La sultane Scheherazade, éveillée par la vigilance de Dinarzade, sa sœur, raconta au sultan des Indes, son époux, l’histoire à laquelle il s’attendait.
Puissant sultan, dit-elle, dans une ville de Perse, aux confins des états de Votre Majesté, il y avait deux frères, dont l’un se nommait Cassim et l’autre Ali Baba. Comme leur père ne leur avait laissé que peu de biens, et qu’ils les avaient partagés également, il semble que leur fortune devait être égale : le hasard néanmoins en disposa autrement.
Cassim épousa une femme qui, peu de temps après leur mariage, devint héritière d’une boutique bien garnie, d’un magasin rempli de bonnes marchandises, et de biens en fonds de terre qui le mirent tout à coup à son aise et le rendirent un des marchands les plus riches de la ville.
Ali Baba, au contraire, qui avait épousé une femme aussi pauvre, que lui, était logé fort pauvrement, et il n’avait d’autre industrie pour gagner sa vie et de quoi s’entretenir, lui et ses enfants, que d’aller couper du bois dans une forêt voisine, et de venir le vendre à la ville, chargé sur trois ânes qui faisaient toute sa possession.
Ali Baba était un jour dans la forêt, et il achevait d’avoir coupé à peu près assez de bois pour faire la charge de ses ânes, lorsqu’il aperçut une grosse poussière qui s’élevait en l’air et qui avançait droit du côté où il était. Il regarde attentivement et il distingue une troupe nombreuse de gens à cheval qui venaient d’un bon train.
Quoiqu’on ne parlât pas de voleurs dans le pays, Ali Baba néanmoins eut la pensée que ce pouvait en être, et, sans considérer ce que deviendraient ses ânes, il songea à sauver sa personne. Il monta sur un gros arbre dont les branches à peu de hauteur se séparaient en rond si près les unes des autres, qu’elles n’étaient séparées que par un très-petit espace. Il se posta au milieu avec d’autant plus d’assurance qu’il pouvait voir sans être vu ; et l’arbre s’élevait au pied d’un rocher isolé de tous côtés, beaucoup plus haut que l’arbre, et escarpé de manière qu’on ne pouvait monter au haut par aucun endroit.
Les cavaliers, grands, puissants, tous bien montés et bien armés, arrivèrent près du rocher, où ils mirent pied à terre ; et Ali Baba, qui en compta quarante, à leur mine et à leur équipement, ne douta pas qu’ils ne fussent des voleurs. Il ne se trompa pas : en effet, c’étaient des voleurs qui, sans faire aucun tort aux environs, allaient exercer leurs brigandages bien loin et avaient là leur rendez-vous, et ce qu’il les vit faire le confirma dans cette opinion.
Chaque cavalier débrida son cheval, l’attacha, lui passa au cou un sac plein d’orge qu’il avait apporté sur la croupe, et ils se chargèrent chacun de leur valise ; et la plupart des valises parurent si pesantes à Ali Baba, qu’il jugea qu’elles étaient pleines d’or et d’argent monnayés.
Le plus apparent, chargé de sa valise comme les autres, qu’Ali Baba prit pour le capitaine des voleurs, s’approcha du rocher fort près du gros arbre où il s’était réfugié, et après qu’il se fut fait un chemin au travers de quelques arbrisseaux, il prononça ces paroles si distinctement : « Sésame, ouvre-toi, » qu’Ali Baba les entendit. Dès que le capitaine des voleurs les eut prononcées, une porte s’ouvrit, et après qu’il eut fait passer tous ses gens devant lui et qu’ils furent tous entrés, il entra aussi et la porte se ferma.
Les voleurs demeurèrent longtemps dans le rocher, et Ali Baba, qui craignit que quelqu’un d’eux ou que tous ensemble ne sortissent s’il quittait son poste pour se sauver, fut contraint de rester sur l’arbre et d’attendre avec patience. Il fut tenté néanmoins de descendre pour se saisir de deux chevaux, en monter un et mener l’autre par la bride, et de gagner la ville en chassant ses trois ânes devant lui ; mais l’incertitude de l’événement fit qu’il prit le parti le plus sûr.
La porte se rouvrit enfin, les quarante voleurs sortirent, et au lieu que le capitaine était entré le dernier, il sortit le premier et après les avoir vus défiler devant lui. Ali Baba entendit qu’il fit refermer la porte en prononçant ces paroles : « Sésame, referme-toi. » Chacun retourna à son cheval, le rebrida, rattacha sa valise et remonta dessus. Quand ce capitaine enfin vit qu’ils étaient tous prêts à partir, il se mit à la tête et il reprit avec eux le chemin par lequel ils étaient venus.
Ali Baba ne descendit pas de l’arbre d’abord ; il dit en lui-même : « Ils peuvent avoir oublié quelque chose qui les oblige de revenir, et je me trouverais attrapé si cela arrivait. » Il les conduisit de l’œil jusqu’à ce qu’il les eût perdus de vue, et il ne descendit que longtemps après pour plus grande sûreté. Comme il avait retenu les paroles par lesquelles le capitaine des voleurs avait fait ouvrir et refermer la porte, il eut la curiosité d’éprouver si en les prononçant elles feraient le même effet. Il passa au travers des arbrisseaux et il aperçut la porte qu’ils cachaient. Il se présenta devant, et il dit : « Sésame, ouvre-toi, » et dans l’instant la porte s’ouvrit toute grande.
Ali Baba s’était attendu à voir un lieu de ténèbres et d’obscurité ; mais il fut surpris d’en voir un bien éclairé, vaste et spacieux, creusé en voûte fort élevée à main d’hommes, qui recevait la lumière du haut du rocher par une ouverture pratiquée de même. Il vit de grandes provisions de bouche, des ballots de riches marchandises en pile, des étoffes de soie et de brocart, des tapis de grand prix, et surtout de l’or et de l’argent monnayés, par tas et dans des sacs ou grandes bourses de cuir les unes sur les autres ; et, à voir toutes ces choses, il lui parut qu’il y avait non pas de longues années, mais des siècles que cette grotte servait de retraite à des voleurs qui avaient succédé les uns aux autres.
