux dévots de sa religion. Il fit aussi de grandes largesses à sa cour et au peuple, et l’on publia, par son ordre, des réjouissances de plusieurs jours par toute la ville.
Après que la reine Gulnare fut relevée de ses couches, un jour que le roi de Perse, la reine Gulnare, la reine sa mère, le roi Saleh son frère et les princesses leurs parentes, s’entretenaient ensemble dans la chambre de la reine, la nourrice y entra avec le petit prince Beder qu’elle portait entre ses bras. Le roi Saleh se leva aussitôt de sa place, courut au petit prince, et après l’avoir pris entre les bras de la nourrice dans les siens, il se mit à le baiser et à le caresser avec de grandes démonstrations de tendresse. Il fit plusieurs tours par la chambre en jouant et en le tenant en l’air entre les mains, et tout d’un coup, dans le transport de sa joie, il s’élança par une fenêtre qui était ouverte, et se plongea dans la mer avec le prince.
Le roi de Perse, qui ne s’attendait pas à ce spectacle, poussa des cris épouvantables, dans la croyance qu’il ne reverrait plus le prince son cher fils, ou, s’il avait à le revoir, qu’il ne le reverrait que noyé. Peu s’en fallut qu’il ne rendît l’âme au milieu de son affliction, de sa douleur et de ses pleurs. « Sire, lui dit la reine Gulnare, d’un visage et d’un ton assurés à le rassurer lui-même, que Votre Majesté ne craigne rien. Le petit prince est mon fils comme il est le vôtre, et je ne l’aime pas moins que vous l’aimez : vous voyez cependant que je n’en suis pas alarmée ; je ne le dois pas être aussi. En effet, il ne court aucun risque, et vous verrez bientôt reparaître le roi son oncle, qui le rapportera sain et sauf. Quoiqu’il soit né de votre sang, par l’endroit néanmoins qu’il m’appartient, il ne laisse pas d’avoir le même avantage que nous de pouvoir vivre également dans la mer et sur la terre. La reine sa mère et les princesses ses parentes lui confirmèrent la même chose ; mais leurs discours ne firent pas un grand effet pour le guérir de sa frayeur : il ne lui fut pas possible d’en revenir tout le temps que le prince Beder ne parut plus à ses yeux.
La mer enfin se troubla, et l’on revit bientôt le roi Saleh qui s’en éleva avec le petit prince entre les bras, et qui, en se soutenant en l’air, rentra par la même fenêtre qu’il était sorti. Le roi de Perse fut ravi et dans une grande admiration de revoir le prince Beder aussi tranquille que quand il avait cessé de le voir. Le roi Saleh lui demanda : « Sire, Votre Majesté n’a-t-elle pas eu une grande peur quand elle m’a vu plonger dans la mer avec le prince mon neveu ? – Ah ! prince, reprit le roi de Perse, je ne puis vous l’exprimer : je l’ai cru perdu de ce moment, et vous m’avez redonné la vie en me le rapportant. – Sire, repartit le roi Saleh, je m’en étais douté ; mais il n’y avait pas le moindre sujet de crainte. Avant de me plonger, j’avais prononcé sur lui les paroles mystérieuses qui étaient gravées sur le sceau du grand roi Salomon, fils de David. Nous pratiquons la même chose à l’égard de tous les enfants qui nous naissent dans les régions du fond de la mer, et en vertu de ces paroles ils reçoivent le même privilège que nous avons par-dessus les hommes qui demeurent sur la terre. De ce que Votre Majesté vient de voir, elle peut juger de l’avantage que le prince Beder a acquis par sa naissance du côté de la reine Gulnare ma sœur. Tant qu’il vivra, et toutes les fois qu’il le voudra, il lui sera libre de se plonger dans la mer et de parcourir les vastes empires qu’elle renferme dans son sein. »
Après ces paroles, le roi Saleh, qui avait déjà remis le petit Beder entre les bras de sa nourrice, ouvrit une caisse qu’il était allé prendre dans son palais, dans le peu de temps qu’il avait disparu, et qu’il avait apportée remplie de trois cents diamants gros comme des œufs de pigeon, d’un pareil nombre de rubis d’une grosseur extraordinaire, d’autant de verges d’émeraudes de la longueur d’un demi-pied, et de trente filets ou colliers de perles, chacun de dix. « Sire, dit-il au roi de Perse en lui faisant présent de cette caisse, lorsque nous avons été appelés par la reine ma sœur, nous ignorions en quel endroit de la terre elle était, et qu’elle eût l’honneur d’être l’épouse d’un si grand monarque, c’est ce qui a fait que nous sommes arrivés les mains vides. Comme nous ne pouvons assez témoigner notre reconnaissance à Votre Majesté, nous la supplions d’en agréer cette faible marque, en considération des faveurs singulières qu’il lui a plu de lui faire, auxquelles nous ne prenons pas moins de part qu’elle-même. »
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Les Mille et Une Nuits - Tome I
Contes arabes. — Histoire du Sultan des Indes.
