Cette première édition ne comprenoit que les six premiers livres des fables, et celles-ci sont au nombre de 124. On ne s'attend pas, je l'espère, à me voir justifier pour chacune d'elles les raisons qui me déterminent à leur attribuer l'origine que je vais indiquer ; mais, en les réunissant en plusieurs groupes, on pourra raisonnablement admettre que toutes celles qui composent chacun d'eux reconnoissent une source commune, lorsque la plupart présenteront des signes évidents d'imitation. Ésope, Horace et Phèdre sont les trois anciens auteurs dont je crois devoir m'occuper en premier sous le rapport de ces recherches....lire la suite.
Immensum taurus fugeret cum forte leonem
Tutaque desertis quaereret antra viis,
Speluncam reperit quam tunc hirsutus habebat
Cinyphii ductor qui gregis esse solet.
Post ubi submissa meditantem irrumpere fronte
Obvius obliquo terruit ore caper,
Tristis abit longaque fugax de valle locutus,
Nam timor expulsum iurgia ferre vetat:
Non te demissis saetosum, putide, barbis,
Illum, qui super est consequiturque, tremo.
Nam si discedat, nosces, stultissime, quantum
Discrepet a tauri viribus hircus olens.
Le Taureau et le Bouc.
Un taureau qui fuyait devant un lion énorme cherchait sur des hauteurs désertes une retraite sûre. Il trouva une caverne qu'habitait alors un bouc tout couvert de poils, conducteur ordinaire d'un troupeau de chèvres libyennes. Mais, comme, baissant la tête, il se préparait à s'y réfugier, le bouc se présente sur le seuil et l'effraye en le regardant de travers. Le taureau chagrin s'en va et, en fuyant, d'un sentier éloigné lui dit (car la peur qu'il éprouve ne lui permet pas, même après ce refus, de soutenir une querelle) : «Ce qui m'épouvante, ce n'est pas toi, animal puant, aux longs poils et à la longue barbe, mais ce lion qui est plus fort que moi et qui me poursuit. S'il s'éloigne, tu apprendras, insensé, la différence qu'il y a entre la force d'un taureau et celle d'un bouc fétide. »