Ali Baba ne balança pas sur le parti qu’il devait prendre : il entra dans la grotte, et dès qu’il y fut entré la porte se referma ; mais cela ne l’inquiéta pas, il savait le secret de la faire ouvrir. Il ne s’attacha pas à l’argent, mais à l’or monnayé, et particulièrement à celui qui était dans des sacs ; il en enleva à plusieurs fois autant qu’il pouvait en porter et qu’ils purent suffire pour faire la charge de ses trois ânes. Il rassembla ses ânes qui étaient dispersés, et quand il les eut fait approcher du rocher, il les chargea des sacs, et pour les cacher il accommoda du bois par-dessus, de manière qu’on ne pouvait les apercevoir. Quand il eut achevé, il se présenta devant la porte, et il n’eut pas prononcé ces paroles : « Sésame, referme-toi, » qu’elle se ferma, car elle s’était fermée d’elle-même chaque fois qu’il y était entré, et demeurée ouverte chaque fois qu’il en était sorti.
Cela fait, Ali Baba reprit le chemin de la ville, et, arrivant chez lui, il fit entrer ses ânes dans une petite cour et referma la porte avec grand soin. Il mit bas le peu de bois qui couvrait les sacs, et il porta les sacs dans sa maison, qu’il posa et arrangea devant sa femme, qui était assise sur un sofa.
Sa femme mania les sacs, et comme elle se fut aperçue qu’ils étaient pleins d’argent, elle soupçonna son mari de les avoir volés, de sorte que quand il eut achevé de les apporter tous, elle ne put s’empêcher de lui dire : « Ali Baba, seriez-vous assez malheureux pour… » Ali Baba l’interrompit : « Paix, ma femme, dit-il, ne vous alarmez pas, je ne suis pas voleur, à moins que ce ne soit l’être que de prendre sur les voleurs. Vous cesserez d’avoir cette mauvaise opinion de moi quand je vous aurai raconté ma bonne fortune. » Il vida les sacs, qui firent un gros tas d’or, dont sa femme fut éblouie ; et quand il eut fait, il lui fit le récit de son aventure depuis le commencement jusqu’à la fin, et en achevant il lui recommanda sur toute chose de garder le secret.
La femme, revenue et guérie de son épouvante, se réjouit avec son mari du bonheur qui leur était arrivé, et elle voulut compter pièce par pièce tout l’or qui était devant elle. « Ma femme, lui dit Ali Baba, vous n’êtes pas sage. Que prétendez-vous faire ? Je vais creuser une fosse et l’enfouir dedans, nous n’avons pas de temps à perdre. – Il est bon, reprit la femme, que nous sachions au moins à peu près la quantité qu’il y en a. Je vais chercher une petite mesure dans le voisinage, et je mesurerai pendant que vous creuserez la fosse. – Ma femme, repartit Ali Baba, ce que vous voulez faire n’est bon à rien ; vous vous en abstiendriez si vous vouliez me croire. Faites néanmoins ce qu’il vous plaira ; mais souvenez-vous de garder le secret. »
Pour se satisfaire, la femme d’Ali Baba sort, et elle va chez Cassim, son beau-frère, qui ne demeurait pas loin. Cassim n’était pas chez lui, et à son défaut, elle s’adresse à sa femme, qu’elle prie de lui prêter une mesure pour quelques moments. La belle-sœur lui demande si elle la voulait grande ou petite, et la femme d’Ali Baba lui en demanda une petite. « Très volontiers, dit la belle-sœur ; attendez un moment, je vais vous l’apporter. »
La belle-sœur va chercher la mesure : elle la trouve ; mais comme elle connaissait la pauvreté d’Ali Baba, curieuse de savoir quelle sorte de grain sa femme voulait mesurer, elle s’avisa d’appliquer adroitement du suif au-dessous de la mesure, et elle y en appliqua. Elle revint, et en la présentant à la femme d’Ali Baba, elle s’excusa de l’avoir fait attendre sur ce qu’elle avait eu de la peine à la trouver.
La femme d’Ali Baba revint chez elle ; elle posa la mesure sur le tas d’or, l’emplit, et la vida un peu plus loin sur le sofa jusqu’à ce qu’elle eût achevé, et elle fut contente du bon nombre de mesures qu’elle en trouva, dont elle fit part à son mari, qui venait d’achever de creuser la fosse.
Pendant qu’Ali Baba enfouit l’or, sa femme, pour marquer son exactitude et sa diligence à sa belle-sœur, lui reporte la mesure, mais sans prendre garde qu’une pièce d’or s’était attachée dessous. « Belle-sœur, dit-elle en la rendant, vous voyez que je n’ai pas gardé longtemps votre mesure ; je vous en suis bien obligée, je vous la rends. »
La femme d’Ali Baba n’eut pas tourné le dos, que la femme de Cassim regarda la mesure par le dessous, et elle fut dans un étonnement inexprimable d’y voir une pièce d’or attachée. L’envie s’empara de son cœur dans le moment. « Quoi ! dit-elle, Ali Baba a de l’or par mesure ! et où le misérable a-t-il pris cet or ? » Cassim, son mari, n’était pas à la maison, comme nous l’avons dit : il était à sa boutique, d’où il ne devait revenir que le soir. Tout le temps qu’il se fit attendre fut un siècle pour elle, dans la grande impatience où elle était de lui apprendre une grande nouvelle dont il ne devait pas être moins surpris qu’elle.
À l’arrivée de Cassim chez lui : « Cassim, lui dit sa femme, vous croyez être riche, vous vous trompez : Ali Baba l’est infiniment plus que vous ; il ne compte pas son or comme vous, il le mesure. » Cassim demanda l’explication de cette énigme, et elle lui en donna l’éclaircissement en lui apprenant de quelle adresse elle s’était servie pour faire cette découverte, et elle lui montra la pièce de monnaie qu’elle avait trouvée attachée au-dessous de la mesure, pièce si ancienne que le nom du prince qui y était marqué lui était inconnu.