Fable. — L'Ane, le Bœuf et le Laboureur.
Iere nuit. — Le Marchand et le Génie.
Histoire du premier Vieillard et de la Biche.
Histoire du second Vieillard et des deux Chiens noirs.
Histoire du Pécheur.
Histoire du Roi grec et du médecin Douban.
Histoire du Mari et du Perroquet.
Histoire du Vizir puni.
Histoire du Vizir puni. suite.
Histoire du jeune Roi des Iles Noires.
Histoire du jeune Roi des Iles Noires. suite.
Histoire des trois Calenders, fils de rois, et de cinq Dames de Bagdad.
Histoire des trois Calenders, fils de rois, et de cinq Dames de Bagdad. suite.
Histoire du premier Calender, fils de roi.
Histoire du second Calender, fils de roi.
Histoire de l'Envieux et de l'Envié.
Histoire de l'Envieux et de l'Envié. suite.
Histoire du troisième Calender, fils de roi.
Histoire du troisième Calender, fils de roi. suite. -
Les Mille et Une Nuits - Tome II
Histoire de Zobéide.
Histoire d'Amine.
Histoire des trois Pommes.
Histoire de la Dame massacrée et du jeune homme son mari.
Histoire de Noureddin Ali et de Bedreddin Hassan.
Histoire de Noureddin Ali et de Bedreddin Hassan. suite1
Histoire de Noureddin Ali et de Bedreddin Hassan. suite 2.
Histoire du petit Bossu.
Histoire que raconta le Marchand chrétien.
Histoire que raconta le Marchand chrétien. suite.
Histoire racontée par le Pourvoyeur du sultan de Casgar.
Histoire racontée par le Pourvoyeur du sultan de Casgar. suite. -
Les Mille et Une Nuits - Tome III
Histoire racontée par le Médecin juif.
Histoire que raconte le Tailleur.
Histoire du Barbier.
Histoire du premier frère du Barbier.
Histoire du second frère du Barbier.
Histoire du troisième frère du Barbier.
Histoire du quatrième frère du Barbier.
Histoire du cinquième frère du Barbier.
Histoire du sixième frère du Barbier.
Histoire d'Aboulhassan Ali Ebn Becar et de Schemselnihar, favorite du Calife Haroun-al-Raschid.
Histoire d'Aboulhassan Ali Ebn Becar et de Schemselnihar, favorite du Calife Haroun-al-Raschid. suite.
Lettre de Schemselnihar au prince de Perse Ali Ebn Becar.
Réponse du prince de Perse à la lettre de Schemselnihar.
Lettre de Schemselnihar au prince de Perse.
Réponse du prince de Perse à Schemselnihar.
Réponse du prince de Perse à Schemselnihar. suite.
Histoire de Noureddin et de la belle Persienne.
Histoire de Noureddin et de la belle Persienne. suite 2.
Histoire de Noureddin et de la belle Persienne. suite 3.
Lettre du calife Haroun Alraschid au roi de Balsora. -
Les Mille et Une Nuits - Tome IV
Histoire des amours de Camaralzaman, prince de l'Ile des Enfants de Khaledan, et de Badoure, princesse de la Chine.
Histoire des amours de Camaralzaman, prince de l'Ile des Enfants de Khaledan, et de Badoure, princesse de la Chine. suite.
Suite de l'histoire de la princesse de la Chine.
Histoire de Marzavan avec la suite de celle de Camaralzaman.
Billet du prince Camaralzaman à la princesse de la Chine.
Séparation du prince Caramalzaman d'avec la princesse Badoure.
Histoire de la princesse Badoure après la séparation du prince Camaralzaman.
Suite de l'histoire du prince Camaralzaman depuis sa séparation d'avec la princesse Badoure.
Histoire des princes Amgiad et Assad.
Le prince Assad arrêté en entrant dans la ville des Mages.
Histoire du prince Amgiad et d'une dame de la ville des Mages.