Loin d’être sensible au bonheur qui pouvait être arrivé à son frère pour se tirer de la misère, Cassim en conçut une jalousie mortelle. Il en passa presque la nuit sans dormir. Le lendemain il alla chez lui que le soleil n’était pas levé. Il ne le traita pas de frère, il avait oublié ce nom depuis qu’il avait épousé la riche veuve. « Ali Baba, dit-il en l’abordant, vous êtes bien réservé dans vos affaires : vous faites le pauvre, le misérable, le gueux, et vous mesurez l’or !
« – Mon frère, reprit Ali Baba, je ne sais de quoi vous voulez me parler, expliquez-vous. – Ne faites pas l’ignorant, » repartit Cassim ; et en lui montrant la pièce d’or que sa femme lui avait mise entre les mains : « Combien avez-vous de pièces, ajouta-t-il, semblables à celle-ci, que ma femme a trouvée attachée au-dessous de la mesure que la vôtre vint lui emprunter hier ? »
À ce discours, Ali Baba connut que Cassim et la femme de Cassim (par un entêtement de sa propre femme) savaient déjà ce qu’il avait un si grand intérêt de tenir caché. Mais la faute était faite, elle ne pouvait se réparer. Sans donner à son frère la moindre marque d’étonnement ni de chagrin, il lui avoua la chose et il lui raconta par quel hasard il avait découvert la retraite des voleurs et en quel endroit, et il lui offrit, s’il voulait garder le secret, de lui faire part du trésor.
« Je le prétends bien ainsi, reprit Cassim d’un air fier ; mais, ajouta-t-il, je veux savoir aussi où est précisément ce trésor, les enseignes, les marques, et comment je pourrais y entrer moi-même s’il m’en prenait envie : autrement, je vais vous dénoncer à la justice. Si vous le refusez, non-seulement vous n’aurez plus rien à en espérer, vous perdrez même ce que vous avez enlevé, au lieu que j’en aurai ma part pour vous avoir dénoncé. »
Ali Baba, plutôt par son bon naturel qu’intimidé par les menaces insolentes d’un frère barbare, l’instruisit pleinement de ce qu’il souhaitait, et même des paroles dont il fallait qu’il se servît, tant pour entrer dans la grotte que pour en sortir.
Cassim n’en demanda pas davantage à Ali Baba. Il le quitta, résolu de le prévenir et plein d’espérance de s’emparer du trésor lui seul. Il part le lendemain de grand matin, avant la pointe du jour, avec dix mulets chargés de grands coffres qu’il se proposa de remplir, en se réservant d’en mener un plus grand nombre dans un second voyage, à proportion des charges qu’il trouverait dans la grotte. Il prend le chemin qu’Ali Baba lui avait enseigné ; il arrive près du rocher et il reconnaît les enseignes et l’arbre sur lequel Ali Baba s’était caché. Il cherche la porte, il la trouve, et, pour la faire ouvrir, il prononce les paroles ; « Sésame, ouvre-toi. » La porte s’ouvre, il entre, et aussitôt elle se reforme. En examinant la grotte, il est dans une grande admiration de voir beaucoup plus de richesses qu’il ne l’avait compris par le récit d’Ali Baba, et son admiration augmenta à mesure qu’il examina chaque chose en particulier. Avare et amateur des richesses comme il l’était, il eût passé la journée à se repaître les yeux de la vue de tant d’or, s’il n’eût songé qu’il était venu pour l’enlever et pour en charger ses dix mulets. Il en prend un nombre de sacs, autant qu’il en peut porter, et en venant à la porte pour la faire ouvrir, l’esprit rempli de toute autre idée que de ce qui lui importait davantage, il se trouve qu’il oublie le mot nécessaire, et au lieu de « Sésame, » il dit : « Orge, ouvre-toi, » et il est bien étonné de voir que la porte, loin de s’ouvrir, demeure fermée. Il nomme plusieurs autres noms de grain, autres que celui qu’il fallait, et la porte ne s’ouvre pas.
Cassim ne s’attendait pas à cet événement. Dans le grand danger où il se voit, la frayeur se saisit de sa personne, et plus il fait d’effort pour se souvenir du mot de Sésame, plus il embrouille sa mémoire, et il en demeure exclu absolument comme si jamais il n’en avait entendu parler. Il jette par terre les sacs dont il s’était chargé. Il se promène à grands pas dans la grotte, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, et toutes les richesses dont il se voit environné ne le touchent plus. Laissons Cassim déplorant son sort, il ne mérite pas de compassion.
Les voleurs revinrent à leur grotte vers le midi, et quand ils furent à peu de distance et qu’ils eurent vu les mulets de Cassim autour du rocher, chargés de coffres, inquiets de cette nouveauté, ils avancèrent à toute bride et firent prendre la fuite aux dix mulets, que Cassim avait négligé d’attacher et qui paissaient librement, de manière qu’ils se dispersèrent deçà delà dans la forêt, si loin qu’ils les eurent bientôt perdus de vue.
Les voleurs ne se donnèrent pas la peine de courir après les mulets : il leur importait davantage de trouver celui à qui ils appartenaient. Pendant que quelques-uns tournent autour du rocher pour le chercher, le capitaine avec les autres met pied à terre et va droit à la porte, le sabre à la main, prononce les paroles, et la porte s’ouvre.
Cassim, qui entendit le bruit des chevaux du milieu de la grotte, ne douta pas de l’arrivée des voleurs, non plus que de sa perte prochaine. Résolu au moins de faire un effort pour échapper de leurs mains et se sauver, il s’était tenu prêt à se jeter dehors dès que la porte s’ouvrirait. Il ne la vit pas plutôt ouverte, après avoir entendu prononcer le mot de Sésame qui était échappé de sa mémoire, qu’il s’élança en sortant si brusquement qu’il renversa le capitaine par terre. Mais il n’échappa pas aux autres voleurs, qui avaient aussi le sabre à la main et qui lui ôtèrent la vie sur-le-champ.
Le premier soin des voleurs, après cette exécution, fut d’entrer dans la grotte : ils trouvèrent près de la porte les sacs que Cassim avait commencé d’enlever pour les emporter et en charger ses mulets, et ils les remirent à leur place sans s’apercevoir de ceux qu’Ali Baba avait emportés auparavant. En tenant conseil et en délibérant ensemble sur cet événement, ils comprirent bien comment Cassim n’avait pu sortir de la grotte ; mais qu’il y eût pu entrer, c’est ce qu’ils ne pouvaient s’imaginer. Il leur vint en pensée qu’il pouvait être descendu par le haut de la grotte ; mais l’ouverture par où le jour y venait était si élevée et le haut du rocher était si inaccessible par dehors, outre que rien ne leur marquait qu’il l’eût fait, qu’ils tombèrent d’accord que cela était hors de leur connaissance. Qu’il fût entré par la porte, c’est ce qu’ils ne pouvaient se persuader, à moins qu’il n’eût eu le secret de la faire ouvrir ; mais ils tenaient pour certain qu’ils étaient les seuls qui l’avaient, en quoi ils se trompaient en ignorant qu’ils avaient été épiés par Ali Baba, qui le savait.
De quelque manière que la chose fût arrivée, comme il s’agissait que leurs richesses communes fussent en sûreté, ils convinrent de faire quatre quartiers du cadavre de Cassim et de les mettre près de la porte en dedans de la grotte, deux d’un côté, deux de l’autre, pour épouvanter quiconque aurait la hardiesse de faire une pareille entreprise, sauf à ne revenir dans la grotte que dans quelque temps, après que la puanteur du cadavre serait exhalée. Cette résolution prise, ils l’exécutèrent, et quand ils n’eurent plus rien qui les arrêtât, ils laissèrent le lieu de leur retraite bien fermé, remontèrent à cheval, et allèrent battre la campagne sur les routes fréquentées par les caravanes, pour les attaquer et exercer leurs brigandages accoutumés.
La femme de Cassim, cependant, fut dans une grande inquiétude quand elle vit qu’il était nuit close et que son mari n’était pas revenu. Elle alla chez Ali Baba tout alarmée, et elle lui dit : « Beau-frère, vous n’ignorez pas, comme je le crois, que Cassim votre frère est allé à la forêt et pour quel sujet. Il n’est pas encore revenu et voilà la nuit avancée ; je crains que quelque malheur ne lui soit arrivé. »
Ali Baba s’était douté de ce voyage de son frère après le discours qu’il lui avait tenu, et ce fut pour cela qu’il s’était abstenu d’aller à la forêt ce jour-là, afin de ne pas lui donner d’ombrage. Sans lui faire aucun reproche dont elle pût s’offenser, ni son mari s’il eût été vivant, il lui dit qu’elle ne devait pas encore s’alarmer, et que Cassim apparemment avait jugé à propos de ne rentrer dans la ville que bien avant dans la nuit.
La femme de Cassim le crut ainsi, d’autant plus facilement qu’elle considéra combien il était important que son mari fît la chose secrètement. Elle retourna chez elle et elle attendit patiemment jusqu’à minuit. Mais après cela ses alarmes redoublèrent avec une douleur d’autant plus sensible, qu’elle ne pouvait la faire éclater ni la soulager par des cris, dont elle vit bien que la cause devait être cachée au voisinage. Alors, si sa faute était irréparable, elle se repentit de la folle curiosité qu’elle avait eue, par une envie condamnable, de pénétrer dans les affaires de son beau-frère et de sa belle-sœur. Elle passa la nuit dans les pleurs, et dès la pointe du jour elle courut chez eux, et leur annonça le sujet qui l’amenait plutôt par ses larmes que par ses paroles.
Ali Baba n’attendit pas que sa belle-sœur le priât de se donner la peine d’aller voir ce que Cassim était devenu. Il partit sur-le-champ avec ses trois ânes, après lui avoir recommandé de modérer son affliction, et il alla à la forêt. En approchant du rocher, après n’avoir vu dans tout le chemin ni son frère ni les dix mulets, il fut étonné du sang répandu qu’il aperçut près de la porte et il en prit un mauvais augure. Il se présenta devant la porte, il prononça les paroles : elle s’ouvrit, et il fut frappé du triste spectacle du corps de son frère mis en quatre quartiers. Il n’hésita pas sur le parti qu’il devait prendre pour rendre les derniers devoirs à son frère, en oubliant le peu d’amitié fraternelle qu’il avait eue pour lui. Il trouva dans la grotte de quoi faire deux paquets des quatre quartiers, dont il fit la charge d’un des ânes avec du bois pour les cacher. Il chargea les deux autres ânes de sacs pleins d’or, et de bois par-dessus, comme la première fois, sans perdre de temps, et dès qu’il eut achevé et qu’il eut commandé à la porte de se refermer, il reprit le chemin de la ville, mais il eut la précaution de s’arrêter à la sortie de la forêt assez de temps pour n’y rentrer que de nuit. En arrivant chez lui, il ne fit entrer dans sa cour que les deux ânes chargés d’or, et après avoir laissé à sa femme le soin de les décharger et lui avoir fait part en peu de mots de ce qui était arrivé à Cassim, il conduisit l’autre âne chez sa belle-sœur.
Ali Baba frappa à la porte, qui lui fut ouverte par Morgiane ; et Morgiane était une esclave adroite, entendue et féconde en inventions pour faire réussir les choses les plus difficiles, et Ali Baba la connaissait pour telle. Quand il fut entré dans la cour, il déchargea l’âne du bois et des deux paquets, et en prenant Morgiane à part : « Morgiane, dit-il, la première chose que je te demande c’est un secret inviolable : tu vas voir combien il nous est nécessaire autant à ta maîtresse qu’à moi. Voilà le corps de ton maître dans ces deux paquets. Il s’agit de le faire enterrer comme s’il était mort de sa mort naturelle. Fais-moi parler à ta maîtresse, et sois attentive à ce que je lui dirai. »
Morgiane avertit sa maîtresse, et Ali Baba, qui la suivait, entra. « Hé bien ! beau-frère, demanda la belle-sœur à Ali Baba avec grande impatience, quelle nouvelle apportez-vous de mon mari ? Je n’aperçois rien sur votre visage qui doive me consoler.