Suite de l'histoire du prince Assad.
Histoire de Sindbad le marin.
Premier vovage.de Sindbad le marin.
Second voyage de Sindbad le marin.
Troisième vovage de Sindbad le marin.
Quatrième voyage de Sindbad le marin.
Cinquième voyage de Sindbad le marin.
Sixième voyage de Siudbad le malin.
Septième et dernier voyage de Sindbad le marin.
Histoire de Beder, prince de Perse, et de Giauhare, princesse du royaume de Samandal.
Histoire de Beder, prince de Perse, et de Giauhare, princesse du royaume de Samandal. suite. 2.
Histoire de Beder, prince de Perse, et de Giauhare, princesse du royaume de Samandal. suite. 3 -
Les Mille et Une Nuits - Tome V
Histoire de Ganem, fils d'Abou Aïoub, surnommé l'Esclave d'amour.
Lettre du calife Haroun Alraschid à Mohammed Zinebi, roi de Syrie.
Histoire du prince Zeyn-Alasnam et du Roi des Génies.
Histoire de Codadad et de ses frères.
Histoire de la Princesse de Deryabar.
Histoire du Dormeur éveillé.
Histoire du Dormeur éveillé. suite.2
Histoire du Dormeur éveillé. suite.3 -
Les Mille et Une Nuits - Tome VI
Histoire de la Lampe merveilleuse.
Histoire de la Lampe merveilleuse. suite.2
Histoire de la Lampe merveilleuse. suite.3
Aventures du calife Haroun Alraschid.
Histoire de l'aveugle Baba Abdalla.
Histoire de Sidi Nouman.
Histoire de Cogia Hassan Alhabbal.
Suite de l'histoire de Cogia Hassan Alhabbal.
Histoire d'Ali Baba et de Quarante Voleurs exterminés par une esclave.
Histoire d'Ali Baba et de Quarante Voleurs exterminés par une esclave. suite.1 -
Les Mille et Une Nuits - Tome VII
Histoire d'Ali Cogia, marchand de Bagdad.
Histoire du Cheval enchanté.
Histoire du Cheval enchanté. suite.
Histoire du prince Ahmed et de la fée Pari-Banou.
Histoire du prince Ahmed et de la fée Pari-Banou. suite.2
Histoire du prince Ahmed et de la fée Pari-Banou. suite.3
Histoire de Deux Sœurs jalouses de leur cadette.
Histoire de Deux Sœurs jalouses de leur cadette.
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Les Mille et Une Nuits - Tome VIII
Préface du traducteur de la continuation des Mille et une Nuits
Nouvelles Aventures du calife Haroun Alraschild, ou Histoire de la petite fille de Chosroès Anouschirvan
Le Bimaristan, ou Histoire du jeune marchand de Bagdad et de la dame inconnue
Le Médecin et le jeune traiteur de Bagdad.
Histoire du sage Hicar.
Histoire du roi Azadbakht, ou des dix visirs.
Histoire du marchand devenu malheureux.
Histoire du marchand imprudent et de ses deux enfans.
Histoire d’Abousaber, ou de l’homme patient.
Histoire du prince Behezad.
Histoire du roi Dadbin, ou de la vertueuse Aroua.
Histoire du roi Bakhtzeman.
Histoire du roi Khadidan.
Histoire du roi Beherkerd.
Histoire du roi Hanschah et d’Abouteman.
Histoire du roi Ibrahim et de son fils
Histoire de Soleïman-schah.
Histoire de l’esclave sauvé du supplice -
Les Mille et Une Nuits - Tome IX
Attaf ou L’Homme généreux.
Histoire du prince Habib et de Dorrat Algoase.
Histoire du roi Sapor, souverain des isle Bellour ; de Camar Alzeman, fille du génie Alatrous, et de Dorrat Algoase
Histoire de Naama et de Naam.
Histoire d’Alaeddin.
Histoire d’Abou Mohammed Alkeslan.
Histoire d’Aly Mohammed le joaillier, ou du faux calife.
- Extraits : Cours de littérature ancienne et moderne tome IX. par J.F. Laharpe -1825.
- Les Mille et une nuits par Galland, illustrés par : MM. FRANÇAIS, H. BARON, ED. WATTIER, LA VILLE, etc...Revus et corrigés sur l'édition Princeps de 1704.Nouvelle édition de 1861.
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Saadi disait : " Si la peste donnait des pensions, la peste trouverait encore des flatteurs et des serviteurs".
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