« – Belle-sœur, répondit Ali Baba, je ne puis vous rien dire qu’auparavant vous ne me promettiez de m’écouter depuis le commencement jusqu’à la fin sans ouvrir la bouche. Il ne vous est pas moins important qu’à moi, dans ce qui est arrivé, de garder un grand secret pour votre bien et pour votre repos.
« – Ah ! s’écria la belle-sœur sans élever la voix, ce préambule me fait connaître que mon mari n’est plus. Mais en même temps je connais la nécessité du secret que vous me demandez. Il faut bien que je me fasse violence ; dites, je vous écoute. »
Ali Baba raconta à sa belle-sœur tout le succès de son voyage jusqu’à son arrivée avec le corps de Cassim. « Belle-sœur, ajouta-t-il, voilà un sujet d’affliction pour vous d’autant plus grand que vous vous y attendiez le moins. Quoique le mal soit sans remède, si quelque chose néanmoins est capable de vous consoler, je vous offre de joindre le peu de bien que Dieu m’a envoyé au vôtre, en vous épousant et en vous assurant que ma femme n’en sera pas jalouse, et que vous vivrez bien ensemble. Si la proposition vous agrée, il faut songer à faire en sorte qu’il paraisse que mon frère est mort de sa mort naturelle, et c’est un soin dont il me semble que vous pouvez vous reposer sur Morgiane, et j’y contribuerai de mon côté de tout ce qui sera en mon pouvoir. »
Quel meilleur parti pouvait prendre la veuve de Cassim que celui qu’Ali Baba lui proposait, elle qui, avec les biens qui lui demeuraient par la mort de son premier mari, en trouvait un autre plus riche qu’elle, et qui, par la découverte du trésor qu’il avait faite, pouvait le devenir davantage ? Elle ne refusa pas le parti, elle le regarda au contraire comme un motif raisonnable de consolation. En essuyant ses larmes, qu’elle avait commencé de verser en abondance, en supprimant les cris perçants ordinaires aux femmes qui ont perdu leur mari, elle témoigna suffisamment à Ali Baba qu’elle acceptait son offre.
Ali Baba laissa la veuve de Cassim dans cette disposition, et après avoir recommandé à Morgiane de bien s’acquitter de son patronage, il retourna chez lui avec son âne.
Morgiane ne s’oublia pas ; elle sortit en même temps qu’Ali Baba et alla chez un apothicaire qui était dans le voisinage. Elle frappe à la boutique, on ouvre, et elle demande d’une sorte de tablettes très-salutaires dans les maladies les plus dangereuses. L’apothicaire lui en donna pour l’argent qu’elle avait présenté, en demandant qui était malade chez son maître. « Ah ! dit-elle avec un grand soupir, c’est Cassim lui-même, mon bon maître. On n’entend rien à sa maladie, il ne parle ni ne peut manger. » Avec ces paroles, elle emporte les tablettes, dont véritablement Cassim n’était plus en état de faire usage.
Le lendemain, la même Morgiane revient chez le même apothicaire et demande, les larmes aux yeux, d’une essence dont on avait coutume de ne faire prendre aux malades qu’à la dernière extrémité ; et on n’espérait rien de leur vie si cette essence ne les faisait revivre. « Hélas ! dit-elle avec une grande affliction en la recevant des mains de l’apothicaire, je crains fort que ce remède ne fasse pas plus d’effet que les tablettes. Ah ! que je perds un bon maître ! »
D’un autre côté, comme on vit toute la journée Ali Baba et sa femme d’un air triste faire plusieurs allées et venues chez Cassim, on ne fut pas étonné sur le soir d’entendre les cris lamentables de la femme de Cassim, et surtout de Morgiane, qui annonçaient que Cassim était mort.
Le jour suivant de grand matin, que le jour ne faisait que commencer à paraître, Morgiane, qui savait qu’il y avait sur la place un bon homme de savetier fort vieux, qui ouvrait tous les jours sa boutique le premier, longtemps avant les autres, sort, et elle va le trouver. En l’abordant et en lui donnant le bonjour, elle lui met une pièce d’or dans la main.
Baba Moustafa, connu de tout le monde sous ce nom ; Baba Moustafa, dis-je, qui était naturellement gai et qui avait toujours le mot pour rire, en regardant la pièce d’or à cause qu’il n’était pas encore bien jour, et en voyant que c’était de l’or : « Bonne étrenne, dit-il, de quoi s’agit-il ? me voilà prêt à bien faire.
« – Baba Moustafa, lui dit Morgiane, prenez ce qui vous est nécessaire pour coudre, et venez avec moi promptement, mais à condition que je vous banderai les yeux quand nous serons dans un tel endroit. »
À ces paroles, Baba Moustafa fit le difficile. « Oh ! oh ! reprit-il, vous voulez donc me faire faire quelque chose contre ma conscience ou contre mon honneur ? » En lui mettant une autre pièce d’or dans la main : « Dieu garde, reprit Morgiane, que j’exige rien de vous que vous ne puissiez faire en tout honneur. Venez seulement, et ne craignez rien. »
Baba Moustafa se laissa mener, et Morgiane, après lui avoir bandé les yeux avec un mouchoir à l’endroit qu’elle avait marqué, le mena chez défunt son maître, et elle ne lui ôta le mouchoir que dans la chambre où elle avait mis le corps, chaque quartier à sa place. Quand elle le lui eut ôté : « Baba Moustafa, dit-elle, c’est pour faire coudre les pièces que voilà que je vous ai amené. Ne perdez pas de temps, et quand vous aurez fait, je vous donnerai une autre pièce d’or. »
Quand Baba Moustafa eut achevé, Morgiane lui rebanda les yeux dans la même chambre, et après lui avoir donné la troisième pièce d’or qu’elle lui avait promise et lui avoir recommandé le secret, elle le ramena jusqu’à l’endroit où elle lui avait bandé les yeux en l’amenant ; et là, après lui avoir encore ôté le mouchoir, elle le laissa retourner chez lui, en le conduisant de vue jusqu’à ce qu’elle ne le vît plus, afin de lui ôter la curiosité de revenir sur ses pas pour l’observer elle-même.
Morgiane avait fait chauffer de l’eau pour laver le corps de Cassim : ainsi Ali Baba, qui arriva comme elle venait de rentrer, le lava, le parfuma d’encens et l’ensevelit avec les cérémonies accoutumées. Le menuisier apporta aussi la bière qu’Ali Baba avait pris soin de commander.
Afin que le menuisier ne pût s’apercevoir de rien, Morgiane reçut la bière à la porte, et après l’avoir payé et renvoyé, elle aida à Ali Baba à mettre le corps dedans ; et quand Ali Baba eut bien cloué les planches pardessus, elle alla à la mosquée avertir que tout était prêt pour l’enterrement. Les gens de la mosquée destinés pour laver les corps des morts s’offrirent pour venir s’acquitter de leur fonction, mais elle leur dit que la chose était faite.
Morgiane, de retour, ne faisait presque que de rentrer quand l’iman et d’autres ministres de la mosquée arrivèrent. Quatre des voisins assemblés chargèrent la bière sur leurs épaules, et, en suivant l’iman, qui récitait des prières, ils la portèrent au cimetière. Morgiane en pleurs, comme esclave du défunt, suivit la tête nue, en poussant des cris pitoyables, en se frappant la poitrine de grands coups et en s’arrachant les cheveux ; et Ali Baba marchait après accompagné des voisins, qui se détachaient tour à tour, de temps en temps, pour relayer et soulager les autres voisins qui portaient la bière, jusqu’à ce qu’on arrivât au cimetière.
Pour ce qui est de la femme de Cassim, elle resta dans sa maison, en se désolant et en poussant des cris lamentables avec les femmes du voisinage, qui, selon la coutume, y accoururent pendant la cérémonie de l’enterrement, et qui, en joignant leurs lamentations aux siennes, remplirent tout le quartier de tristesse bien loin aux environs.
De la sorte, la mort funeste de Cassim fut cachée et dissimulée entre Ali Baba, sa femme, la veuve de Cassim et Morgiane, avec un ménagement si grand que personne de la ville, loin d’en avoir la connaissance, n’en eut pas le moindre soupçon.
Trois ou quatre jours après l’enterrement de Cassim, Ali Baba transporta le peu de meubles qu’il avait, avec l’argent qu’il avait enlevé du trésor des voleurs, qu’il ne porta que de nuit dans la maison de la veuve de son frère, pour s’y établir, ce qui fit connaître son nouveau mariage avec sa belle-sœur. Et comme ces sortes de mariages ne sont pas extraordinaires dans notre religion, personne n’en fut surpris.
Quant à la boutique de Cassim, Ali Baba avait un fils qui depuis quelque temps avait achevé son apprentissage chez un autre gros marchand qui avait toujours rendu témoignage de sa bonne conduite. Il la lui donna, avec promesse, s’il continuait de se gouverner sagement, qu’il ne serait pas longtemps à le marier avantageusement selon son état.
Laissons Ali Baba jouir des commencements de sa bonne fortune, et parlons des quarante voleurs. Ils revinrent à leur retraite de la forêt dans le temps dont ils étaient convenus ; mais ils furent dans un grand étonnement de ne pas trouver le corps de Cassim, et il augmenta quand ils se furent aperçus de la diminution de leurs sacs d’or. « Nous sommes découverts et perdus, dit le capitaine, si nous n’y prenons garde, et que nous ne cherchions promptement à y apporter le remède ; insensiblement nous allons perdre tant de richesses que nos ancêtres et nous avons amassées avec tant de peines et de fatigues. Tout ce que nous pouvons juger du dommage qu’on nous a fait, c’est que le voleur que nous avons surpris a eu le secret de faire ouvrir la porte, et que nous sommes arrivés heureusement à point nommé dans le temps qu’il en allait sortir. Mais il n’était pas le seul, un autre doit l’avoir comme lui. Son corps emporté et notre trésor diminué en sont des marques incontestables. Et comme il n’y a pas d’apparence que plus de deux personnes aient eu ce secret, après avoir fait périr l’un, il faut que nous fassions périr l’autre de même. Qu’en dites-vous, braves gens ? n’êtes-vous pas du même avis que moi ? »
La proposition du capitaine des voleurs fut trouvée si raisonnable par sa compagnie, qu’ils l’approuvèrent tous, et qu’ils tombèrent d’accord qu’il fallait abandonner toute autre entreprise pour ne s’attacher uniquement qu’à celle-ci, et ne s’en départir qu’ils n’y eussent réussi.
« Je n’en attendais pas moins de votre courage et de votre bravoure, reprit le capitaine ; mais, avant toute chose, il faut que quelqu’un de vous, hardi, adroit et entreprenant, aille à la ville, sans armes et en habit de voyageur et d’étranger, et qu’il emploie tout son savoir-faire pour découvrir si on n’y parle pas de la mort étrange de celui que nous avons massacré comme il le méritait, qui il était, et en quelle maison il demeurait. C’est ce qu’il nous est important que nous sachions d’abord, pour ne rien faire dont nous ayons lieu de nous repentir en nous découvrant nous-mêmes, dans un pays où nous sommes inconnus depuis si longtemps, et où nous avons un si grand intérêt de continuer de l’être. Mais afin d’animer celui de vous qui s’offrira pour se charger de cette commission, et l’empêcher de se tromper en nous venant faire un rapport faux, au lieu d’un véritable, qui serait capable de causer notre ruine, je vous demande si vous ne jugez pas à propos qu’en ce cas-là il se soumette à la peine de mort. »
Sans attendre que les autres donnassent leurs suffrages : « Je m’y soumets, dit l’un des voleurs, et je fais gloire d’exposer ma vie en me chargeant de la commission. Si je n’y réussis pas, vous vous souviendrez au moins que je n’aurai manqué ni de bonne volonté ni de courage pour le bien commun de la troupe. »
Ce voleur, après avoir reçu de grandes louanges du capitaine et de ses camarades, se déguisa de manière que personne ne pouvait le prendre pour ce qu’il était. En se séparant de la troupe, il partit la nuit et il prit si bien ses mesures qu’il entra dans la ville dans le temps que le jour ne faisait que commencer à paraître. Il avança jusqu’à la place, où il ne vit qu’une seule boutique ouverte, et c’était celle de Baba Moustafa.
Baba Moustafa était assis sur son siège, l’alène à la main, déjà prêt à travailler de son métier. Le voleur alla l’aborder en lui souhaitant le bonjour, et comme il se fut aperçu de son grand âge : « Bon homme, dit-il, vous commencez à travailler de grand matin ; il n’est pas possible que vous y voyiez encore clair, âgé comme vous l’êtes. Et, quand il ferait plus clair, je doute que vous ayez d’assez bons yeux pour coudre.
« – Qui que vous soyez, reprit Baba Moustafa, il faut que vous ne me connaissiez pas. Si vieux que vous me voyiez, je ne laisse pas d’avoir les yeux excellents, et vous n’en douterez pas quand vous saurez qu’il n’y a pas longtemps que j’ai cousu un mort dans un lieu où il ne faisait guère plus clair qu’il fait présentement. »
Le voleur eut une grande joie de s’être adressé en arrivant à un homme qui d’abord, comme il n’en douta pas, lui donnait de lui-même la nouvelle de ce qui l’avait amené, sans le lui demander. « Un mort ! reprit-il avec étonnement et pour le faire parler ; pourquoi coudre un mort ? ajouta-t-il ; vous voulez dire apparemment que vous avez cousu le linceul dans lequel il a été enseveli ?
« – Non, non, repartit Baba Moustafa, je sais ce que je veux dire : vous voudriez me faire parler, mais vous n’en saurez pas davantage. »
Le voleur n’avait pas besoin d’un éclaircissement plus ample pour être persuadé qu’il avait découvert ce qu’il était venu chercher. Il tira une pièce d’or, et, en la mettant dans la main de Baba Moustafa, il lui dit : « Je n’ai garde de vouloir entrer dans votre secret, quoique je puisse vous assurer que je ne le divulguerais pas si vous me l’aviez confié. La seule chose dont je vous prie, c’est de me faire la grâce de m’enseigner ou de venir me montrer la maison où vous avez cousu ce mort.
« – Quand j’aurais la volonté de vous accorder la grâce que vous me demandez, reprit Baba Moustafa en retenant la pièce d’or, prêt à la rendre, je vous assure que je ne pourrais pas le faire, et vous devez m’en croire sur ma parole. En voici la raison : c’est qu’on m’a mené jusqu’à un certain endroit où l’on m’a bandé les yeux, et de là je me suis laissé conduire jusque dans la maison, d’où, après avoir fait ce que je devais faire, on me ramena de la même manière jusqu’au même endroit. Vous voyez l’impossibilité qu’il y a que je puisse vous rendre service.
« – Au moins, repartit le voleur, vous devez vous souvenir à peu près du chemin qu’on vous a fait faire les yeux bandés. Venez, je vous prie, avec moi, je vous banderai les yeux en cet endroit-là, et nous marcherons ensemble par le même chemin et par les mêmes détours que vous pourrez vous remettre dans la mémoire d’avoir marché. Et, comme toute peine mérite récompense, voici une autre pièce d’or : venez, faites-moi le plaisir que je vous demande. » Et, en disant ces paroles, il lui mit une autre pièce dans la main.
-
Les Mille et Une Nuits - Tome I
Contes arabes. — Histoire du Sultan des Indes.
Fable. — L'Ane, le Bœuf et le Laboureur.
Iere nuit. — Le Marchand et le Génie.
Histoire du premier Vieillard et de la Biche.
Histoire du second Vieillard et des deux Chiens noirs.
Histoire du Pécheur.
Histoire du Roi grec et du médecin Douban.
Histoire du Mari et du Perroquet.
Histoire du Vizir puni.
Histoire du Vizir puni. suite.
Histoire du jeune Roi des Iles Noires.
Histoire du jeune Roi des Iles Noires. suite.
Histoire des trois Calenders, fils de rois, et de cinq Dames de Bagdad.
Histoire des trois Calenders, fils de rois, et de cinq Dames de Bagdad. suite.
Histoire du premier Calender, fils de roi.
Histoire du second Calender, fils de roi.
Histoire de l'Envieux et de l'Envié.
Histoire de l'Envieux et de l'Envié. suite.
Histoire du troisième Calender, fils de roi.
Histoire du troisième Calender, fils de roi. suite. -
Les Mille et Une Nuits - Tome II
Histoire de Zobéide.
Histoire d'Amine.
Histoire des trois Pommes.
Histoire de la Dame massacrée et du jeune homme son mari.
Histoire de Noureddin Ali et de Bedreddin Hassan.
Histoire de Noureddin Ali et de Bedreddin Hassan. suite1
Histoire de Noureddin Ali et de Bedreddin Hassan. suite 2.
Histoire du petit Bossu.
Histoire que raconta le Marchand chrétien.
Histoire que raconta le Marchand chrétien. suite.
Histoire racontée par le Pourvoyeur du sultan de Casgar.
Histoire racontée par le Pourvoyeur du sultan de Casgar. suite. -
Les Mille et Une Nuits - Tome III
Histoire racontée par le Médecin juif.
Histoire que raconte le Tailleur.
Histoire du Barbier.
Histoire du premier frère du Barbier.
Histoire du second frère du Barbier.
Histoire du troisième frère du Barbier.
Histoire du quatrième frère du Barbier.
Histoire du cinquième frère du Barbier.
Histoire du sixième frère du Barbier.
Histoire d'Aboulhassan Ali Ebn Becar et de Schemselnihar, favorite du Calife Haroun-al-Raschid.
Histoire d'Aboulhassan Ali Ebn Becar et de Schemselnihar, favorite du Calife Haroun-al-Raschid. suite.
Lettre de Schemselnihar au prince de Perse Ali Ebn Becar.
Réponse du prince de Perse à la lettre de Schemselnihar.
Lettre de Schemselnihar au prince de Perse.
Réponse du prince de Perse à Schemselnihar.
Réponse du prince de Perse à Schemselnihar. suite.
Histoire de Noureddin et de la belle Persienne.
Histoire de Noureddin et de la belle Persienne. suite 2.
Histoire de Noureddin et de la belle Persienne. suite 3.
Lettre du calife Haroun Alraschid au roi de Balsora. -
Les Mille et Une Nuits - Tome IV
Histoire des amours de Camaralzaman, prince de l'Ile des Enfants de Khaledan, et de Badoure, princesse de la Chine.
Histoire des amours de Camaralzaman, prince de l'Ile des Enfants de Khaledan, et de Badoure, princesse de la Chine. suite.
Suite de l'histoire de la princesse de la Chine.
Histoire de Marzavan avec la suite de celle de Camaralzaman.
Billet du prince Camaralzaman à la princesse de la Chine.
Séparation du prince Caramalzaman d'avec la princesse Badoure.
Histoire de la princesse Badoure après la séparation du prince Camaralzaman.
Suite de l'histoire du prince Camaralzaman depuis sa séparation d'avec la princesse Badoure.
Histoire des princes Amgiad et Assad.
Le prince Assad arrêté en entrant dans la ville des Mages.
Histoire du prince Amgiad et d'une dame de la ville des Mages.
Suite de l'histoire du prince Assad.
Histoire de Sindbad le marin.
Premier vovage.de Sindbad le marin.
Second voyage de Sindbad le marin.
Troisième vovage de Sindbad le marin.
Quatrième voyage de Sindbad le marin.
Cinquième voyage de Sindbad le marin.
Sixième voyage de Siudbad le malin.
Septième et dernier voyage de Sindbad le marin.
Histoire de Beder, prince de Perse, et de Giauhare, princesse du royaume de Samandal.
Histoire de Beder, prince de Perse, et de Giauhare, princesse du royaume de Samandal. suite. 2.
Histoire de Beder, prince de Perse, et de Giauhare, princesse du royaume de Samandal. suite. 3 -
Les Mille et Une Nuits - Tome V
Histoire de Ganem, fils d'Abou Aïoub, surnommé l'Esclave d'amour.
Lettre du calife Haroun Alraschid à Mohammed Zinebi, roi de Syrie.
Histoire du prince Zeyn-Alasnam et du Roi des Génies.
Histoire de Codadad et de ses frères.
Histoire de la Princesse de Deryabar.
Histoire du Dormeur éveillé.
Histoire du Dormeur éveillé. suite.2
Histoire du Dormeur éveillé. suite.3 -
Les Mille et Une Nuits - Tome VI
Histoire de la Lampe merveilleuse.
Histoire de la Lampe merveilleuse. suite.2
Histoire de la Lampe merveilleuse. suite.3
Aventures du calife Haroun Alraschid.
Histoire de l'aveugle Baba Abdalla.
Histoire de Sidi Nouman.
Histoire de Cogia Hassan Alhabbal.
Suite de l'histoire de Cogia Hassan Alhabbal.
Histoire d'Ali Baba et de Quarante Voleurs exterminés par une esclave.
Histoire d'Ali Baba et de Quarante Voleurs exterminés par une esclave. suite.1 -
Les Mille et Une Nuits - Tome VII
Histoire d'Ali Cogia, marchand de Bagdad.
Histoire du Cheval enchanté.
Histoire du Cheval enchanté. suite.
Histoire du prince Ahmed et de la fée Pari-Banou.
Histoire du prince Ahmed et de la fée Pari-Banou. suite.2
Histoire du prince Ahmed et de la fée Pari-Banou. suite.3
Histoire de Deux Sœurs jalouses de leur cadette.
Histoire de Deux Sœurs jalouses de leur cadette.
-
Les Mille et Une Nuits - Tome VIII
Préface du traducteur de la continuation des Mille et une Nuits
Nouvelles Aventures du calife Haroun Alraschild, ou Histoire de la petite fille de Chosroès Anouschirvan
Le Bimaristan, ou Histoire du jeune marchand de Bagdad et de la dame inconnue
Le Médecin et le jeune traiteur de Bagdad.
Histoire du sage Hicar.
Histoire du roi Azadbakht, ou des dix visirs.
Histoire du marchand devenu malheureux.
Histoire du marchand imprudent et de ses deux enfans.
Histoire d’Abousaber, ou de l’homme patient.
Histoire du prince Behezad.
Histoire du roi Dadbin, ou de la vertueuse Aroua.
Histoire du roi Bakhtzeman.
Histoire du roi Khadidan.
Histoire du roi Beherkerd.
Histoire du roi Hanschah et d’Abouteman.
Histoire du roi Ibrahim et de son fils
Histoire de Soleïman-schah.
Histoire de l’esclave sauvé du supplice -
Les Mille et Une Nuits - Tome IX
Attaf ou L’Homme généreux.
Histoire du prince Habib et de Dorrat Algoase.
Histoire du roi Sapor, souverain des isle Bellour ; de Camar Alzeman, fille du génie Alatrous, et de Dorrat Algoase
Histoire de Naama et de Naam.
Histoire d’Alaeddin.
Histoire d’Abou Mohammed Alkeslan.
Histoire d’Aly Mohammed le joaillier, ou du faux calife.
- Extraits : Cours de littérature ancienne et moderne tome IX. par J.F. Laharpe -1825.
- Les Mille et une nuits par Galland, illustrés par : MM. FRANÇAIS, H. BARON, ED. WATTIER, LA VILLE, etc...Revus et corrigés sur l'édition Princeps de 1704.Nouvelle édition de 1861.
Dans vos réponses soyez polis et affables. Ici vous êtes chez vous, ce site est fait pour vous, participez, réagissez, enfin faites comme chez vous. Merci.
blog comments powered by








"J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique,-
La ville et la campagne, enfin tout; il n'est rien-
Qui ne me soit souverain bien, -
Jusqu'au sombre plaisir d'un coeur mélancolique ?"
Saadi disait : " Si la peste donnait des pensions, la peste trouverait encore des flatteurs et des serviteurs".
lorsqu'on n'a pas ce que l'on aime. - Il faut aimer ce que l'on a." 



